Documentaire photographique : Les pêcheurs Cham de Chroy Changvar

A Phnom Penh, la péninsule de Chroy Changvar, là où le Tonlé Sap rencontre le Mékong, est une zone de la capitale dont le paysage s’est radicalement transformé en quelques années, avec aujourd’hui des routes goudronnées, des centres commerciaux, des ensembles résidentiels et des hôtels.

Environ 200 familles de Cham vivent à proximité des rives limoneuses du fleuve, sur leurs bateaux ou dans le petit village de bois et de tôle qui s’est construit lorsque les travaux d’embellissement des rives du fleuve ont démarré.

Deux mondes séparés par quelques centaines de mètre d’eau limoneuse

En fait, les communautés de pêcheurs vivent sur la péninsule depuis 1979. Mais, depuis 2012, ils ont été relogés plusieurs fois en raison des travaux et des projets immobiliers. Aujourd’hui, après avoir établi leurs routines et installé une mosquée improvisée dans leur nouvelle « résidence », ils craignent à nouveau d’être déplacés par crainte d’un  développement plus poussé de la péninsule.

Ces communautés vivent de la pêche artisanale et gagnent en moyenne 10 à 15 dollars par jour par famille. Ils vivent de façon relativement précaire, les bateaux sont étroits, les cabanes rudimentaires, et les berges souvent trop boueuses. Quant à l’hygiène et aux problèmes de déchets, il y a très probablement matière aux ONG spécialisées de venir filer un coup de main.

Enfant Cham

Pourtant, à l’image des autres communautés Cham du royaume, en particulier de la pêche, la vie est solidaire, plutôt bien organisée et, sans surprise, souriante. Les enfants vont à l’école, les familles s’entraident lorsque l’un des leurs a des difficultés et, des poulaillers côtoient aujourd’hui quelques potagers rudimentaires, une façon d’améliorer l’ordinaire. Quelques embarcations font aussi office d’épicerie flottante et ambulante. Elle vend à cette communauté et aussi à celles qui se trouvent à quelques kilomètres de là.

Les communautés de pêcheurs, qui sont fréquemment des minorités musulmanes cham ou vietnamiennes, ont du mal à légitimer leur présence en termes de droit. La loi foncière de 2001 ne contient aucune disposition concernant les revendications de propriété des populations de pêcheurs, car les rives des rivières sont considérées comme des terres publiques sur lesquelles les individus n’ont aucun droit.

Et, cela les rend vulnérable face au développement immobilier et aux projets de construction.

Ces communautés vivent grâce à la pêche artisanale et gagnent en moyenne 10 à 15 dollars par jour par famille
Ces communautés vivent grâce à la pêche artisanale et gagnent en moyenne 10 à 15 dollars par jour par famille

La communauté de pêcheurs de Chroy Changvar connaît bien cette position périlleuse. Les membres de la communauté affirment avoir été relogés trois fois, retournant deux fois dans leur lieu de résidence de longue date, avant d’être définitivement déplacés en 2012 sur ces rives de Chroy Changvar, « en attendant peut-être que nous trouvions un accord avec les autorités pour une installation définitive », confie l’un d’entre eux alors qu’il ramasse ses filets.

« Travaux » sur une conduite d’eau

Texte et photographies par Christophe Gargiulo

Pour consulter la totalité de l’album photographique, cliquer ici…

Communautés de pêcheurs de l'autre coté de Riverside à Phnom Penh. Photographies Christophe Gargiulo

Posted by Cambodge Mag on Sunday, 13 October 2019

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