Environnement : Des arbres pour Angkor

De vastes campagnes de reboisement sont en cours dans la province de Siem Reap. À terme, ce seront plusieurs dizaines de milliers d’arbres qui devraient être plantés d’ici la fin de l’année.

Apsara, une pluralité d’objectifs

En juin dernier, l’autorité APSARA, en charge de la protection et la gestion d’Angkor, annonçait son ambition de planter 40 000 arbres dans le parc archéologique. Ambition concrétisée par une première phase qui s’est déroulée le week-end des 13 et 14 juillet, durant lequel plus de 600 personnes se sont rassemblées autour du temple de Preah Khan.

Bénévoles, représentants d’APSARA, de la province et du secteur privé ont procédé à la plantation des premiers 2 000 arbres, la majorité d’entre eux étant constitués d’essences rares. Des Neang Nuon ont été mis en terre (Dalbergia oliveri), ainsi que des Beng (Afzelia xylocarpa) et des Kranhung (Dalbergia cochinchinensis), tous faisant partie d’espèces menacées de disparition.

Depuis le début de l’année, entre 6 000 et 7 000 arbres ont été plantés dans les trois grandes zones boisées du parc d’Angkor, l’objectif visé pour cette année étant de 40 000 nouvelles pousses, soit 10 000 de plus qu’en 2018.

L’autorité APSARA, dont l’une des prérogatives est de veiller sur les 400 km² de forêt protégée ceinturant les temples, poursuit aussi un travail de prévention et d’information envers les populations locales, notamment auprès des pagodes.

Floraison d’initiatives

L’engouement pour le reboisement ne concerne pas uniquement la zone couverte par APSARA. D’autres campagnes sont également en cours, ou prévues par de nombreux organismes.

Le 10 juillet, le Siem Reap Tourism Club (STC) s’est joint au « Green Concert » initié par Tan Kimsour et l’association Baitong Warriors. Débutant le 3 août prochain et s’étalant sur cinq ans, leur programme, dont le slogan peut se traduire par « Soignons ensemble les blessures de la Terre », prévoit la plantation de 100 000 arbres dans la seule province de Siem Reap.

Du côté des monts Kulen, c’est l’entreprise Kulara Water qui, sur 32 hectares, participe au reboisement en suivant un objectif de 4 000 nouvelles pousses par an.
Des agences de voyages ainsi que des associations profitent elles aussi de cet engouement pour proposer aux touristes de faire œuvre utile en plantant leur arbre.

Engagement du Siem Reap Tourism Club – Crédit Photo

L’appel du Roi

Le 9 juillet, à l’occasion de la Journée nationale de l’arbre, Sa Majesté Norodom Sihamoni a encouragé les citoyens à reboiser leur environnement ainsi qu’à préserver les forêts existantes.

Instituée dès 1952 par S.M. Norodom Sihanouk, cette journée est chaque année le théâtre d’une cérémonie au cours de laquelle le Roi plante un arbrisseau. La province choisie pour le déplacement se voit en outre gratifiée d’une vaste campagne de reboisement.

Cette année, la province de Kratie a ainsi reçu 13 135 pousses d’arbres rares, plantées sur une dizaine d’hectares autour de la ville de Sambour Kbal Damrey.
« J’appelle les moines, les autorités et tous les compatriotes du Royaume à planter toutes sortes d’arbres, dans les pagodes, les lieux publics, le long des rues, dans les villages et les fermes », a déclaré le Roi lors de son discours, avant d’insister sur les bienfaits engendrés par la reforestation et de mettre en garde contre les pratiques illégales liées aux trafics de bois rares.

Plantation d’un arbre par Sa Majesté Norodom Sihamoni – Crédit Photo : AKP

L’un des taux de déforestation les plus élevés du monde

Si le Cambodge compte, selon le sous-secrétaire d’État au ministère de l’Environnement, Roth Vireak,  56 réserves forestières protégées couvrant 41% de la superficie totale du Cambodge, la déforestation n’en reste pas moins un phénomène fortement préoccupant.

En 13 ans, de 2001 à 2014, 1,4 million d’hectares boisés ont disparu sous la pression de l’agriculture, de l’urbanisation et de l’exploitation forestière, qu’elle soit légale ou l’œuvre de bûcherons non autorisés.

En mars dernier, la province a aussi dû faire face à un incendie ravageant plus de 200 hectares dans le district de Banteay Srei. La diminution des forêts cambodgiennes impacte autant la biodiversité que les écosystèmes tels que la mangrove, qui risque à terme de disparaître. Sans compter les tonnes de CO2 que cette forêt disparue aurait contribué à absorber.

Coopération internationale

Désirant stopper cette déforestation galopante, le gouvernement a rejoint l’année dernière l’Asian Forest Cooperation Organization.

L’adhésion à cet organisme regroupant 10 états signataires devrait faciliter la mise en place de projets intergouvernementaux tout en imposant des contraintes de sauvegarde des espaces forestiers à ses pays membres.

Le 19 février dernier, Keo Omalis, directeur de l’Administration forestière au sein du ministère de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches, avait exprimé sa volonté de planter 25 000 hectares au cours de l’année. Tout en procédant en parallèle à une révision des lois encadrant le programme forestier du pays. Appel encouragé par le Premier Ministre qui a, lui aussi, promis des actions en faveur de la sauvegarde de la nature.

Ces initiatives, qu’elles soient internationales, nationales ou locales, parviendront-elles à enrayer l’érosion d’une forêt cambodgienne en péril ?
Quoi qu’il en soit, il n’est pas inutile de rappeler le proverbe africain : « Qui a planté un arbre n’a pas vécu inutilement ».

Par Rémi Abad

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