Politique : Sam Rainsy appelle l’armée régulière à la défection et demande le soutien américain

Après avoir appelé l’armée à rallier sa cause, le chef de l’opposition a demandé des protections à Washington pour son retour au Cambodge.

Sam Rainsy. Photographie VOA Khmer
Sam Rainsy. Photographie VOA Khmer

Demande de protection

Le président par intérim du parti d’opposition, Sam Rainsy, est depuis mercredi à Washington pour demander des « protections » du gouvernement américain avant son retour prévu en novembre prochain.

M. Rainsy devait rencontrer des responsables du département de la Défense et du Département d’État, ainsi que des sénateurs pour obtenir leur aide.

« Nous voudrions que les États-Unis protègent Sam Rainsy », a déclaré le secrétaire général du Parti National du Secours du Cambodge à l’étranger (PNSC), Pon Saory, au service Khmer de RFA, sans fournir plus de détails sur la demande. D’après lui, le Sénat américain aurait « créé un comité chargé de surveiller » le retour du chef de l’opposition.

Cette visite à Washington est effectuée dans le cadre d’une tournée de 10 jours de Sam Rainsy aux États-Unis et au Canada. Il s’emploie à recueillir le soutien nécessaire pour diriger ce qu’il appelle « une restauration de la démocratie dans un Cambodge de plus en plus autocratique ».

Propagande

Mercredi, le porte-parole du gouvernement cambodgien, Phay Siphan, a qualifié la demande de protection des États-Unis de « propagande ». « Les USA n’ont aucune influence sur le Cambodge et ne peuvent nous dicter notre attitude », a-t-il déclaré.

L’analyste Kim Sok a exprimé des doutes sur l’intervention des États-Unis, à l’exception d’un « incident majeur ». Selon l’analyste, l’opposition veut s’assurer que les États-Unis soient attentifs à la situation politique au Cambodge.

Pays frontaliers

Mercredi, le vice-président du PNSC, Eng Chhai Eang, a déclaré à RFA que Sam Rainsy « ne rentrera pas au Cambodge en passant par le Laos ou le Vietnam ». Il a toutefois refusé de fournir des détails sur l’itinéraire éventuel du leader de l’opposition.

Le Premier ministre Hun Sen a rapidement entrepris de contrarier les projets de Sam Rainsy en tentant d’obtenir la coopération des pays voisins pour empêcher son retour. Le Laos aurait annoncé prendre « des mesures strictes » si Sam Rainsy tentait de passer par ce pays voisin. Le mandat d’arrêt délivré à l’encontre de Sam Rainsy a été diffusé aux dix pays membres de l’ASEAN.

Le porte – parole du PPC, Sok Ey San, a déclaré Sam Rainsy avait « menti au peuple » sur son retour au Cambodge et que « peu importe la manière dont il envisage d’entrer au Cambodge, les autorités l’appréhenderont dès qu’il entrera dans le pays, car des mandats d’arrêt ont déjà été lancés contre lui ».

Mardi, la Cour municipale de Phnom Penh a lancé un nouveau mandat d’arrêt contre le chef de l’opposition par intérim accusé d’insulte au roi après avoir accordé une interview dans laquelle il qualifiait le Roi Norodom Sihamoni de « marionnette » de Hun Sen.

Appel à l’armée régulière

Lundi, le parti d’opposition a annoncé avoir alloué un budget pour soutenir les membres des forces armées qui feraient défection au régime en place pour protéger Sam Rainsy à son retour dans le pays.

Le budget, dont le montant n’a pas été dévoilé, a été approuvé à la fin de la réunion du Comité permanent du PNSC à Lowell, dans le Massachusetts, du 14 au 15 septembre 2019.

Eng Chhay Eang a affirmé que cet argent serait utilisé pour « soutenir les moyens de subsistance des soldats », et non pour promouvoir la violence ou acheter des armes. Il a déclaré que le gouvernement cambodgien prévoyait de déployer l’armée pour « réprimer » les partisans de Sam Rainsy qui se sont engagés à l’accompagner chez lui.

« Malgré cela, un grand nombre de membres des forces armées nous ont contactés, en disant qu’ils ne voulaient pas le faire », a-t-il prétendu sans donner de chiffres.

« Nous leur demandons donc de protéger la population et de rester à nos côtés. Si le régime de Hun Sen ne leur verse plus leurs soldes, nous les soutiendrons pendant cette période de transition et, une fois que nous aurons obtenu un réel changement, nous couvrirons leurs arriérés de salaire. »

Soutien au retour

Selon Mu Sochua, vice-présidente du parti d’opposition, les fonds annoncés sont des contributions des partisans du PNSC « qui aiment la justice et la démocratie ». « Le rapatriement de Sam Rainsy sera non violent, pacifique, et se concentrera sur la réconciliation nationale et l’unité », a déclaré Mu Sochua.

Sabotage

Le porte-parole du gouvernement, Phay Siphan, a réagi à cette annonce indiquant qu’il s’agissait d’une « forme de sabotage » et s’est demandé comment Sam Rainsy pourrait concrétiser cette offre.

« Sam Rainsy ne peut même pas collecter assez d’argent pour retourner dans le pays et il demande constamment de l’aide aux Cambodgiens de l’étranger. Comment pourrait-il avoir assez de fonds pour acheter les forces armées cambodgiennes ? », a-t-il déclaré.

« Les troupes cambodgiennes ont suffisamment d’expérience pour libérer les Cambodgiens de la guerre et maintenir la paix, comme le souhaite le public. Ce plan n’a rien d’étonnant, c’est juste une forme de sabotage », a-t-il conclu.

D’autres officiels ont violemment réagi à cette annonce de M. Rainsy, la qualifiant d’« appel à un coup d’État ».

Arrestations

Alors que les « préparatifs » en vue du retour de Sam Rainsy se poursuivent, les autorités de la province de Kandal ont arrêté samedi Ly Meng Kheang, membre du comité exécutif du PNSC pour le district de Saang ; Ly Lin, chef élu du PNSC de la commune de Samraong Thom, dans le district de Kien Svay ; et Chhun Thaiyuth, vice-chef élu du PNSC pour la commune de Prek Sdey, dans le district de Koh Thom.

Les trois hommes sont incarcérés à la prison provinciale de Kandal. Le porte-parole du Commissariat général de la police nationale, Chhay Kim Khoeun, a déclaré que les enquêtes ont été menées « correctement et sur la base de preuves ».

Les arrestations portent à six le nombre total d’activistes du PNSC détenus par les autorités au cours du weekend après que la police ait arrêté vendredi Yat Phyrum dans la province de Banteay Meanchey, Tum Bunthorn dans la province de Siem Reap et You Chanthany à Phnom Penh. Le procureur a ordonné que trois des personnes arrêtées soient placées en détention provisoire dans l’attente d’un procès pour trahison.

Sources RFA — VOA
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