Chronique : Mes chers parents, ces expatriés qui quittent le Cambodge

Le navire ne coule pas, loin de là ! Pourtant, ils n’ont jamais été aussi nombreux à quitter le Cambodge. Des centaines « d’anciens » ; des étrangers qui vivaient ici depuis de nombreuses années ont décidé de partir ailleurs ; ils sont remplacés par de nouveaux, fraîchement débarqués.

Radiographie de ce phénomène qui fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux

Mes chers parents, ces expats’ qui quittent le Cambodge
Mes chers parents, ces expats’ qui quittent le Cambodge

Le Cambodge n’est plus l’aimant à Occidentaux qu’il était

Les premiers à avoir décidé de déménager sont, pour la plupart, ceux qui résidaient dans le Royaume depuis si longtemps, c’est-à-dire depuis une bonne vingtaine d’années, voire davantage. Ils sont souvent partis parce qu’ils ne reconnaissaient plus le pays qui les avait séduits, il y a fort longtemps.

Les temps ont changé, tout a évolué. Mais, ceux qui partent n’ont pas voulu ou n’ont pas su s’adapter à ce « nouveau » Cambodge.

En Asie, ce petit pays a longtemps été « à part », comme coupé du reste du monde, du fait de son histoire. Cette différence a « séduit » toute une catégorie d’intrépides, d’aventuriers, de curieux. Ce pays si différent a été un aimant, si puissant, qu’il a parfois fait perdre la tête aux nouveaux arrivants. Absence de repères, liberté : dans les années 1990, le Cambodge a été un des derniers endroits du monde dont les pelouses n’étaient pas interdites ; un Woodstock permanent sans dieu ni maître, sans portes ni fenêtres, un petit paradis de l’anarchie.

Un western aussi. Le royaume a donné l’impression que tout y était plus simple, plus facile qu’ailleurs, peut-être parce qu’il partait de zéro, qu’il se trouvait en pleine reconstruction, que tout était à faire et que tout semblait possible.

Point besoin de licence, de patente ou de titre de propriété, ni même de savoir-faire

N’importe qui montait n’importe quel commerce quasiment n’importe où et il était assuré de faire sinon fortune, du moins de survivre correctement. Aucun autre pays, disaient à cette époque les grands voyageurs, n’était si envoûtant et ne rassemblait autant d’avantages. En 1296, Tchéou Ta-Kouan, émissaire chinois au Cambodge n’écrivait pas autre chose : « Les Chinois qui arrivent en qualité de matelots trouvent commode que dans ce pays on n’ait pas à mettre de vêtements, et comme en outre le riz est facile à gagner, les femmes faciles à trouver, les maisons faciles à aménager, le commerce facile à diriger, il y en a constamment qui désertent pour y rester ».

« Un Starbuks et je m’en vais ! »

Mais ça, c’était avant-hier. Certes, le changement ne s’est pas opéré en une nuit. Tout est allé lentement, tranquillement. Le pays s’est d’abord pacifié puis normalisé et aujourd’hui, il se mondialise. Un expatrié de Siem Reap avait crié haut et fort il y a seize ans que, le jour où la chaîne Starbucks ouvrirait dans la cité des temples, il quitterait le pays. Il vient de faire ses valises. Certes, la réaction est excessive, mais elle témoigne du phénomène.

La plupart des anciens aimaient profondément le pays d’avant et ne se retrouvent plus dans ce qu’il est devenu.

Pourtant il existe encore des dizaines d’endroits « tranquilles » où le Cambodge ressemble à « avant ». Mais le charme est rompu. Ceux qui avaient posé leurs bagages à Siem Reap ne partent pas pour Battambang ou pour Kompong Cham. Ils rentrent dans leur pays ou émigrent dans un autre.

Les raisons du départ sont toutefois nombreuses et ne se limitent pas à une nostalgie mal placée.

Les nouveaux arrivants sont attirés par le nouveau Cambodge

Dans le secteur du tourisme, la clientèle a changé, la concurrence est de plus en plus difficile, les contraintes administratives ne cessent de croître. Mais il y a également ce sentiment d’être toujours un étranger dans « son » pays d’adoption ; de ne pas avoir su s’intégrer aussi.

Sur un forum, un expatrié explique pourquoi il part pour s’installer dans un autre pays d’Asie : « je vis ici depuis 25 ans, marié depuis 23. J’ai adoré toutes ces années. Je suis amoureux de ce pays et de ses habitants. Mais aucun aménagement ne m’a jamais été offert par l’administration après mon mariage. Année après année, j’ai payé mes visas long séjour. Alors qu’au Vietnam, le mariage mixte donne droit à une carte de séjour gratuite de 5 ans et plus aucun visa. »

Le ramassage des ordures ? Maison Barang, donc trois fois le prix local, etc. Ce sont des détails et beaucoup estiment normal de payer davantage. C’était vrai il y a 20 ans. Mais aujourd’hui ? Il faut se poser la question. À terme, tous ces détails s’accumulent et le vase déborde ; avant de devenir aigri, il est temps de changer d’air.

La Thaïlande connaît également, pour des raisons qui lui sont propres, une hémorragie d’expatriés. Phénomène des vases communicants, sur le même forum spécialisé sur le Cambodge, un internaute écrit : « un Européen qui quitte Phnom Penh est immédiatement remplacé par un retraité de Bangkok et deux nomades digitaux, c’est à dire des gens qui peuvent travailler depuis n’importe où à la seule condition qu’ils aient une connexion Internet ».

Il y a ceux qui partent, les meilleurs dit-on. Et ceux qui arrivent…

Les uns étaient fous amoureux du Cambodge d’avant et ne s’adaptent pas à celui d’aujourd’hui. Les autres ne seraient jamais venus il y a 20 ans. Ils arrivent désormais, justement, parce que ce pays a changé !

À bientôt…
Frédéric Amat

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