Santé – Conférence E-santé avec la Fondation Pierre Fabre

Début juillet, dans le cadre de l’Observatoire de la E-santé dans les pays du Sud, la fondation Pierre Fabre a organisé une conférence sur ce thème. 

La Fondation Pierre Fabre s’engage à promouvoir les initiatives de e-santé pour favoriser l’accès aux soins de qualité des populations les plus défavorisées des pays à ressources limitées. Dans ce cadre, l’Observatoire de la e-Santé dans les pays du Sud a été créé dans l’objectif de repérer, documenter, promouvoir et aider au développement des projets innovants dans le domaine de la santé. 

Qu’est ce que la e-santé ?

La e-santé, communément appelée santé numérique est l’utilisation des techniques de l’information et des communications (TIC) dans tous les secteurs de la santé (applications, smartphones ou encore objets connectés). 

La e-santé regroupe les systèmes d’information pour une meilleure coordination des soins au sein des établissements ; la télémédecine pour les soins à distance ; la télésanté pour le suivi et la prévention auprès des individus.
La e-santé recoupe également les dispositifs technologiques à destination des patients ou du grand public (applications & objets connectés), les dispositifs technologiques à destination des offreurs de soins (systèmes d’information partagés ou embarqué) et les dispositifs technologiques à destination des acteurs assurantiels (stockage, big data, CRM).

Une conférence internationale

Retransmise en direct via internet à travers le monde, l’Institut de Technologie du Cambodge a diffusé la conférence tout en participant à plusieurs visio-conférences.

Cette année, la conférence portait sur  “Le Renforcement des compétences et partage des données pour une e-santé efficiente et durable”.  L’objectif était de comprendre, analyser, partager et encourager les innovations numériques pour l’amélioration de la santé des populations vulnérables.

Deux dimensions essentielles au développement des TIC furent mises en avant : 

  • la gestion des données
  • la formation des acteurs

Inaugurée par Béatrice Garette, pour la Fondation Pierre Fabre, elle indique que “les technologies numériques, y compris pour les populations les plus pauvres, représentent une véritable opportunité de réduction des inégalités d’accès en matière de santé”. En outre, elle rappelle que la réduction des inégalités est au cœur de la mission d’utilité publique de la Fondation Pierre Fabre.   

L’Observatoire référence aujourd’hui 146 initiatives dans 76 pays du monde. Il agit comme un levier de développement sur la e-santé, encourageant tous les acteurs à s’impliquer. 

 

Table ronde – “Le suivi des données, quels leviers pour garantir la qualité ?” 

La première table ronde avait pour thématique “Le suivi des données, quels leviers pour garantir la qualité ?”

Opération ASHA – pour les malades de la tuberculose

La co-fondatrice d’Opération ASHA, Shelly Batra, présente le fonctionnement de cette opération visant à détecter les malades atteints de la tuberculose.

Tout d’abord, elle indique que les travailleurs terrain doivent être locaux. Au Cambodge, les travailleurs d’Opération ASHA sont cambodgiens, et ce pour des questions culturelles et environnementales. L’implication des travailleurs locaux est également nécessaire pour la confiance des patients. Ces derniers sont plus méfiants face à des étrangers.

Chaque année, on observe plus de 10 000 000 de nouveaux cas de tuberculose dont 4 000 000 non détectés.  Aucun vaccin n’existe pour éviter cette épidémie.
Le but d’Opération ASHA est donc de détecter les malades atteint de la tuberculose le plus rapidement possible.  

Opération ASHA utilise la e-compliance, à savoir l’administration de questionnaires aux populations. Grâce à cette opération, le taux de détection a augmenté de 20%. En outre, l’utilisation d’un système d’empreintes digitales permet de vérifier la prise régulière des médicaments par les patients.  

Mme Batra explique que “L’utilisation des données récoltées est très variée. Pour opération ASHA, les données nous permettent de savoir en un clic le travail journalier des employés. Afin de protéger la vie privée des patients, leur nom reste confidentiel. Néanmoins, à des fins de recherche, nous devons fournir les informations récoltées, réaliser des rapports pour le gouvernement, les ONG et les financeurs. Les données sont transmises de manière anonyme, et rien ne permet d’identifier le patient.” 

La nécessaire digitalisation du système de santé au Gabon 

La Ministère de la santé au Gabon, Mme Anne-Marie Antchouey Ambourhouet rappelle que la couverture forestière du territoire gabonais est supérieure à 80%. À l’heure actuelle, les professionnels de santé sont donc obligés d’utiliser la e-santé.  

Dans cette mesure, “la remontée de données se fait de manière différente en fonction du type de données. Par exemple, les données de surveillance épidémiologique doivent remonter chaque semaine. Les responsables collectent les données et les transmettent par téléphone.”

Depuis 18 mois, le Gabon est engagé dans la numérisation des données de santé. Tous les départements et régions sanitaires ont donc été équipés de tablettes.  

 La e-santé et l’importance de l’environnement socio-culturel 

Le professeur d’informatique et de bio-informatique à l’université de Québec à Montréal, M. Abdoulaye Baniré Diallo, met en lumière les interactions entre l’humain et les technologies. 

Il mentionne ainsi que “la collecte de données de santé est un problème commun à l’humain et à la technologie. Le développement d’une technologie implique la question de sa mise en œuvre. Le plan d’action ne doit pas changer drastiquement le comportement des personnes sur le terrain. Par exemple, la collecte de données pour EBOLA fût un échec. Du fait de l’urgence, plusieurs décisions ont été prises sans tenir compte de l’environnement socio-culturel des communautés de base. La population s’est repliée et la collecte des informations est devenue impossible et inefficace.”  

D’autre part, il est fréquent de collecter des données sans les utiliser. L’analyse préalable permet de connaitre les données à collecter et le but de cette collecte. Il faut également être en mesure de se projeter dans le temps, être conscient que les technologies évoluent et donc, que les questions et les besoins évoluent également. 

L’utilisation appropriée des données de santé

Le chercheur sur les systèmes d’information de santé publique à l’université de Caroline du Nord aux Etats-Unis, Manish Kumar, revient sur l’utilisation de ces données. 

À mon avis, nous collectons beaucoup mais n’utilisons pas à bon escient. La raison de ce problème est le fait que l’utilisateur de la donnée est distinct de celui qui la collecte“, indique-t-il. Comme son confrère, il rappelle que l’objectif de la collecte doit être clair afin d’informer les personnes en charge de l’intérêt de cette dernière. 

Un Plan national d’action aux Philippines

Le chef du département santé des Philippines, Enrique A. Tayag, soulève quant à lui que “la plupart du temps, les informations dont nous avons besoin sont celles que nous n’avons pas encore” 

Le Plan National d’action des Philippines a permis de s’accorder sur  les différents indicateurs, les systèmes de santé, à créer ou maintenir. Comme indique le chef du département, “nous sommes d’ailleurs particulièrement fiers de notre système d’information de santé. Nous faisons en sorte qu’il soit bien conçu car c’est lui qui détermine tout en aval. Ce système détermine les politiques de santé, les indicateurs.”

Aux Philippines, il existe un dossier médical informatique et un dossier pour les soins primaires et les hôpitaux. Ces systèmes informatiques sont gérés en interne et accessibles à tous, y compris aux plus pauvres. 

En définitive, la table ronde fait le constat ci-après : la collecte des données de santé utiles, précises et efficaces nécessite une implication de tous les acteurs, notamment des acteurs sur le terrain. Chaque personne doit être motivée et engagée dans l’accomplissement de la tâche confiée.   

Pour regarder la conférence 2019 dans son intégralité  

Propos recueillis par Eva Marcadé

Haut de page