Patrimoine et numérique : L’excellence française en termes d’innovation au service des temples d’Angkor

Depuis la redécouverte des temples d’Angkor à la fin du XIXème siècle par Henri Mouhot et, quelques années plus tard, Louis Delaporte, depuis les travaux pionniers et fondateurs de l’Ecole Française d’Extrême Orient, ancienne Mission archéologique de l’Indochine qui va assurer la conservation du site de 1902 à l’arrivée des Khmers Rouges, les changements intervenus sont immenses quand les temples, eux, sont toujours à leur place.

Chantier de restauration du temple du Mébon occidental
Chantier de restauration du temple du Mébon occidental

Nouvelle approche

Aux vicissitudes de l’histoire, prometteuse mais aussi chaotique ou terrible, des espoirs de l’indépendance et du Sangkum à la guerre puis au régime khmer rouge, se sont ajoutées les évolutions culturelles et scientifiques intervenues en un siècle. L’approche du patrimoine, sa perception, son identification, ont bien sûr changé, mais aussi les méthodes et les outils permettant de le comprendre, de l’analyser, de le mettre en perspective, de le préserver, le restaurer et le valoriser.

temples d’Angkor
Yves Ubelmann et son équipe

Angkor, site unique et mondialement connu, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1992, ne pouvait rester à l’écart de ces bouleversements, au contraire. Ils sont, pour le site, une opportunité à saisir. Les nouvelles technologies intéressent au plus point aussi bien l’Autorité nationale APSARA, en charge du site d’Angkor, que les acteurs internationaux,
– Ambassades, institutions de recherche ou établissements d’enseignement supérieur – qui y interviennent sur des projets de recherche, de restauration ou de conservation.

Iconem

L’entreprise française Iconem, créée en 2013, symbolise parfaitement cette problématique de l’innovation et de la technologie au service du patrimoine. Iconem est en effet spécialisée dans l’image 3D et son exploitation afin de numériser des sites archéologiques et patrimoniaux, en particulier des sites en danger. Par le biais de l’utilisation de drones, Iconem modélise et restitue en 3D ces sites et monuments de manière ultra-réaliste. Cette approche est particulièrement précieuse pour procéder à un inventaire des monuments et des sites. Elle permet de répertorier les dommages causés par le temps ou l’action des hommes, d’identifier l’emplacement originel de blocs ou éléments désormais au sol, de réaliser des simulations permettant de reconstituer virtuellement le monument et également de disposer d’un outil permettant d’accompagner un travail de restauration ou d’anastylose.

Iconem est intervenue, depuis sa création, sur des sites célèbres – comme La Tour Saint-Jacques à Paris, Pompéï ou Délo – mais sa renommée est surtout venue des travaux effectués sur des sites menacés ou victimes de destructions volontaires, comme Mes Aynak en Afghanistan, Palmyre en Syrie, Ninive, Nimroud ou Khorsabad en Irak.

Vulgarisation et sensibilisation

Ces actions, particulièrement utiles sur le plan scientifique, ont aussi une dimension de vulgarisation et de sensibilisation du grand public absolument essentielle. La grande exposition « Sites Eternels », présentée au Grand Palais lors de l’hiver 2016-2017 et organisée conjointement par Iconem, le Musée du Louvre, la RMN, parmi d’autres opérateurs, aura attiré plus de 50 000 visiteurs.

Une nouvelle exposition, prévue en automne 2019 à l’Institut du monde arabe de Paris et intitulée « Cités Millénaires », où Iconem intervient également, témoigne de l’engagement continu de l’entreprise française et des opérateurs de la coopération dans cette mission de vulgarisation.

Le Cambodge n’aura pas manqué de s’intéresser aux travaux d’Iconem et d’en percevoir l’intérêt comme le potentiel. Le Comité international de coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (CIC-Angkor), compétent pour l’examen, la validation et le suivi de l’ensemble des projets de recherche, de restauration et d’aménagement sur le site, a tôt fait d’inviter Yves Ubelmann, Directeur et co-fondateur d’Iconem, afin d’explorer des pistes pour une numérisation des sites d’Angkor, à l’occasion de la 24ème session plénière du CIC-Angkor, le 14 décembre 2017.

Coopération

Cette venue aura permis l’amorce d’une coopération entre Iconem, l’APSARA, l’Ambassade de France au Cambodge et le Ministère français de la Culture. A l’occasion de son séjour, et sur financement de l’Ambassade et du Ministère de la Culture, Yves Ubelmann aura réalisé des prises d’images par drone du chantier de restauration du temple du Mébon occidental, en cours de restauration sous co-maîtrise d’ouvrage Ambassade de France-Autorité nationale APSARA.

C’est le début d’une coopération fructueuse. Iconem multipliera les séjours au Cambodge et les visites à Angkor, toujours avec le soutien de l’Ambassade de France et du Ministère de la Culture et aussi de l’APSARA. Yves Ubelmann et son équipe élaborent ainsi une plate-forme numérique en 3D du Mébon à des fins de conduite de chantier et de simulation de restauration, commencent à former des employés de l’Autorité nationale APSARA à ses techniques et à l’utilisation des drones, et réalisent d’autres relevés de temples. Une exposition numérique portant sur quatre monuments du site d’Angkor en cours de numérisation – le Baphuon, restauré par la France de 1959 à 1973 puis par la France et le Cambodge de 1995 à 2011 ; le Mébon occidental, en cours de restauration par la France et le Cambodge depuis 2012 ; la Porte de la Victoire d’Angkor Thom et Chau Srey Vibol – aura pu être produite et présentée à l’Institut français du Cambodge en février 2019.

A travers un projet emblématique de restauration, mais également dans le cadre du CIC-Angkor, Iconem, vitrine de l’excellence française en matière d’innovation, permet de mettre la technologie au service du patrimoine dans toutes ses dimensions : la recherche, la restauration et, composante essentielle, la formation et la transmission qui sont l’essence même de tout projet de coopération et dont le Cambodge continue d’avoir besoin pour pouvoir assumer, à terme, la gestion pleine et entière de l’inestimable patrimoine qui est le sien. Avec, dans le futur, la maîtrise des outils les plus modernes.

Par l’équipe de l’IFC

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