Société : Exode chinois après l’interdiction des jeux d’argent en ligne

Selon le ministère de l’Intérieur, environ 6000 ressortissants chinois quitteraient le Cambodge chaque jour depuis l’interdiction des jeux de hasard en ligne annoncée le 18 août 2019 par le Premier ministre Hun Sen.

91 ressortissants chinois déportés
Déportation de criminels chinois opérant en ligne. Depuis l’interdiction de ce type d’activité, ils seraient aujourd’hui, selon le ministère de l’Intérieur, 120 000 à avoir fui le royaume. Photographie AKP

Exode

Le porte-parole du département général de l’Immigration, M. Ath Bony, a déclaré à la radio RFA Khmer que la cause de cette affluence de départs « pourrait être liée à cette interdiction. Certains Chinois comptaient s’établir à long terme pour s’adonner au jeu en ligne et, à présent, ils doivent soit retourner chez eux soit trouver une autre destination », a-t-il dit.

M. Ath Bony a affirmé que l’exode des migrants chinois, dont le pays d’origine n’autorise aucun jeu de hasard, n’affecterait ni le secteur des casinos ni d’autres types de commerce dans le royaume.

Le chef de la police de la commune de Poipet, Im Sophearak et son homologue de la province de Preah Sihanouk, Chuon Narin, ont également annoncé le départ en masse de ressortissants chinois.

Un rapport récent de la police nationale indique que 250 000 Chinois résident actuellement au Cambodge. Environ 100 000 seraient dans Phnom Penh et 100 000 autres dans la province de Preah Sihanouk. Le reste serait réparti dans les autres provinces telles le Banteay Meanchey (Poipet), Palin ou Svay Rieng (Bavet).

Criminalité en ligne

L’annonce du Premier ministre concernant l’interdiction des jeux d’argent en ligne met fin à la délivrance de nouvelles autorisations et contraint toutes les entreprises impliquées à cesser leurs opérations à l’expiration de leur licence. Cette décision est intervenue quelques jours après l’arrestation par la police cambodgienne de 127 Chinois soupçonnés de se livrer à des escroqueries en ligne.

Beijing a exprimé son soutien à l’interdiction, affirmant que la Chine était prête à travailler avec le Cambodge afin de prendre des mesures efficaces pour renforcer l’application de la loi.

La semaine dernière, le ministère de l’Intérieur du Cambodge, en collaboration avec la police chinoise, a arrêté 150 citoyens chinois à Bavet, ville de casinos située à la frontière entre le Cambodge et le Vietnam. Selon l’agence de presse chinoise Xinhua, les criminels avaient escroqué plus de 10 000 victimes en ligne dans 28 provinces chinoises, pour un montant d’environ 14 millions de dollars US.

Outre le transport aérien, les « investisseurs » chinois entrent au Cambodge via le poste de contrôle de Poipet dans la province de Banteay Meanchey et de Cham Yeam dans la province voisine de Koh Kong, ainsi que depuis le Vietnam via le point de contrôle de Bavet à Svay Rieng.

Adhoc

Soeng Senkaruna, de l’ONG Adhoc, a déclaré à la radio RFA Khmer que son organisation avait suivi l’exode chinois hors du Cambodge, qu’il croit aussi liée à l’arrêt du jeu en ligne.

« Nous enquêtons sur la raison, car peu de ressortissants chinois partaient jusqu’à l’annonce du Premier ministre. Nous avons immédiatement assisté à un départ massif du Cambodge », a-t-il indiqué.

« Le gouvernement devrait veiller à ce que les investisseurs étrangers qui viennent au Cambodge profitent au peuple cambodgien et respectent ses droits. Nous souhaitons uniquement des investissements avantageux pour tout le monde », a-t-il ajouté.

Emplois interdits

Ces départs des Chinois du Cambodge coïncident également avec une directive interdisant aux étrangers de travailler dans 10 catégories d’emplois.

Le Prakas n° 360/19 du 28 août interdit aux étrangers de travailler comme chauffeurs de taxi, barbiers, marchands ambulants, massothérapeutes, cireurs de chaussures, tailleurs, mécaniciens, orfèvres et tailleurs de pierres précieuses, sculpteurs de statues de Bouddha et fabricants de souvenirs khmers ou d’instruments de musique.

« Le ministère du Travail et de la Formation professionnelle n’accordera ni ne prolongera la validité du carnet ou de la carte d’emploi des étrangers qui dirigent les entreprises susmentionnées », a déclaré le ministre de tutelle, S.E. Ith Samheng.

« Quiconque enfreint cette directive se verra infliger une amende et sera sanctionné conformément à la loi sur le travail et à d’autres réglementations en vigueur », avait-il ajouté.

Toutefois, l’incidence de cette mesure n’a pas réellement pu être mesurée par les autorités. Il semble néanmoins très probable que cet exode plutôt soudain soit, en grande partie, lié à l’interdiction des jeux d’argent en ligne du 18 août dernier.

CG avec RFA Khmer & Xinhua

Haut de page