Santé : 2019, une mauvaise année pour la dengue au Cambodge

De nombreux pays d’Asie du Sud-Est signalent une augmentation des cas de dengue en 2019, et le Cambodge ne fait pas exception.

À la fin du mois de septembre 2019, 56 000 cas de dengue ont été signalés. C’est huit fois le nombre de cas recensés au cours de la même période en 2018 (7 000).

Lang Chanthoeun, âgée de 35 ans, habitant dans la commune de Krayea, dans la province de Kampong Thom, s'occupe de sa fille diagnostiquée avec la dengue. Elle vomit pendant que Lang Chanthoeun accorde une interview à la VOA, juin 2019. (Sun Narin / VOA Khmer)
Lang Chanthoeun, 35 ans, habitante de Krayea, dans la province de Kampong Thom, s’occupe de sa fille diagnostiquée avec la dengue.

Commune de Krayea dans la province de Kampong Thom

Malades de la dengue, les bébés pleurent et toussent en vomissant.

Les jumelles de  Lang Chanthoeun filles ont été testées positives à une forme de dengue potentiellement mortelle, et douloureuse. Mme Chanthoeun déclare qu’elle n’a pas d’argent pour soigner les petites Pheak Sonisa et Pheak Somatha : « J’ai essayé d’emprunter de l’argent à des parents, mais ils n’en avaient pas », déclare-t-elle.

« Hier soir, je ne pouvais pas dormir », ajoute la mère de six enfants. La famille vit dans une zone rurale assez pauvre de la province de Kampong Thom, dans les basses terres centrales du Mékong. Les plantations de caoutchouc du district de Santuk, abritent de nombreux foyers de moustiques. Cela en fait le centre de l’épidémie de dengue de cette année.

Un cycle régulier

Huy Rekol, directeur du Centre national de parasitologie, d’entomologie et de contrôle du paludisme du Cambodge, qui fait partie du ministère de la Santé, explique que la grave épidémie de cette année s’inscrit dans le cadre d’un « cycle régulier tous les cinq à six ans » dans le pays.

Le Cambodge est durement touché par la saison des pluies. Le traitement de la dengue peut constituer un fardeau énorme pour les villageois pauvres, qui, comme Lang Chanthoeun, ne disposent pas de l’argent nécessaire pour le traitement. Certains s’endettent plutôt que de voir des membres de leur famille souffrir.

Argent ou santé

Meas Nee, analyste politique, affirme que les villageois pauvres comme Lang Chanthoeun doivent se déplacer pour se faire soigner gratuitement dans des hôpitaux comme Kantha Bopha à Phnom Penh ou Siem Reap.

Après avoir dépensé environ 35 dollars US pour les analyses de sang de ses filles et certains médicaments dans une clinique privée, Lang Chanthoeun se plaint de ne pouvoir se permettre de voyager pour obtenir des soins gratuits. Vendeuse de noix de coco, ses revenus ont été réduits à néant par les fortes pluies inhabituelles de la mousson. Un taxi ou un bus pour une seule personne coûterait entre 10 et 15 dollars.

Le gouvernement envisagerait de créer un centre de traitement dans la province pour que les villageois n’aient plus à se déplacer.

 

Certains villageois s'occupent d'enfants atteints de dengue dans un dispensaire privé du village en juin 2019. (Sun Narin / VOA Khmer)
Certains villageois s’occupent d’enfants atteints de dengue dans un dispensaire privé du village en juin 2019. (Sun Narin / VOA Khmer)

Dans la commune de Krayea, de nombreux bébés et jeunes enfants ont reçu un traitement contre la dengue dans des cliniques privées locales et dans des hôpitaux publics de la province. Quelques-uns d’entre eux ont été soignés dans les hôpitaux pour enfants Kantha Bopha à Phnom Penh et à Siem Reap.

Les deux agglomérations sont loin du village de Lang Chanthoeun. Les mères font la queue devant un dispensaire privé en face de la salle des fêtes. Elles soupçonnent leurs enfants d’avoir attrapé la dengue et souhaitent effectuer des tests sanguins.

Dettes

Pin Roeun, 38 ans, est une agricultrice qui cultive du manioc et élève deux garçons et une fille. Elle attend les résultats d’un test sanguin pour son fils de 8 ans, Sok Kea. Elle dit qu’elle doit payer jusqu’à 50 dollars pour un test et pour un traitement de courte durée.

« Je ne connais pas encore le coût exact », annonce-t-elle. Si cela dépasse 50 dollars, elle empruntera plus d’argent, et cela s’ajoutera à sa dette actuelle de 1 000 dollars. « Si je peux vendre du manioc, je peux payer le principal », dit-elle, précisant qu’elle débourse 25 dollars par mois d’intérêts sur la dette depuis près d’un an.

Sun Kimroeun, chef du village de Sen Serey Mongkul, avance que 90% des 277 familles de son village ont emprunté de l’argent à des institutions de microfinance et à des banques .

« Certains ont emprunté de l’argent pour des soins de santé », explique-t-il. « Ils ne peuvent pas aller travailler si quelqu’un est malade », précise-t-il, ajoutant que la plupart des habitants de son village travaillent dans les plantations de caoutchouc.

Selon le rapport du groupe de la Banque mondiale intitulé «Microfinance and Household Welfare», publié en février 2019, environ 4% des emprunteurs utilisent cet argent pour couvrir des dépenses liées à la santé et aux blessures.

Carte de soins

Bien que la pauvreté au Cambodge ait fortement diminué ces dernières années, 4,5 millions de citoyens se situent juste au-dessus du seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Depuis 2006, le gouvernement cambodgien gère un programme offrant des soins de santé gratuits dans les établissements publics. Les personnes éligibles reçoivent des cartes d’équité, connues sous le nom de « cartes de pauvreté », et qui doivent être présentées pour pouvoir profiter des avantages.

Mais plus d’une décennie après le lancement du programme avec l’aide des gouvernements allemand et australien, de nombreuses personnes restent confuses quant aux critères utilisés pour attribuer les cartes, et aux avantages accordés à leurs détenteurs.

Srey Sin, qui dirige le département de la santé de la province de Kampong Thom, déclare que trois fois plus de personnes se sont présentées dans des hôpitaux locaux pour un traitement de la dengue en 2019 par rapport à 2018.

« Nous les traitons gratuitement s’ils ont la carte », indique-t-il, « Notre personnel a fait de son mieux pour les traiter même s’il y a beaucoup de monde. »

Avec Sun Narin – VOA Khmer

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