Arts : Panorama de l’art contemporain khmer

Confluence. C’est ainsi que l’on pourrait traduire le terme « Ti Prasap », titre donné à l’exposition qui vient de s’ouvrir à l’hôtel Treeline de Siem Reap.

Réunissant les œuvres d’artistes cambodgiens issus de générations et d’horizons fort différents, Ti Prasap offre un panorama éclectique de la scène contemporaine khmère.

Vernissage de l’exposition Ti Prasap

Sous le signe de la diversité

C’est sous les arcades entourant la cour de l’hôtel Treeline que le public a pu découvrir, samedi soir, les œuvres d’une collection privée pas comme les autres. Australien ayant posé ses valises au Cambodge en 2003, Larry Strange a cumulé les fonctions au sein d’organismes prestigieux. Mais il s’est surtout constitué une impressionnante collection rassemblant les principaux artistes contemporains du Royaume.

Dans ce patchwork essentiellement pictural se mêlent tradition et modernisme, figuratif et abstrait, cultures urbaines et traditionnelles, vues politiques et personnelles. Les techniques alternent, elles aussi, entre peinture à l’huile et photomontage, collage et sculpture. Afin de créer un fil conducteur, l’exposition est divisée en trois parties :

  • La première s’intéresse à l’histoire, aux traditions et à leur rapport à la modernité.
  • La seconde se concentre sur les interactions entre la nature et l’urbain.
  • Enfin, la troisième section s’attache à démontrer comment le quotidien s’invite dans l’art. Ou l’inverse.
La collection privée de Larry Strange est exposée au Treeline hotel jusqu’au 30 septembre 2019.

(re)Découvrir Svay Ken

14 œuvres ornent les murs de l’hôtel, entourées par les clapotis des bassins et la verdure rafraîchissante du jardin. Devant l’absence de structures consacrées à l’art contemporain, cette exposition permet au public de découvrir des artistes encore trop souvent méconnus.
Pourtant, la réputation de certains d’entre eux n’est plus à faire.

C’est notamment le cas de Svay Ken, dont deux tableaux sont exposés. Considéré comme le « grand-père » de l’art contemporain cambodgien, l’artiste, décédé en 2008, a exercé comme « homme à tout faire » au Raffles de Phnom Penh, a survécu aux Khmers rouges et a dû attendre le début des années 1990 pour pouvoir se consacrer pleinement à sa passion.

Le terme de « Confluence » pourrait s’appliquer à ce seul artiste, comme l’écrit le critique d’art Bradbury Edwards : « Mélange fascinant d’influences : naïf mais sophistiqué, peu instruit mais intelligent, modeste et confiant »[i]. Très vite reconnu à l’international comme la figure de proue de l’art contemporain khmer, parfois comparé à Hockney, Svay Ken a été exposé au Japon, à Singapour, Hong Kong et donc maintenant à Siem Reap.

« Ils sont l’avenir du Cambodge »

Mais l’ombre tutélaire de Svay Ken ne doit pas éclipser le talent des 12 autres artistes exposés.

Réalisées entre 2005 et 2018, les œuvres exposées au Treeline permettent de saisir l’évolution et toute la diversité de l’art contemporain khmer. Les renommées bien établies, comme celle de Pich Sopheap, côtoient celles en devenir, comme c’est le cas pour la benjamine Sao Sreymao.

Les deux artistes ont d’ailleurs effectué le déplacement en compagnie de Larry Strange qui, lors de son discours, a tenu à saluer la nouvelle génération qui représente « l’avenir du Cambodge ». Cette sélection d’œuvres tirées de l’une des plus grandes collections privées du pays sert de support à un catalogue dont les bénéfices serviront à subventionner un art contemporain en pleine renaissance.

Sao Sreymao

Informations pratiques

Ti Prasap, jusqu’au 30 septembre 2019.

Treeline hotel, Achasva Street, Wat Bo Village, Siem Reap.

De 10h à 22h. Entrée libre.

[i]       Bradburg Edwards, “An Enduring Intimacy”, Asian Arts News, Novembre/Décembre 1998.

Texte et photographies par Rémi Abad

Haut de page