Dossier – Société : Cambodge 2040 – Les challenges de Phnom Penh

Premier volet de la série Cambodge 2040 concernant la vision des professionnels et politiques sur le développement du pays dans les vingt prochaines années. Si le gouvernement ne cache pas sa volonté de miser sans réserve sur le développement et la croissance économique, la priorité est aussi donnée à la stabilité politique et à la pérennité-continuité de la ligne gouvernementale actuelle.

Toutefois, les leaders n’occultent pas les difficultés et challenges liées à un développement économique spectaculaire dans certains secteurs d’activité clés, les besoins en infrastructures, les nécessités de réguler certaines activités et les problèmes liés à la croissance démographique, à l’exode rural et, logiquement, à la croissance urbaine.

Vue aérienne de Phnom Penh
Vue aérienne de Phnom Penh. Photographie Christophe Gargiulo

Stratégie rectangulaire

Le royaume est actuellement dans la phase IV de sa stratégie dite rectangulaire. Cette « Stratégie rectangulaire-Phase 4 » est en fait l’agenda politique et socio-économique » de la « Plate-forme politique du gouvernement royal de la sixième législature de l’Assemblée nationale » sous l’égide de la constitution du Royaume du Cambodge et à l’ombre de sa majesté le Roi du Cambodge, comme l’indique le document.

Il s’agit concrètement d’un ensemble de programmes économiques et de réformes élaborés par le Gouvernement Royal, guidés par quatre leitmotivs : la croissance, l’emploi, l’équité et l’efficacité. A travers cette ligne directrice, les leaders ambitionnent de porter le royaume vers un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure en 2030, et à revenu élevé en 2050.

Selon le gouvernement, la phase 4 continuera à se concentrer sur « quatre domaines prioritaires – Réseau routier – Eau – Électricité et les habitants » ; mais souhaite donner la priorité absolue aux citoyens. En ce sens, les quatre nouvelles « stratégies “Rectangles” sont envisagées comme suit :

  1. Développement des ressources humaines
  2. Diversification économique
  3. Promotion et développement du secteur privé et de l’emploi
  4. Développement inclusif et durable

C’est sur le dernier point – Développement inclusif et durable – que le développement de Phnom Penh et de sa population est mentionné dans le document officiel. Sans oublier que la capitale doit aussi suivre les recommandations plus générales ; en effet, il ne faut pas oublier que Phnom Penh est aussi un centre d’échanges et de commerce important avec la présence d’usines de textile dans ses environs, une activité touristique croissante et un boom immobilier qui perdure.

A préciser aussi que la Ville de Phnom Penh a également ses propres programmes développés avec des pays partenaires.

Croissance urbaine

La capitale cambodgienne a connu une croissance urbaine importante au cours des dix dernières années et compte à présent presque trois millions d’habitants (pendant le jour) dans un paysage urbain de plus en plus étendu.  L’accès aux services de base restent variable, avec des défis croissants dans le drainage, le traitement des eaux usées et des déchets solides, et dans la fourniture d’électricité. L’ambitieux schéma directeur de la ville 2035 définit une vision stratégique de la croissance. Mais, l’afflux d’investissements étrangers a contribué à la fragmentation de la croissance urbaine qui alourdit l’infrastructure de la ville et oblige donc les décideurs à s’adapter en permanence.

Lors d’un colloque organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie France – Cambodge, plusieurs intervenants ont fait part des enjeux et challenges concernant le développement de la capitale.

Vannak SENG : Vue globale

Titulaire d’un Master (HMONP) en Architecture et Urbanisme de l’École Nationale d’Architecture Paris-Malaquais en 2008 et membre de l’Ordre des Architectes français et du Bureau des Architectes de l’ASEAN en 2013, Vannak SENG a rejoint l’hôtel de ville de Phnom Penh en tant que directeur du bureau de l’urbanisation de la division de la gestion urbaine après 12 ans passés à Paris. Il a occupé les fonctions de chef de l’administration de l’hôtel de ville de Phnom Penh et supervise 12 divisions, coordonnant les opérations techniques et administratives quotidiennes entre les autorités nationales et locales.

Pour Vannak SENG, Phnom Penh est une ville ancienne bâtie sur un village de pêcheurs. La ville s’est organisée au temps du protectorat français, avec un système de voirie apparu très tôt. C’est une ville qui s’est clarifiée au fil du temps, avec un tissu urbain et une évolution bien planifiée. Cette évolution s’est arrêtée ensuite durant les années 1975/1979 avec le régime des Khmers rouges. « Pendant de longues années, la ville ne s’est pas vraiment étendue, elle est restée avec le même tissu urbain que dans les années 60…La transformation de la ville s’est faite avec une transition très brute, nous sommes passés de maisons simples et souvent rudimentaires aux grands immeubles de 4/5 étages, structurant la ville comme elle est aujourd’hui. », explique Mr Seng.

Le tissu urbain de Phnom Penh et ses évolutions de 1900 à aujourd’hui – Illustration Mr Vannak Seng
Le tissu urbain de Phnom Penh et ses évolutions de 1900 à aujourd’hui – Illustration Mr Vannak Seng

« La capitale, qui à la base faisait 6 km de large sur 7 km de long, connaît aujourd’hui une extension sans précédent. Elle s’étale sur plus de 700 km 2, divisés en 12 arrondissement et 105 communes. Mais le système de voirie et la trame urbaine ne changent pas car les autorités locales et le gouvernement souhaitent préserver le tissu urbain originel et conserver les grands boulevards existants. C’est ce qui explique l’étendue de Phnom Penh, on étale la ville pour désengorger et préserver ces arrondissements centraux », avance Vannak Seng avant de donner quelques chiffres montrant bien le dynamisme de la ville et son potentiel :

  1. Population pendant le jour : près de 3 millions
  2. Routes : 1883 Km de long,
  3. Égouts : 702 Km de long
  4. Cités d’habitation : 134
  5. Immeubles : 791 (<10 étages : 474, >10 étages : 309, >40 étages : 8)
  6. Marchés, supermarchés, centres commerciaux : 337 établissements
  7. Usines : 857
  8. Manufactures : 3840
  9. Établissements de divertissement, restaurants, hôtels, maisons d’hôtes : 2105

Mais, il existe aussi des chiffres qui sont plus compliqués à gérer. La capitale compte aujourd’hui plus de deux millions de véhicules (voitures et motos confondues) et ce chiffre augmente de 11% chaque année. « Si nous ne faisons rien, la circulation sera impossible dans moins de dix ans. », explique-t-il.

Mr Seng fait également part des problèmes très locaux concernant les trottoirs de la ville, utilisés comme parking ou espaces de vente, et qui ont des conséquences sur de nombreux aspects de la vie urbaine : « Lorsqu’on parle de solutions de transport en commun se pose aussi le problème des trottoirs, nous ne pouvons pas attendre le bus sur le côté du trottoir puisqu’il est souvent investi par tous types de petits commerces. », déplore-t-il.

Vendeuse ambulante à Phnom Penh
Vendeuse ambulante à Phnom Penh. Photographie Christophe Gargiulo

Le problème vient du fait que les habitants pensent que les trottoirs leur appartiennent alors que juridiquement les trottoirs appartiennent au public. Cela explique pourquoi ceux-ci sont occupés ou endommagés par tant d’activité, et privent les habitants d’une simple promenade à l’ombre des arbres sur un trottoir.

A propos du réseau d’eau potable pour Phnom Penh

Société d’ingénierie pluridisciplinaire, SUEZ Consulting (SAFEGE SAS), activité de SUEZ, intervient auprès des collectivités, autorités publiques, délégataires de services publics, clients privés et industriels. A travers le monde, leurs ingénieurs conçoivent des infrastructures préservant les ressources des villes qui se transforment, et accompagnent leurs partenaires dans leur stratégie de développement.

Pour donner une idée globale, le réseau d’eau potable de Phnom Penh est aujourd’hui de la même envergure que celui de Paris que ce soit en linéaire de réseau, en volume produit, et en nombre d’abonnés. En termes de performances la ville est passé de pertes en eau de 70% au milieu des années 90 à moins de 10% depuis, ce qui est exceptionnel pour l’Asie, pour un pays en développement, explique Julien Dupont, Directeur pays pour le Cambodge à SUEZ Consulting.

À la différence de Paris, cependant, on enregistre une progression très rapide puisque la production a doublé en huit ans et que l’on prévoit de la doubler dans les huit années à suivre.  L’enjeu n’est donc pas de créer un réseau d’eau potable performant, puisqu’il existe, mais de :

  1. L’étendre pour accompagner la croissance urbaine de PP
  2. L’étendre en maintenant la qualité et les performances du service

Dans une première étape, il faut s’intéresser à l’échelle globale de la ville, à ses besoins réels, et à quel horizon ? Cela s’appelle la planification stratégique générale. Ensuite, il faut définir la structure du projet consistant à  focaliser davantage sur la géographie de la ville : où a-t-on besoin d’eau, où va-t-on la produire et comment va-t-on la transporter entre l’endroit où on la produit et l’endroit où on la consomme ? Et ensuite, dans une troisième étape, encore plus locale, il faut mettre en œuvre ce projet et entrer dans des détails d’exécution qui sont parfois délicats et très compliqués. Un projet d’eau potable, représente 10 ans de travail, entre le début des études et son exécution, explique Mr Dupont, ajoutant que, si au bout de 3 ou 4 ans, les hypothèses ne sont plus bonnes, le temps de faire un nouveau projet et de le mettre en œuvre, il peut se passer encore 10 ans, il y a une inertie qui peut devenir énorme.

Challenges à Phnom Penh

Outre certains problèmes de communication et de concertation en amont, Julien Dupont mentionne une trame urbaine générale qui manque d’axes structurants. Il est extrêmement difficile de faire un réseau de distribution bien pensé. Tous ces quartiers ont des problèmes de pression terribles car il est difficile de les desservir correctement. Les routes ne sont pas prévues pour recevoir des reseaux d’eau potable. Pourtant, il suffirait juste de poser le drainage sous les routes, au moment où l’on construit cet ouvrage, et de libérer ensuite les emprises sur les deux côtés, et intervenir plus tard pour construire des réseaux d’eau potable, d’eaux usées, ou d’électricité sans avoir à toucher la route, et sans gêner la circulation.

Malheureusement, les projets routiers à Phnom Penh ne sont pas conçus de la sorte et il faudrait plus de coopération – concertation avec la régie des eaux. Les routes en béton constituent aussi un problème. Il est difficile, coûteux et bruyant d’effectuer une intervention une fois la route en béton construite. Cela pose un problème à la construction et pour la maintenance. « Creuser dans une route en enrobé prend 15 minutes, détruire un mètre carré de béton prend deux heures. », argumente Mr Dupont qui explique également que, les réseaux sont relativement jeunes mais, quand ceux-ci vieillissent, ils commencent par fuir, jusqu’au moment où il faut les remplacer.

À ce titre, la ”bétonisation” généralisée des routes de la capitale est une préoccupation sérieuse pour les réseaux d’eau potable.

Optimisme

Selon Julien Dupont, la bonne nouvelle face à ses problèmes, c’est que la solution n’est pas technique. Le choix de favoriser des solutions durables et intelligentes ne peut être effectué que par les Cambodgiens. Et, ce n’est pas un choix technique mais plus politique.  C’est un choix organisationnel, un état d’esprit qu’il faut adopter. « Je suis assez optimiste pour Phnom Penh parce que je sais que l’on peut faire des choses formidables et la régie des eaux en est un parfait exemple. », conclut-il.

Energie et besoin de solutions ECO

Selon Raphaël Beton de Green Yellow, filiale Énergie du groupe Casino, les nombreuses coupures d’électricité lors de la saison sèche sont liées aux problèmes d’accès à l’énergie hydroélectrique et aussi à l’accroissement de la consommation. Ce dernier affirme que la saison chaude implique une consommation accrue de la climatisation qui ‘’stresse’’ le réseau. Pour lui, il y a des solutions disponibles susceptibles d’améliorer les systèmes énergétiques. Il cite en exemple une usine textile qui a fait part de son souhait de travailler sur la baisse de la consommation sans altérer la production : « Nous allons remplacer tout leur système de climatisation. Aujourd’hui, ce sont de petites entités individuelles que l’on va remplacer par un système de climatisation centralisé avec tout un système de réseau de distribution. Nous étudions également l’installation d’une centrale solaire sur leur toiture, également, afin de travailler, à la fois, sur la baisse de la consommation et la production. »

Phnom Penh représente environ 70% de de la consommation d’électricité du pays et cela implique une forte dépendance vis-à-vis du réseau électrique et donc de ses aléas.  A noter également que le taux de population urbaine est de 21% aujourd’hui et qu’il passera à 36% ces vingt prochaines années. Il y a donc de vrais enjeux pour la capitale qui doit rationaliser sa consommation électrique au travers d’initiatives privées telles que celle suggérée par Mr. Beton.

Cuisine au charbon dans la rue
Cuisine au charbon dans la rue. Photographie Christophe Gargiulo

Mais, ce n’est pas tout. Quand on parle d’énergie, il y a aussi tous les aspects cuisson et chaleur. En parlant uniquement du résidentiel, il y a encore 25% de la population qui utilise des petits fours de cuisson, même dans les zones urbaines. Cela contribue à la pollution atmosphérique, génère des problèmes de santé et du gaspillage d’énergie. La solution passerait peut-être par les énergies renouvelables.

Selon Cécile Dahomé, directrice de SEVEA Consulting, cabinet de conseil dans l’eau, l’énergie et le développement durable depuis 2012, en termes d’énergies renouvelables, ce qui pourrait faire sens sur Phnom Penh, c’est le solaire photovoltaïque en toiture, de l’hybride diesel-solaire pour les industries, du biogaz – on commence même à parler de stations d’épuration et de traitement des déchets biogaz ou bio fuel. Il y a de vrais potentiels : chauffe-eau solaires, fours de cuisson améliorés et tout ce qui va être le « sustainable fuel » donc les granulés et le charbon amélioré. « Cela pourrait passer au travers de processus de labellisation, de modèles ECO sur ce type d’initiative au niveau des bâtiments publics et gouvernementaux car là il y a un vrai potentiel et un gisement d’amélioration et de réduction de la facture d’électricité, et de celle de l’éclairage public…Le dernier gros élément concerne la gestion de la demande en adaptant simplement les tarifs de l’électricité. », explique Mme Dahomé en précisant que des projets pilotes fonctionnent plutôt bien dans les pays voisins et que toutes ces mesures impliquent des politiques adaptées.

Pour conclure, il y a des technologies qui commencent à être intéressantes, on parle généralement de Waste to Energy mais il y a également du Waste to fuel, qui est la transformation de sacs plastiques et autres en fuel. Cela ferait sens au Cambodge et, surtout, c’est un processus à très faible teneur en carbone.

Attractivité de la ville

La ville doit aussi gérer 2700 tonnes d’ordures chaque jour et l’augmentation annuelle est de 13%. En calculant la production de déchets de la capitale en un an, cela donne plus d’un million de tonnes de déchets. Selon un rapport du ministère de l’Environnement, 41% du total annuel des déchets collectés sont envoyés dans des dépotoirs. Environ 11%, sont recyclées et les 48% restants sont brûlés ou jetés dans des plans d’eau.

Phnom Penh fait donc face à d’énormes défis en matière de gestion des déchets en raison de la croissance démographique, de la hausse des revenus et de la consommation, de l’urbanisation croissante et d’une gestion inadéquate des déchets en raison de l’absence d’installations performantes de collecte et de traitement des déchets.

La croissance démographique rapide due à l’industrialisation et à l’urbanisation en phase avec l’expansion de la ville a entraîné une augmentation sensible de la production de déchets à Phnom Penh. Outre l’augmentation des déchets solides municipaux, d’autres flux de déchets tels que les déchets dangereux, les déchets industriels, les déchets médicaux, les déchets de construction et de démolition et ceux de l’agriculture augmentent également, posant d’énormes problèmes à la ville pour la collecte, le traitement et l’élimination appropriés de ces déchets.

De plus, le pouvoir dans le secteur des déchets a été décentralisé du niveau des provinces et des districts au niveau local, de sorte que les autorités locales ne sont toujours pas conscientes de leurs responsabilités et ont des difficultés à remplir leur rôle.

La gestion des déchets à Phnom Penh présente de nombreux défis en raison de contraintes sociales, techniques, économiques et institutionnelles. De nombreux partenaires, la JICA, l’AFD, le PNUD et la Chine aujourd’hui fournissent de l’aide pour améliorer la collecte des déchets, mais la tâche est difficile car il s’agit d’un problème relativement récent et complexe.

Phnom Penh
Phnom Penh. Photographie Christophe Gargiulo

Responsabilisation

Cette problématique est devenue un leitmotiv récurrent car elle concerne le bien-être et la santé de la population mais aussi l’attrait touristique de la capitale. Chacun s’accorde à dire que, quel que soit l’efficacité de l’opérateur en charge de la collecte, la priorité est à donner à l’éducation et aux initiatives du secteur privé.

S’il existe multitude de projets associatifs tentant de donner une prise de conscience auprès de la population pour respecter l’environnement urbain, cela n’est pas encore suffisant.

« Nous, professionnels du tourisme avons nos propres initiatives et organisons régulièrement des journées de nettoyage de la voie publique pour lesquelles nous sensibilisons et mobilisons nos employés, mais c’est encore insuffisant car tous les acteurs du secteur ne sont pas encore impliqués. », explique Luu Meng, Président de la Fédération Cambodgienne du Tourisme. Selon lui, chaque groupe hôtelier ou même petit restaurateur devrait se responsabiliser pour son établissement, ses alentours et au-delà. « J’ai toujours suggéré que chaque hôtel de standing ait la responsabilité de l’entretien de ‘’son espace public’’ dans un rayon de 200 mètres. Imaginez que chaque hôtel aujourd’hui prenne soin de sa ‘’zone de 200 mètres’’, l’amélioration serait spectaculaire et bénéfique, tant pour le public que pour l’hôtel, le restaurant ou la boîte de nuit qui améliorerait ainsi la qualité de son accès et donc son attractivité… ».

Luu Meng, Président de la Fédération Cambodgienne du Tourisme
Luu Meng, Président de la Fédération Cambodgienne du Tourisme. Photographie Christophe Gargiulo

Chantier et développement

Pour Luu Meng, il est difficile de faire des projections sur les vingt prochaines années. Selon lui, la ville est en plein chantier et le royaume devrait en tirer les bénéfices une fois toutes ces constructions achevées : « Il est vrai que la ville est en plein chantier et que cela pose aujourd’hui des inconvénients : pollution, circulation difficile, problèmes de déchets…etc. Mais, cela est provisoire. Je suis d’un naturel optimiste et je pense que les problèmes liés au développement de la capitale trouveront naturellement leurs solutions avec de la bonne volonté et une énergie commune dans le secteur privé et public. Mais cela ne concerne pas seulement les problèmes de déchets, il y a aussi la formation professionnelle, l’établissement de normes, l’amélioration des infrastructures, autant de paramètres indispensables à la réussite de Phnom Penh. Et, je suis persuadé que les problèmes évoqués aujourd’hui seront bien moindres dans les années à venir. »

Circulation et zones en mutation

Embouteillages

Selon Hugo Roussel, consultant pour la SNCF gares et connections Asie du Sud-Est, les problèmes d’encombrement à Phnom Penh représentent une perte économique énorme qui s’élèverait à 1.2 milliards de dollars US chaque année. A cette perte s’ajoutent d’autres problèmes provoqués par un développement soudain tel des soucis environnementaux, de santé publique…La solution la plus évidente pour les dirigeants est « le développement orienté vers le transport collectif », améliorer le réseau de transports existant de la ville afin d’améliorer son efficacité et de réduire et la pollution et les embouteillages. Mais cette solution est risquée car c’est un énorme investissement et rien ne garantit sa réussite, les dirigeants doivent donc faire un choix difficile. Hugo Roussel indique qu’il faut tout d’abord construire l’infrastructure sur mesure, à la bonne échelle, et il faut que toute la structure soit proportionnelle.

Quartier défavorisé, ici sous le pont Monivong
Quartier défavorisé, ici sous le pont Monivong. Photographie Eva Marcadé

Social

Mr. Pierre Larnicol chef de projet des quartiers précaire pour l’association Planète enfant et développement exprime ses préoccupations au sujet des quartiers en voie de mutation. Planète enfant et développement est une association Française qui a débuté au Cambodge en 1984 et qui travaille à Phnom Penh dans les quartiers précaires depuis 15 ans. Il explique que lorsque les populations sont revenues après les Khmers rouge, elles ne savaient plus où s’installer, elles ont alors choisi les endroits publics comme des cimetières ou les bords de rivière.

Aujourd’hui, à Phnom Penh, on dénombre 277 quartiers précaires. Cela correspond à environ 70 000 familles vivant dans la précarité et 26 000 dans l’extrême précarité. Ces quartiers font face à des problèmes sociaux, économiques, et à une insuffisance de services comme l’éducation et la santé. Ce sont aussi des habitats à risque, très affectées par les inondations.

Mr. Pierre Larnicol précise qu’il y a un besoin énorme en terme de logement. Environ un million de nouveaux logements seront nécessaires à Phnom Penh d’ici 2030.

Mais ce dernier préfère voir le développement de la ville « comme une opportunité pour faire de Phnom Penh, à l’avenir, un modèle de ville durable en associant tous les acteurs, que ce soit le gouvernement, les acteurs privés mais aussi l’associatif qui peut se positionner en un facilitateur de débat. »

Par Christophe Gargiulo avec Eva Marcadé & Fabrice Barbian

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