Balade cambodgienne – Siem Reap : Escapade au Baray

Le Baray occidental fait partie de ces lieux d’exception comme le Cambodge en recèle, où le quotidien côtoie la grande histoire angkorienne. Creusé au XIème siècle, cet immense réservoir artificiel, le plus grand du pays, est devenu au fil du temps un lieu de loisirs et de convivialité. Direction le Baray occidental, à 20 minutes de trajet du centre-ville de Siem Reap.

Siem Reap : Escapade au Baray
Siem Reap : Escapade au Baray

Un lieu encore méconnu

L’avion s’apprête à se poser sur le tarmac de l’aéroport de Siem Reap. Dans les dernières minutes de vol, tandis que l’appareil incline une ultime fois ses ailes, une vaste étendue d’eau se dévoile derrière le hublot.

– C’est quoi ? demande un enfant curieux.
– Ça, ça doit être le grand lac, le Tonlé Sap, répond son touriste de père d’une voix mal assurée.

Cette anecdote révèle le peu de connaissance à l’égard d’un site trop souvent ignoré. Si le lieu est assidûment fréquenté par les familles khmères, peu de touristes ou même d’expatriés se sont donné la peine d’aller y flâner quelques heures. Pourtant, l’endroit ne manque pas d’atouts, entre ses temples mitoyens, ses hamacs où s’étendre en sirotant un jus de canne à sucre frais et ses possibilités de baignade rafraîchissante.

Siem Reap : Escapade au Baray
Siem Reap : Escapade au Baray

Voyage hors des sentiers battus

Plusieurs chemins peuvent être empruntés pour s’y rendre, depuis l’aéroport ou la Nationale 6. Ce dernier accès offre une savoureuse entrée en matière, avec sa petite route bordée d’arbres et de rizières au vert éclatant. Après quelques minutes, une montée s’amorce, dévoilant, une fois atteint son sommet, un paysage à couper le souffle. Dans un rectangle parfait, une immense étendue d’eau apparaît, tandis que les clameurs des enfants jouant en contrebas se mêlent à celles des vendeurs ambulants, et que des odeurs de grillades viennent chatouiller les narines.

Siem Reap : Escapade au Baray
Siem Reap : Escapade au Baray

Quelques stands de vêtements et de souvenirs se sont établis à côté, dans l’espoir de glaner l’attention des touristes. Une visite au Baray est en effet incluse dans les prestations de nombreuses agences de voyages chinoises, mais la sortie se résume à quelques dizaines de minutes tout au plus.

Peu sont les touristes intrépides osant s’aventurer en contrebas, là où se situent les bungalows et les petites plages. Fuyant l’agitation, il est temps de descendre et de gagner un hamac, qui coûtera la somme de 2 dollars pour un temps illimité. Une dépense bien modique pour pouvoir admirer le paysage et, surtout, la vie quotidienne haute en couleurs qui s’y déroule.

Siem Reap : Escapade au Baray

Enfants se baignant et agrippant d’énormes chambres à air, familles avenantes échangeant quelques mots avec le barang en goguette et marchands de boissons et de nourriture s’y côtoient. Confortablement installé dans son hamac, le visiteur pourra aussi rêver de la grandeur des temps passés.

Chantier pharaonique

Difficile d’imaginer que cet énorme bassin de 8 kilomètres sur 2, pouvant contenir à lui seul 123 millions de mètres cubes d’eau, a été creusé de main d’homme. Lorsque sa construction est amorcée sous le règne de Suryavarman Ier, les environs d’Angkor comptent déjà deux réservoirs de ce type, nettement plus petits. Les intenses besoins en eau de cette « cité hydraulique », comme l’a baptisée Bernard-Philippe Groslier, nécessitent la mise en place de ce chantier pharaonique.

Orienté dans une position Est-Ouest, le réservoir est entouré de digues hautes de 5 à 8 mètres et dont la largeur peut atteindre 50 mètres. Sa fonction principale a longtemps été discutée : s’agissait-il du port de guerre de la cité d’Angkor, s’interroge Jean Commaille dans un ouvrage de 1912 ? Ou bien d’un énorme vivier servant à alimenter la population ? N’avait-il qu’une fonction symbolique et religieuse, miroir du mythique Océan primordial ? Ce dont il est certain, c’est que le Baray, en canalisant la rivière Siem Reap et en retenant les précipitations de la mousson, permettait de contrôler l’approvisionnement en eau, offrant un accès régulier à cette précieuse ressource, y compris durant la saison sèche.

En 1935, un usage plus insolite a été fait du grand réservoir, qui a servi de base aux deux hydravions emmenant l’archéologue Victor Goloubew dans ses observations aériennes du site d’Angkor.

Sous la protection de Vishnou

Comme il en était souvent coutume dans la civilisation angkorienne, la fonction utilitaire d’un lieu ou d’un monument allait de pair avec une forte symbolique religieuse. Au centre du lac, une petite île, le Mebon, abrite un temple dédié à Vishnou. Dans son sanctuaire, un bronze représentait la divinité couchée, la tête appuyée sur l’une de ses quatre mains, un jet d’eau sortant de son nombril. C’est probablement cette même œuvre qu’a contemplé le diplomate chinois Zhou Daguan, qui a visité le lieu à la fin du XIIIème siècle et dont le récit constitue l’un des témoignages les plus précieux concernant cette période.

Disparaissant pendant plusieurs siècles, la statue réapparut en 1936 sous la forme d’un songe à un villageois qui s’empressa d’aller le raconter à Maurice Glaize, alors conservateur du site d’Angkor. Ce n’est probablement pas sur la foi d’un rêve que des fouilles ont été immédiatement entreprises : selon une version plus prosaïque, le villageois en question, cherchant quelque matière précieuse, aurait dégagé une gigantesque main et, ne sachant que faire d’une telle trouvaille, aurait préféré en référer aux autorités. Quoiqu’il en soit, ces fouilles ont permis de dégager la plus imposante statue de bronze khmère connue à ce jour et qui, bien qu’incomplète, constitue l’une des pièces maîtresses du Musée national de Phnom Penh.

Bercé par les vagues

Actuellement objet d’importants travaux de restauration, le Mebon ne peut malheureusement pas se visiter, hormis les digues qui l’entourent. Néanmoins, rien n’empêche de louer un bateau, qui permettra de s’éloigner des berges pour contempler la nature environnante ainsi que les quelques pêcheurs encore en activité. Farniente sur un hamac, promenade en bateau et baignade ne constituent pas les seules occupations possibles : une balade autour du lac permettra de découvrir quelques petits temples qui, s’ils sont loin d’égaler la splendeur de ceux situés dans le parc d’Angkor, ont le charme des objets rares et secrets.

Le retour pourra s’effectuer par un autre itinéraire, longeant le Baray vers l’est en direction de l’aéroport. La pagode de Svay Romeat, avec ses fresques décrivant un enfer dantesque et sa rangée de statues bordant son portail pourra être l’objet d’une courte visite avant de regagner le tumulte de la ville.

Conseils pratiques

Cet extraordinaire réservoir est bien sûr tributaire des rivières et des précipitations qui l’alimentent. Il est fréquent, lors de la saison des pluies, que les plages et même quelques bungalows soient submergés. Lors des mois de sécheresse, certaines activités telles que la baignade ou la navigation seront quant à elles impossibles à pratiquer. Le public fréquentant le Baray, ou Teuk Thla, étant essentiellement khmer, il est plus que recommandé de respecter les codes de conduite en vigueur.

S’il n’est pas nécessaire de se baigner en jean et en T-shirt comme le font beaucoup de locaux, une décence minimum devra tout de même être de mise. Un spray anti-moustiques complétera aussi la besace aux côtés des livres, des cartes à jouer et de la crème solaire. Enfin, les week-ends étant l’occasion de grandes réunions familiales, les visiteurs en quête de tranquillité devront privilégier les jours de semaine pour se rendre dans ce lieu hautement symbolique de la culture khmère.

Texte et photographies par Rémi Abad

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