Portrait – Communauté – Santé : Jean Claude Dhuez, ”SÂMATA, favoriser une approche holistique pour nos clients”

Jean Claude Dhuez est établi depuis 1991 au Cambodge, une époque où la guerre civile sévit dans le dans le pays. Kinésithérapeute de formation, il a décidé de mettre à profit ses compétences dans le projet d’une école de formation de kinésithérapeute à Phnom Penh en travaillant pour l’ONG Handicap International. Après plusieurs années, il s’établit définitivement au Cambodge pour ouvrir son propre cabinet. Retour sur plus de 20 années de présence dans le Royaume.

Jean Claude Dhuez dans son cabinet, crédit photo : Hugo Bolorinos
Jean Claude Dhuez dans son cabinet, crédit photo : Hugo Bolorinos

CM : Pouvez-vous présenter ?

Je suis Jean Claude Dhuez, je suis masseur kinésithérapeute de formation, aromathérapeute et bien sûr entrepreneur depuis quelques années. Je suis arrivé au Cambodge en 1991, pour travailler avec Handicap International comme conseiller technique auprès de l’école nationale de kinésithérapie pour la formation des enseignants. J’ai travaillé avec eux pendant 6 ans, puis j’ai ouvert mon propre cabinet car je n’avais pas envie de revenir en France. J’ai donc ouvert le premier cabinet privé de kiné au Cambodge en 1997. En 2000, j’ai créé ma propre gamme d’aromathérapie.

CM : Pourquoi le Cambodge ?

Un peu par hasard, disons que j’avais envie de travailler à l’étranger pour découvrir d’autres cultures. L’ONG qui travaille sur des projets intéressants dans mon domaine est Handicap International. J’ai été les voir et, ils m’ont donné le choix entre plusieurs pays dont le Cambodge. En France, on ne connait pas bien le Cambodge, j’y suis donc parti sans trop connaître le pays. Le travail que j’effectuais avec l’ONG était passionnant. J’étais là pour deux ans et, finalement, je ne suis jamais parti. Et, comme il n’y avait pas de cabinet de kinésithérapie, j’ai décidé de me lancer.

CM : Comment définirez-vous l’aromathérapie ?

L’aromathérapie se définit comme l’utilisation des huiles essentielles pour le soin et le bien-être. On peut les utiliser en application pure ou en diffusion. On peut également les mélanger avec des huiles de massages. Aujourd’hui la pratique de l’aromathérapie s’est démocratisée, elle peut être utilisée à bon et mauvais escient. Elles sont partout, dans les shampoings, les crèmes, les diffuseurs de voiture, dans les lessives et les produits ménagers. La gamme que j’ai développée était une gamme clinique, pour soigner et j’avais des difficultés à importer de France les produits finis. J’ai donc pris la décision de les fabriquer ici. J’importe les matières premières qui ne sont pas disponibles au Cambodge. Techniquement, il est impossible de faire un produit d’aromathérapie avec des produits 100% cambodgiens.

CM : D’où viennent vos matières premières ?

Mes produits peuvent venir aussi bien de France que de Madagascar, de Thaïlande, et d’Australie. Les produits de bases utilisés pour créer des gels, des crèmes sont souvent importés de compagnies européennes ou américaines. Ce sont des produits naturels, souvent utilisés pour des produits labellisés ECOSERT (Organisme qui certifie des produits issus de l’agriculture biologique.)

Dans un premier temps, ces produits étaient utilisés exclusivement pour mes patients. Ces derniers me demandaient s’ils ne pouvaient pas acheter nos produits. J’ai senti une demande de la part de mes clients, mais également à l’égard des SPA qui commençaient à ouvrir. Notre premier client fut un hôtel cinq étoiles de Siem Reap, souhaitant acheter des produits locaux. Notre gamme est un assez technique, un peu plus chère car nous cherchons la qualité avant tout.

Produits Samatha, crédit photo : Hugo Bolorinos
Produits SÂMATA, crédit photo : Hugo Bolorinos

CM : Finalement, en 2012, vous ouvrez cette nouvelle structure SÂMATA, quel est le concept ?

Avant SÂMATA, le nom était ÂMATA, ce qui signifie éternité en khmer. Mais pour des raisons techniques, le nom a été changé en SÂMATA qui se traduit par équilibre et s’accorde bien avec ce projet. L’idée d’ouvrir cet espace santé – bien-être était de pouvoir offrir des soins holistiques aux patients. Avant j’étais seul dans mon cabinet, et j’avais des demandes particulières comme « ou est-ce que je peux avoir un bon massage ? », et je ne savais pas quoi leur répondre. Je me suis rendu compte que travailler seul était finalement assez restrictif. Je m’étais initié à l’acupuncture, sur la thérapie manuelle (pratique qui consiste à réaligner les articulations mais sans faire craquer comme l’ostéopathie), mais je ne pouvais pas tout faire.

Dans cette structure aujourd’hui, plusieurs disciplines sont disponibles, comme la chiropractie, l’acupuncture, l’ergothérapie, et l’hypnothérapie. Mais, nous proposons également des activités physiques complémentaires comme le fitness, le pilâtes, et la zumba. Nous avons également un espace spa, dont je forme le personnel. Grâce à ce panel, nous avons une approche globale pour nous occuper de nos patients. Nous pouvons ainsi proposer plusieurs soins médicaux mais aussi de confort, et cela facilite le dialogue. Donner naissance à ce type de projet était un rêve pour moi et je suis très content de l’avoir réalisé. Je pense que nous sommes les seuls au Cambodge, voire même en Asie.

CM : Comment voyez-vous la pratique de la kinésithérapie au Cambodge ?

Comme dans toutes les activités professionnelles au Cambodge, il y a un manque de formation. Ayant participé à la formation de kinésithérapeutes cambodgiens, je sais ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils ne savent pas encore faire. Je pense notamment à recruter un kiné cambodgien, principalement pour attirer une clientèle plus locale. Mais, je sais qu’il y aura un travail de remise à niveau et ça prend du temps. Moi-même, j’ai des clients cambodgiens et eux-mêmes voient la différence entre un massage professionnel et celui d’un spa ou la formation est limitée.

En créant des formations professionnelles, cela peut créer des vocations. Depuis quelques années, je travaille comme conseiller technique auprès du Ministère du Tourisme dont l’industrie du spa dépend. J’ai travaillé notamment sur l’élaboration des standards de compétences au niveau de l’ASEAN. L’idée est d’assurer une mobilité des masseurs, c’est-à-dire quelqu’un qui a un diplôme au Cambodge pourra s’établir en Malaisie, en Thaïlande, etc. Le Cambodge a été désigné pour ce projet. Aujourd’hui nous finalisons les standards de compétences pour une réunion privée aux Philippines dans les prochains mois, afin de recevoir ensuite une validation par la Commission du tourisme de l’ASEAN. C’est est un grand pas en avant pour la formation professionnelle des masseurs au Cambodge, et en Asie.

Propos recueilli par Hugo Bolorinos

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