Tradition : Pchum Ben, une fête de la rédemption

Le festival le plus important du calendrier cambodgien, Pchum Ben, arrive ce mois-ci avec des célébrations qui se dérouleront du 27 au 30 septembre 2019.
La fête nationale sera célébrée après quinze jours de cérémonies rituelles, Kan Ben, durant lesquelles les familles cambodgiennes se réunissent pour prier et organiser des offrandes destinées à libérer plusieurs générations d’ancêtres d’un état horrible de fantômes affamés ne parvenant pas à satisfaire leurs appétits sordides.
Pagode de Wat Kraya

Pchum Ben

Pchum Ben se traduit littéralement par « rassemblement de boules de riz gluant », se référant ainsi à la baie Ben qui est intimement liée aux rituels du festival. Fabriquées avec du riz, du sésame, de la noix de coco et parfois des haricots, les petites boules sont offertes aux moines qui deviennent des messagers des vivants vers les défunts. Ils aident ainsi les fantômes affamés à soulager leur faim et à accumuler suffisamment de mérite pour se libérer de leurs punitions.
Ces punitions sont parfois horribles et spectaculaires.
Moine à la pagode de Wat Kraya
Dans leur état de purgatoire, les « fantômes affamés » (« preta ») doivent subir un destin essentiellement défini par la souffrance. Ils passent leurs journées avec le ventre vide et la gorge étroite comme une petite paille qui ne laisse rien passer.

Horreur

Dans l’ouvrage « The Buddhist Conception of Spirits », Bimala Churn Law décrit avec ferveur un preta qui a provoqué une fausse couche chez une rivale : « Son cœur était brûlant et fumant de faim et de soif. Elle n’avait rien à boire. Le seul aliment avec lequel elle subsistait était la chair de son fils mort, mélangé à du sang et à du pus », écrivait-il, avant de continuer sa description avec une horrible série de supplices uniquement conçus pour rappeler les péchés commis par le fantôme de son vivant.
 Offrandes aux moines à la pagode de Wat Kraya

Rédemption et miséricorde

L’aspect positif de tout cela est que, contrairement à la souffrance éternelle imaginée par les chrétiens, la rédemption et la miséricorde sont tout-à-fait possibles. Chaque année au moment de Pchum Ben, les portes de l’enfer s’ouvrent et les fantômes sont libérés.
S’ils ont accumulé suffisamment de mérite grâce aux actions de leurs familles, certains peuvent retrouver leur karma par la réincarnation. Les malheureux fantômes – preta qui n’ont pas gagné suffisamment de mérite pour envisager leur rédemption doivent revenir au purgatoire avec, peut-être, l’espoir d’en sortir l’année suivante.
C’est en effet un rituel de rédemption au sein d’une « fête des Morts » considérée comme unique dans le monde grâce à la fusion des traditions animistes, chinoises et hindoues, et ses liens aux fortes sensibilités spirituelles du Cambodge.
Pour de nombreux Cambodgiens, Pchum Ben est le plus attendu de tous les festivals. Ils préparent leurs vêtements les plus élégants et rentrent à la maison pour se réunir avec leur famille et leurs amis dans les villes et les villages où ils ont grandi.
Par Nikki Sullivan et Christophe Gargiulo
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