Interview : Hugo Bolorinos, « L’histoire et le journalisme sont comme les faces d’une même pièce »

Entretien avec Hugo Bolorinos, jeune étudiant français actuellement en stage dans notre rédaction. Il confie ses (bonnes) impressions sur le Cambodge et la passion sincère qu’il éprouve pour ce pays à travers ses travaux de recherche et son expérience dans le royaume.

Vivez-vous au Cambodge, depuis quand ?

Mon arrivée au Cambodge s’est faite au mois d’Avril, une semaine avant le Nouvel An khmer sous un soleil de plomb. Je vis donc à Phnom Penh depuis quatre mois, une première expérience à l’étranger très enrichissante qui se termine le mois prochain.

Hugo Bolorinos
Hugo Bolorinos

Quelle est votre activité professionnelle ?

Je termine actuellement mes études en Master 2 à l’université Paul Valéry de Montpellier en Histoire des Relations Internationales et des Sciences Sociales (HIRISS). J’avais la possibilité durant mon cursus de partir en stage afin d’améliorer mes compétences professionnelles. Ce que j’ai fait en intégrant Cambodge Mag en tant que journaliste stagiaire pour une durée de cinq mois.

Parallèlement à cette activité journalistique, j’écris également un mémoire de recherche sur l’histoire du Cambodge, et plus particulièrement sur la République Khmère plus connue sous le nom de régime de Lon Nol et de Sirik Matak de 1970 à 1975. Soit avant l’avènement du régime des Khmers rouges en avril 1975.

J’ai donc cette double casquette, celle de l’historien et du journaliste, deux professions qui se ressemblent mais qui diffèrent sur de nombreux points. Un journaliste s’intéresse aux événements immédiats, il est en quête perpétuelle de nouveauté et doit compter sur son réseau pour être rapidement informé. L’historien est en réalité très proche du journalisme, l’étymologie du mot histoire vient d’ailleurs du grec historia se traduisant par le mot enquête.

Mais, contrairement aux journalistes, nous nous intéressons au temps long, et dans le cas des historiens de la période contemporaine nous avons accès à des sources plus diversifiés comme les archives des Etats qui permettent d’avoir un œil plus aiguisé que nos confrères journalistes. Même si il faut avouer que bien souvent, les travaux d’enquêtes des journalistes sont largement repris par les historiens, car ils ont eu accès à des sources qui sont parfois inaccessibles pour les historiens comme des témoignages de personnes aujourd’hui décédés.

Pour résumer, je dirai que le journalisme et l’histoire sont les deux faces d’une même pièce, sur bien des points nos travaux se ressemblent, seules les temporalités changent. Dans les deux disciplines, j’ai la chance de travailler avec de grands professionnels qui m’apprennent beaucoup au quotidien.

Pour quelles raisons aimez-vous le Cambodge ?

Mon intérêt pour le Cambodge est, pour être honnête, arrivé assez tardivement. Jusqu’à il y a deux ans, je n’avais que très peu de connaissance sur le pays et son histoire. J’ai toujours été fasciné par l’Asie, et plus particulièrement par le Japon. J’ai grandi à l’époque du boom de l’industrie du manga en France, et mes frères qui ont connu l’arrivée des premiers animés japonais à la télévision française comme Saint Seiya, Albator, Ulysse 31, ou le film Akira, ont largement contribué à ma découverte de l’Asie de l’époque. De plus, mon père était un passionné d’histoire, et surtout de mythologie grecque, une passion qui m’a transmise et qui m’a amenée progressivement à l’étude de l’histoire du Cambodge.

Il a fallu attendre mon arrivé à l’université et ma rencontre avec Pierre Journoud, professeur d’histoire contemporaine et spécialiste des pays du sud-est asiatique en deuxième année de licence d’histoire pour que je me décide à réellement m’intéresser à l’histoire contemporaine des pays asiatiques. Jusqu’à présent, cela me semblait hors de ma portée, et je me souviens que lors de son premier séminaire il avait insisté sur la nécessité de voir des historiens s’intéresser à l’histoire des pays asiatiques.

A la fin de ma troisième année, je me suis rendu à son bureau pour lui témoigner mon envie de travailler sous sa direction, ce qu’il accepta, et après un long entretien, il me signifie qu’il serait intéressant que je m’intéresse à l’histoire du Cambodge.

Au début, je n’étais pas réellement sûr de ce choix, je connaissais très peu de chose de ce pays, je lui demande alors un petit délai de réflexion. Durant quinze jours, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur l’histoire du Cambodge récente et lointaine. J’ai également visionné des reportages, des documentaires, et entamé mes premières lectures de la presse locale … dont Cambodge Mag.

Durant cette période, j’ai réalisé que ce pays possédait une histoire d’une très grande richesse, mais bien des sujets de recherches sont encore à explorer. Lorsqu’on parle du Cambodge, les gens pensent tout de suite à l’Empire d’Angkor, et au régime des Khmers rouges, et parfois dans une moindre mesure de la période du Sangkum. Or l’histoire du Cambodge est loin de se résumer à ces périodes de son histoire.

Je dirai donc que ce que j’aime à propos du Cambodge, ce sont toutes richesses que nous n’avons pas encore découvertes qui nous aideraient à comprendre mieux ce pays dont beaucoup d’occidentaux sont tombés amoureux, parfois sans se l’expliquer.

Que faites-vous de votre temps libre ?

Je me consacre principalement à mes recherches, à chercher des témoins qui pourraient me renseigner sur la vie sous la République Khmère. J’écris surtout mon manuscrit que je dois rendre à la fin du mois d’août avant de passer ma soutenance en septembre. Les nuits deviennent assez courtes ! J’ai également pris un peu de temps pour voyager à travers le pays, notamment à Kampot et bien sûr Siem Reap. J’aimerai également visiter les provinces de Mondulkiri et Ratanakiri du pays qui abrita la fameuse piste Ho Chi Minh. Ces régions ont joué un rôle important dans l’histoire contemporaine du pays. Je profite de ces voyages pour pratiquer la photographie à titre amateur. J’aime particulièrement la photo d’architecture et de sculpture. Et, Phnom Penh avec ces buildings qui sortent de terre à une vitesse hallucinante attise beaucoup ma curiosité. Je crois n’avoir jamais rien vu de pareil.

Quelques souhaits pour l’avenir du pays ?

Je souhaite que le pays continue son développement économique. Cette période extraordinaire de croissance ne durera pas, et le Cambodge doit en profiter pour faire les bons investissements qui doivent répondre à ses besoins immédiats mais aussi à ceux du futur. Pour le meilleur et pour le pire, surtout le pire, le Cambodge part de « l’année zéro » pour reprendre une expression de François Ponchaud.

Néanmoins, lorsque le pays s’équipe d’infrastructures, il a la liberté de choisir de s’équiper avec le meilleur niveau technologique possible, ce qui est une occasion unique de rattraper son retard. Les pays occidentaux et même certains pays asiatiques auraient beaucoup de mal de s’équiper de la même façon, car la rénovation des infrastructures coûtent chères et sont souvent reportés à plus tard par nos décideurs politiques.

Le Cambodge a besoin dans tous les cas, de construire ces infrastructures. J’émets également le souhait de voir un plus grand nombre de chercheurs cambodgiens, notamment en histoire, je suis persuadé qu’une société a besoin d’historiens pour arriver à déterminer les choix qui structurent notre présent, et l’Histoire permet de mettre en perspective notre avenir.

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