Environnement : Le caoutchouc menace les réserves naturelles du Cambodge

Si les exportations de caoutchouc sont en augmentation de 24% au premier semestre, la réserve de Beng Per est cependant menacée par la déforestation.

Plantation de caoutchouc – Crédit Photo: Marina & enrique

Une réserve naturelle menacée

Situé à 4,5 heures au Nord de Phnom Penh, la réserve naturelle de Beng Per est menacée depuis plusieurs décennies par la déforestation. Couvrant plus de 2 400 kilomètres carrés en 1993, la zone a été réduite à 1 020 kilomètres carrés en 2018. Malheureusement, cette tendance n’est pas à l’amélioration.

Signalant plus de 27 000 cas de déforestations depuis le début de l’année, l’Université de Maryland a également souligné les conséquences pour les jeunes arbres, les espèces animales et les communautés locales.

Les concessions de terre pour le caoutchouc

La déforestation affectant la région remonterait au développement des concessions de terre attribuées aux entreprises par le Gouvernement en 1996 pour les investissements agricoles. Ainsi, les entreprises connues opérant sur ces terres sont notamment Try Cheap et les entreprises du groupe Vietnam Rubber.

Avant l’allocation des terres, la réserve naturelle était un havre pour les espèces animales et végétales et un refuge pour la biodiversité. La réserve naturelle comporte certaines espèces en voie de disparition, dont le bœuf sauvage banteng, le gibbon à bonnet,  le semnopithèque à coiffe,  le sambar ou encore l’éléphant d’Asie.

Malgré les incitations et les engagements du Premier Ministre pour lutter contre la déforestation et les exploitations illégales, le groupe de travail Global Witness a mis en avant certaines exploitations forestières non autorisées.

L’exploitation forestière illégale

Si les concessions ont stoppé depuis 2012, et l’exploitation forestière est autorisée sur les zones concédées, il est fréquent de constater des débordements. En effet, certaines tronçonneuses continuent de sévir dans les espaces protégés.

Si les terrains concédés sont limités à 100 kilomètres carrés, il est également fréquent de voir apparaître de nouvelles entités, appartenant au même groupe mais utilisant des noms différents.

Ainsi, l’augmentation des concessions a entraîné une saturation du marché et la chute du prix du caoutchouc depuis 2010. Vendu 5 000 dollars la tonne il y a quelques années, il se vend désormais moins de 1 800 dollars. Face à la saturation du marché, certains propriétaires se tournent désormais vers la culture d’anacardiers.

Afin de lutter contre les exploitations illégales, plusieurs initiatives privées tentent de protéger la réserve. Nous pouvons notamment citer Betreed qui a mis en place une équipe de garde forestiers.

Une augmentation des exportations de caoutchouc en 2019

Avec plus de 104 000 tonnes de caoutchouc exportées depuis le début de l’année, le taux d’exportation révèle une augmentation de 24% en comparaison à l’année précédente.

Le Cambodge ne dispose pas d’usines de traitement, et ses premiers acheteurs sont le Vietnam et la Malaisie.

Vendue en moyenne 1 400 dollars la tonne, la production de caoutchouc a généré plus de 300 millions de revenus en 2018.

Avec AKP Phnom Penh, Juillet 2019

Haut de page