Microfinance – Rapport controversé : Les ONG Licadho et Sahmakum Teang Tnaut doivent s’expliquer

Des responsables des ONG Licadho et Sahmakum Teang Tnaut (STT) participeront ce mercredi à une réunion à huis clos du Conseil des ministres.

Travail dans les rizières
Travail dans les rizières. Photographie par Charles Pieters (cc)

Les deux responsables d’association devront s’expliquer sur les conclusions de leur récent rapport à propos des institutions de microfinance (IMF).

Rapport sur l’endettement

Le Conseil des ministres a publié vendredi deux lettres qui invitent le président de la Licadho, Pung Chhiv Kek, et le directeur général de STT, Soeung Saran, à une réunion sur le thème de la microfinance et de son impact.

Ces convocations font suite à la publication le 7 août du rapport intitulé « Dommages collatéraux : pertes de terres et abus dans le secteur de la microfinance au Cambodge ». Le document avance qu’aujourd’hui, plus de deux millions de Cambodgiens sont endettés à hauteur de huit milliards de dollars US auprès des IMF.

Le rapport indique : « La microfinance au Cambodge connait une croissance très rapide. En décembre 2018, 2,38 millions d’emprunteurs cambodgiens détenaient plus de 8 milliards USD de microcrédits. L’endettement moyen par emprunteur est de 3 370 dollars US. Ce chiffre dépasse de loin le PIB par habitant du pays. »

Selon le document, la plupart des emprunteurs éprouvent de sérieuses difficultés à rembourser leurs prêts. Ils sont souvent obligés de céder leurs titres de propriété aux IMF. De nombreux cas auraient entraîné de graves violations des droits de l’homme. Les deux ONG accusent également les IMF de harceler leurs clients, de les forcer à vendre leurs terres, à recourir au travail des enfants, et à les enfoncer de plus en plus dans le « piège de la dette ».

Controverse

Les détracteurs du rapport affirment que l’enquête ne repose que sur une simple étude de trois semaines. Selon eux, des entretiens ont été menés avec seulement 28 familles qui auraient été victimes de graves violations des droits de l’homme dans dix communes des provinces de Kampong Cham, Kandal, Prey Veng, Tbong Khmum et Phnom Penh.

Sur ces 28 familles, 22 ont déclaré avoir été forcées à vendre leurs terres, 13 ont eu recours au travail des enfants, 18 ont vu des membres de leur famille émigrer, 26 ont des difficultés à se nourrir correctement et 22 ont emprunté de l’argent à des usuriers à des taux bien trop importants.

Le porte-parole du gouvernement Phay Siphan a déclaré à l’agence Fresh News qu’il « estime que le rapport des deux ONG n’est qu’un avis que ni les experts ni les banques ne peuvent accepter. Je les invite donc à discuter plus en détail de l’enquête. Je souhaite qu’ils présentent leurs arguments lors de cette réunion à huis clos, en compagnie d’experts et de représentants de la Banque Nationale du Cambodge ».

Il a précisé que l’invitation est destinée à permettre à l’organisation de faire preuve d’intégrité. Le porte-parole Phay Siphan a également qualifié le rapport de « fausses nouvelles ».

La Banque Nationale du Cambodge et l’Association cambodgienne de la microfinance avancent également que le document ne reflète pas exactement la réalité du secteur de la microfinance.

La semaine dernière, Roth Sovanarak, directeur général de la division de la supervision bancaire de la Banque Nationale, a demandé aux deux ONG de fournir des preuves solides. Il argumente que le rapport ne représente pas deux millions d’emprunteurs dans le royaume. « La plupart des IMF sont à présent bien gérées. Nous avons besoin de plus d’informations solides pour vérifier si des emprunteurs ont été maltraités », a-t-il déclaré.

Am Sam Ath

Am Sam Ath (Licadho) a déclaré à la presse locale que son organisation et Sahmakhum Teang Tnaut sont prêts pour cette réunion.

« Les ONG Licadho et Sahmakum Teang Tnaut resteront sur leurs positions. Notre rapport suggère au gouvernement de mener davantage de recherches sur les problèmes exposés afin d’éviter tout impact sur les villageois », avance M. Sam Ath.

« Le rapport n’est pas une attaque contre le gouvernement. Il s’agit d’une recommandation visant à garantir que les IMF travaillent correctement. C’est aussi encourager plus d’encadrement pour éviter les impacts négatifs sur les communautés rurales », a-t-il conclu.

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