Chronique : Mes chers parents, que serait le Cambodge sans ses femmes ?

Conséquence des années de guerre, les femmes sont, au Cambodge, plus nombreuses que les hommes ; on en compte près de 9 millions pour seulement 7 millions d’hommes. Comportement, rôle dans la société ou encore grâce naturelle, mes chers parents, voici une petite ode à la femme cambodgienne sans qui ce royaume ne serait pas ce qu’il est…

Mes chers parents, que serait le Cambodge sans ses femmes ?
Mes chers parents, que serait le Cambodge sans ses femmes ?

Ces muses qui ont inspiré nombre d’artistes

Magnifiquement sculptées dans la pierre des temples d’Angkor, les Cambodgiennes qui ont servi de modèle il y a mille ans ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles d’aujourd’hui.

« Claude revoyait de la sorte des statues antiques devant lesquelles il avait éprouvé naguère un bien-être cérébral et sensuel, un équilibre sans second. Et ces statues nées de l’art humain, s’animaient, leur marbre se faisait chair. Elles réapparaissaient dans cette simplicité que Claude croyait être l’invention, surhumaine d’un artiste. Oui ! Dans ces pays fortunés où le soleil n’a pas renié les hommes, des milliers de statues encore vivantes, après vingt siècles de civilisation et de mort, se dressent ruisselantes d’eau et de lumière et plus belles que les statues de marbre, parce qu’elles se lèvent et parce que le ciel les reçoit pleines de sang ! », écrit déjà George Groslier dans son sublime roman, « le retour à l’argile ».

Physiquement, la femme khmère ne ressemble à aucune de ses cousines asiatiques. Qu’elle soit métissée à la peau blanche ou qu’elle ait le teint sombre des filles des rizières, la Cambodgienne est naturellement gracieuse et généreuse. Certes, chaque culture dispose de ses propres critères de beauté. Pour un Cambodgien, physiquement, le premier de ces critères est la couleur de la peau. En khmer, des termes assez précis existent pour qualifier les différents teints. Ils vont du blanc au noir en passant par le brun-vert.

Des superstitions liées au physique

Sont aussi pris en considération les grains de beauté et les taches de naissance qui, selon leur localisation, apportent chance ou malchance. Il est dit des taches de naissance qu’elles sont l’œuvre d’une mère d’une vie antérieure. Elle marquerait ainsi son enfant pour le retrouver dans une prochaine incarnation. Placées sur le visage, elles peuvent également signaler la trace d’une mauvaise action passée ou un trait de caractère déplaisant. Il conviendra alors de les faire enlever par le médecin. Un grain de beauté situé près de l’œil présage des pleurs à venir.

Esthétique

La longueur du nez est aussi un signe de beauté. Avoir un long nez est très prisé en Asie. À tel point que les cabinets d’esthétique qui proposent l’insertion d’une arête nasale en silicone, sont légion. On peut également citer d’autres critères qui échappent à l’œil ou à l’oreille d’un Occidental, comme la voix ou la démarche. Une voix aiguë et enfantine, comme on en entend dans les séries télévisées, ainsi qu’une démarche souple et silencieuse, sont particulièrement appréciées.

Cependant, pour un Cambodgien, l’apparence physique et le caractère d’une femme participent d’un ensemble. La femme parée de toutes les qualités, une srei krup leak, (la femme parfaite) doit joindre à la beauté physique un comportement irréprochable. Elle doit être souriante, gentille, écouter les aînés, se rendre à la pagode et s’occuper de son époux. Les critères de beauté et de comportement sont moins contraignants pour les hommes. On leur demande surtout d’être riches et bien portants !

Pas facile d’être une femme

Si les jeunes filles des villes sont plus libres, à la campagne, la famille fait reposer beaucoup de responsabilités sur les épaules des jeunes femmes : la discipline, le respect de la tradition et la gestion du budget. Cela représente une pression importante. Durant leur jeunesse cela peut les dissuader de faire des efforts pour chercher à sortir de ce cadre et tenter de s’élever dans la société. Pour la plus grande majorité, les familles rurales permettent à leurs filles d’étudier jusqu’à ce qu’elles sachent lire et compter. C’est tout.

Qualités

Ensuite, on leur demande de travailler pour nourrir la famille même si cette dernière est douée et veut poursuivre son enseignement. On lui trouvera au contraire un mari rapidement, souvent avant même qu’elle ait atteint sa majorité. On voit très souvent cela dans les familles pauvres ou (et) sans éducation. L’idée qu’elles doivent se sacrifier volontairement est inculquée dès le plus jeune âge aux filles.

Etudes

La possibilité de poursuivre des études sera donnée en priorité aux garçons, et tant pis si ces derniers sont moins doués. Les collèges sont souvent éloignés, il faut donc s’y rendre à vélo et les routes ne sont pas sûres pour les jeunes filles. Les garçons risquent moins. C’est souvent l’une des raisons qui est donnée à l’étranger qui demande pourquoi la petite n’a pas été autorisée à poursuivre ses brillantes études. L’éducation prépare la fillette à devenir une bonne épouse dans le futur. Pas à lui trouver un métier.

Le Mékong, la mère des eaux

La femme cambodgienne est donc généralement préparée à être forte. Si elle ne l’est pas, elle le deviendra par nécessité. Le travail quotidien de la femme au foyer, sans beaucoup de respect ni de pouvoir économique, fait qu’elle doit sans cesse trouver des solutions pour boucler les fins de mois. Elles sont censées gérer l’argent du ménage. Or, elles ne gèrent en fait que les seules sommes que veut bien leur donner leur mari. Et c’est très souvent insuffisant. Alors, il n’est pas rare qu’elles se lancent dans des mini-commerces, ouvrant une échoppe sous la maison ou en allant vendre ses légumes tôt le matin, au marché du coin.

Les maris ne sont jamais très fiers d’avoir une épouse qui a fait davantage d’études qu’eux. Ils vont se sentir menacés ou pire, méprisés. Attention, il ne s’agit pas d’une caricature, mais des mœurs d’aujourd’hui dans un Cambodge rural, même si cette zone rurale n’est située qu’à quelques kilomètres d’une ville. Mais fort heureusement, les exceptions sont nombreuses, qui viennent confirmer la norme.

Khmé et Mé

« Pourquoi le peuple qui habite au Cambodge se désigne-t-il sous le nom de Khmer », écrit Thach Toan dans son petit guide pour bien connaître les Khmers ? « En fait, cela se prononce Khmé et Mé en cambodgien signifie la mère. Khmer ou Khmé est celui qui est sous l’autorité de la mère. C’est la mère qui commande. Au fil des temps, tous ceux qui commandent sont aussi appelés Mé ! Le chef de l’armée, le Mé Toap, le chef du village, le Mé Phum. Et le Mékong ne serait ainsi que la mère des eaux… »

A bientôt,
Frédéric Amat

Haut de page