Plante du Cambodge : Le lotus sacré, une plante multi usage

Le lotus, ou plus exactement le lotus sacré (Nelumbo nucifera), est une plante de prime importance pour de nombreux pays asiatiques, et notamment pour le Cambodge, où il est appelé « chhuuk ». On n’est pas certain du lieu d’origine de ce végétal. Nombreux pensent qu’il est originaire du Moyen Orient, région à partir de laquelle il se serait disséminé dans de nombreuses régions du monde. Quoi qu’il en soit, on trouve aujourd’hui le lotus dans de très nombreux pays, et notamment en Asie du Sud et en Asie orientale.

Au Cambodge, le lotus sacré pousse dans les eaux peu profondes des lacs et étangs de tout le pays. Sa « racine », un rhizome qui croît dans la vase, porte des « tiges », pédoncules et pétioles, qui soutiennent fleurs et feuilles. Les feuilles, de forme peltée, peuvent atteindre un diamètre de 50 centimètres et sont soit posées à la surface de l’eau, soit s’élèvent d’une quinzaine ou vingtaine de centimètres au-dessus de cette surface. Les fleurs, blanches, roses ou rouges, le plus souvent uniques, se dressent fièrement au-dessus des feuilles.

La fleur de N. nucifera est extrêmement importante dans les religions d’Asie : dans le brahmanisme, des divinités telles que Brahma, Vishnu et Shiva sont souvent représentés assis sur une fleur de lotus. C’est également le cas de Bouddha qui, en outre, sachant marcher dès la naissance, voyait sous chacun de ses pas s’épanouir une fleur de lotus. Il est dit que cette fleur est le symbole de la pureté par excellence, puisque, bien que née dans la fange, elle reste immaculée.

 

Fleur de lotus – au centre, de couleur jaune le pistil (Source : Wikipedia, licence Creative Commons)
Fleur de lotus – au centre, de couleur jaune le pistil (Source : Wikipedia cc)

Offrande

La fleur de lotus est d’ailleurs utilisée en Asie du Sud-Est en général et au Cambodge en particulier, comme offrande au Bouddha. Les Khmers ont d’ailleurs développé pour cela des techniques ingénieuses de pliage des pétales de fleur de lotus, qui viennent encore ajouter à la beauté de fleurs. On voit souvent ces fleurs aux pétales pliés orner les halls des hôtels, les salons de massage…

Fleur de lotus aux pétales pliés (Photo : P. Médeville)
Fleur de lotus aux pétales pliés (Photo : P. Médeville)

Source de nourriture

Le lotus est également une importante source de nourriture : on peut consommer ses « fruits », ses « graines », ses pédoncules et ses rhizomes.

Les fruits, qui se présentent sous l’apparence d’un pommeau de douche de couleur verte, sont fréquemment vendus dans des kiosques sur le bord des routes. Ces fruits, qui sont en réalité le pistil de la plante, sont visibles lorsque la fleur est fanée et que se détachant les pétales et les étamines. Ils peuvent être consommés frais ou séchés.

Fruits

Les fruits renferment les graines (akènes). Ces graines sont mangées vertes ou mûres. Vertes, elles peuvent être croquées crues, grillées, cuites à l’eau. Elles entrent aussi dans la composition de nombreux desserts. Elles ont la particularité de posséder un germe vert, très amer, qu’il convient d’extraire avant consommation. Mûres, les graines prennent une couleur marron. Elles sont grillées, coupées en deux, puis croquées à la manière des arachides.

Graines mûres grillées (Photo : P. Médeville)
Graines mûres grillées (Photo : P. Médeville)

Pédoncules

Les pédoncules, les jeunes pousses qui croissent à partir des rhizomes, portent les fleurs. Frais, ils sont pelés avant d’être rompus en deux ou trois morceaux. Cette opération permet de dégager les fibres, indigestes, qui sont extraites et mises au rebut. Les pédoncules de lots peuvent être consommés crus, sous forme « d’anluk » (les anluks sont ces légumes crus que les Khmers affectionnent avec les sauces trempettes) ; ils peuvent aussi être sautés, le plus souvent avec du porc haché, ou encore entrer dans la composition de diverses soupes.

Rhizomes

Les rhizomes, enfin, qui comportent dans le sens longitudinal entre 5 et 9 cavités, sont pelés, puis découpés en tranches qui peuvent être utilisées dans divers plats sautés. Ils peuvent aussi être cuits à l’eau, dans des soupes aux pieds de porc. Les Chinois les farcissent aussi parfois de riz glutineux parfumés à la fleur d’osmanthe, avant de leur faire subir une longue cuisson à l’eau ; une fois la préparation cuite, elle est découpée en tranches assez épaisses, qui constituent une entrée sucrée appréciée dans la région de Shanghai.

Rhizomes de lotus (Photo : P. Médeville)
Rhizomes de lotus (Photo : P. Médeville)

Certains industriels ont également développé des boissons théiformes à partir des feuilles de lotus, tandis que d’autres préparent des substituts du café à partir des graines torréfiées.

Pharmacopée

Le lotus sacré est également bien connu de la médecine traditionnelle, qui utilise de nombreuses parties de la plante pour réaliser des produits de pharmacopée destinés à traiter de nombreuses affections : les graines de lotus, cuites dans l’eau avec d’autres plantes, sont utilisées pour préparer des soupes médicinales servant à traiter l’insomnie, les diarrhées ou encore à stimuler l’appétit ; les feuilles permettraient de traiter certaines hémorragies, notamment les saignements de nez ; les pétioles seraient efficaces pour traiter les coups de chaleur ; les fleurs auraient quant à elles la vertu de fluidifier la circulation sanguine.

Hydrofuges

Les feuilles de lotus ont la particularité d’être très hydrofuges : les gouttes d’eau glissent sur elles sans jamais les imprégner. C’est cette particularité qui a permis, avant que n’apparaissent les sacs en plastique, qu’elles servent à emballer de nombreux aliments. Aujourd’hui encore, les nouilles de riz fraîches vendues sur les marchés cambodgiens sont le plus souvent emballées dans des feuilles de lotus, ce qui permet d’éviter qu’elles ne se dessèchent. Et au contraire des sacs en plastique, devenus un véritable fléau pour notre planète, l’impact sur l’environnement des feuilles de lotus usagées est nul !

Les fibres, que l’on extrait lorsqu’il s’agit de consommer les pédoncules en guise de légumes, ont démontré d’excellentes qualités textiles. Au Cambodge, Samatoa, une entreprise de commerce équitable créée en 2003, a perfectionné des techniques permettant d’extraire la fibre des pédoncules du lotus sacré. Les fibres extraites de façon artisanale sont ensuite filées pour produire du fil utilisé pour la confection d’étoffes de grand luxe.

Extraction des fibres dans un atelier Samatoa (Photo : P. Médeville)
Extraction des fibres dans un atelier Samatoa (Photo : P. Médeville)

Texte : Pascal Médeville : Photographies : Pascal Médeville, Wikipedia

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