Politique : Les paris sur le retour présumé de Sam Rainsy

S.E. Hun Sen a confirmé que les autorités cambodgiennes arrêteront Sam Rainsy si ce dernier se montre assez « courageux » pour tenir sa promesse de retour dans le royaume le 9 novembre prochain.

Le Premier ministre Hun Sen et Sam Rainsy
Le Premier ministre Hun Sen et Sam Rainsy. Photographie VOA (cc)

Le pari du Premier ministre

Le Premier ministre a annoncé vendredi dernier qu’il renoncera à sa position de chef du gouvernement si l’arrestation du chef de l’opposition Sam Rainsy n’a pas lieu dans les 24 heures suivant son arrivée.

C’était une réponse à Sam Rainsy qui, lui, demandait au chef du gouvernement royal de se retirer s’il rentrait au Cambodge comme promis.

Vendredi dernier, S.E. Hun Sen a déclaré à la radio VOA Khmer que Sam Rainsy tente un pari « ridicule » et que le chef de l’opposition sera arrêté dans les 24 heures suivant son retour présumé.

« Si je ne peux pas procéder à son arrestation, je déciderai alors de démissionner du gouvernement. Pensez-vous vraiment qu’il va oser revenir ? », a confirmé le Premier ministre.

Sam Rainsy

Dans un billet sur Facebook, Sam Rainsy a affirmé qu’il était prêt à affronter une arrestation si la foule censée l’accueillir compte au moins un million de personnes. « Mais, s’il y a plus d’un million de partisans, Hun Sen devra démissionner. Il doit immédiatement se retirer, par respect pour la volonté du peuple », a ajouté Sam Rainsy.

Rappelons que le leader du PNSC a déclaré, il y a quelques semaines, qu’il ralliera aussi à sa cause les travailleurs cambodgiens de l’étranger. « Rentrons tous ensemble pour reprendre notre pays des mains d’Hun Sen ! », lançait M. Rainsy lors d’un rassemblement organisé le mois dernier en Australie, en promettant d’amener une « délégation de plusieurs millions de travailleurs migrants cambodgiens lors du retour au pays ».

Arrestation

En réponse, Hun Sen a déclaré que les autorités locales arrêteraient Sam Rainsy, quel que soit le nombre de personnes qui l’accompagneront à son arrivée. Aussi, le mois dernier, Mu Sochua, vice-présidente du PNSC, a déclaré au journal en ligne UCAnews qu’une mobilisation était en cours : « Cette fois, il ne s’agit pas seulement de Sam Rainsy. Nous reviendrons d’exil avec 16 députés de l’Union européenne », avait-elle annoncé.

Contexte

Pour rappel, l’annonce du retour de Sam Rainsy intervient dans le cadre d’un processus entamé par l’Union européenne qui pourrait entraîner la suspension du régime préférentiel « Tout sauf les armes ». La période d’examen a pris fin le 12 août et une décision est attendue plus tard cette année.

Un mandat d’arrêt a été lancé en mars contre Sam Rainsy et sept de ses collègues du PNSC pour des accusations de « complot et d’incitation » à commettre des crimes. Sam Rainsy fait également face à plusieurs condamnations pénales, à des affaires en cours et à un autre mandat d’arrêt lié à un ancien procès. Autant de procédures et d’affaires qui l’ont conduit à s’exiler dès 2015.

Scepticisme

Depuis les premières déclarations concernant son retour, M. Rainsy a rallié quelques sceptiques supplémentaires.

« Je ne vois pas comment Sam Rainsy pourra affronter seul les risques de son retour, à moins d’être bien protégé diplomatiquement et escorté physiquement, comme une marionnette à la solde d’intérêts extérieurs… Bien qu’ayant été très populaire au début, Sam Rainsy reste un aristocrate aux dents longues. Il a beaucoup perdu de soutien populaire, car il n’a pas tenu de nombreuses promesses », a déclaré Chhang Song, ancien conseiller du Premier ministre, dans une interview au Wahington Post.

« Je ne m’attends pas à ce qu’il revienne », a déclaré M. Etcheson, l’un des fondateurs du Centre de documentation du Cambodge. Il argumente que « M. Rainsy a annoncé publiquement et plusieurs fois qu’il reviendrait pour faire face aux multiples poursuites judiciaires intentées contre lui, mais il ne l’a jamais fait sans la perspective d’une grâce royale » — une grâce que M. Etcheson juge hautement improbable.

« Affirmer qu’il reviendra au Cambodge semble causer une passion mesurée au sein du gouvernement. Mais, en revanche, assurer à plusieurs reprises à ses partisans qu’il reviendra et ne pas y donner suite risque sans conteste de dégrader sensiblement sa crédibilité », ajoute M. Etcheson.

Le pari des analystes

L’annonce du Premier ministre concernant l’arrestation de son opposant politique fait suite à un récent pari lancé par un groupe d’analystes appelé Ang Prok Prach. Ces derniers ont promis de payer à Sam Rainsy un million de dollars US s’il rentre au Cambodge. S.E. Hun Sen a accepté de se poser comme témoin du pari, affirmant que les analystes « devront éventuellement rendre visite à Sam Rainsy en prison pour lui verser l’argent… »

Cette confirmation du Premier ministre succédait à une longue succession d’échanges aigres-doux supplémentaires entre les deux hommes lors du weekend du 24 et 25 août.

Avec VOA Khmer & AKP

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