Forum ASEAN – SMART CITIES – Interview : Hanoï Sustainable Living Lab, un projet pilote ambitieux

Céline Charpiot-Zapolsky a plusieurs vies. Cette jeune femme passionnée se partage notamment entre la France et le Vietnam : vice-présidente de LINAGORA, leader dans l’édition de logiciels libres, elle est aussi présidente de la filiale vietnamienne, membre du MEDEF international, membre du board de la French Tech Vietnam, fondatrice de l’association OpenHackademy…mais surtout, c’est elle qui porte avec enthousiasme le Hanoi Sustainable Living Lab, un projet pilote novateur dont le démarrage est attendu pour début 2020 et qui pourrait par la suite être décliné dans d’autres villes et pourquoi pas au Cambodge ?

Céline Charpiot-Zapolsky
Céline Charpiot-Zapolsky

Pouvez-vous résumer ce qu’est le Hanoi Sustainable Living Lab ?

Concrètement, c’est un projet qui entre dans le cadre de la coopération entre la ville de Hanoï et la région d’Ile de France qui vise à créer un lieu d’innovation dédié à la ville durable. Le concept est une plateforme de développement et de collaboration rassemblant la ville de Hanoï, le gouvernement, les grandes entreprises françaises cherchant à se développer au Vietnam mais aussi les startups (de la French Tech), les universités avec leurs centres de recherches…. La volonté est ici, non pas seulement de contribuer à l’élaboration de smart cities (villes intelligentes) mais d’y ajouter aussi le concept de villes durables en favorisant constamment l’innovation.

Pour la petite histoire, ce projet était une volonté personnelle forte du Maire de Hanoï qui avait une grande admiration pour la Station F (l’incubateur de start-up de Xavier Niels à Paris) et qui souhaitait l’équivalent pour sa ville.

La philosophie du projet ?

La création d’une plateforme ouverte, permettant de mettre en valeur l’offre française et dédiée à la ville durable technologie Open Source est au cœur de notre réflexion, car cela renvoie aux questions de partage et donc de gouvernance et de protection des données. Une smart city est composée de multitude de systèmes d’information différents avec des données souvent fragmentées. L’administrateur (la ville) a besoin d’avoir une vision consolidée et d’une analyse intelligente de ces données pour bien gérer leur accès et donc mieux protéger la vie privée des citoyens.
Les smart cities doivent mettre les citoyens et leurs besoins au cœur du système.

En choisissant d’être « ouvertes », elles peuvent permettre d’accélérer fortement l’innovation digitale. On parle alors d’Open Smart cities et d’open innovation. En devenant plus collaboratives et innovantes, les smart cities pourront être plus indépendantes technologiquement et donc plus « durables ».
Pour atteindre cet objectif, il faut construire une plateforme technologique ouverte, avec des API (connecteurs) ouverts, à l’image de notre Substainable Living Lab qui vise justement à créer cette plateforme « verte ».

Comment ça marche ?

La ville de Hanoï donnera des projets au Lab tels que par exemple, la gestion des déchets ou la santé (l’accès aux soins ou la cartographie des capacités d’acceuil…), les fournisseurs de technologies pourront également être à l’origine de projets potentiels (adaptation de leur technologie au niveau local par exemple). L’équipe permanente du Living Lab sera composée d’une dizaine de personnes au départ, avec en support un groupe d’experts.

Cette équipe se chargera de dispatcher les projets suivant le type de problèmes et choisira de faire appel aux expertises respectives des startups de la French Tech et des grands groupes français afin de les faire travailler ensemble si nécessaire pour atteindre les objectifs fixés. Les universités françaises et vietnamiennes seront également sollicitées dans le processus. Les solutions trouvées pourront par la suite être matérialisées au sein de start-up et ainsi monter en puissance.

Les avantages attendus ?

L’existence d’une telle plateforme n’a que des avantages : elle permettra à la ville de résoudre plus rapidement certains problèmes urbains tout en ayant une bien meilleure vision d’ensemble. Elle permettra aux grandes entreprises française un accès plus facile au marché vietnamien tout en favorisant un dialogue avec les décideurs. En échange, elles fourniront une partie des financements pour le projet. Pour les start-up, c’est contribuer à leur créer un marché et pour les universités, c’est un terrain d’expérimentation unique. Plus généralement il s’agit de booster l’écosystème de la smart city, de créer des emplois et de toujours innover.

Les clés du succès ?

L’aspect collaboratif est la clé de voûte du système : la coopération entre le secteur public et le privé tout d’abord mais aussi entre les start-up et les grands groupes. Le mix des cultures française et vietnamienne est aussi une richesse sur lequel nous devons nous appuyer.

Cependant, l’objectif à atteindre, c’est bel est bien celui d’une ville intelligente mais surtout durable : la technologie n’est pas une fin en soi, innover c’est aussi faire avancer les choses différemment. Notre projet doit être viable financièrement mais il repose aussi sur des notions de co-développement, de partage et de réutilisation de la technologie. Il est possible et même souhaitable de mutualiser les besoins. Comme dans la technologie d’open source, si ce projet pilote est un succès, les autres villes pourraient le réutiliser et ne payer que pour les développements supplémentaires.

Une troisième voie numérique ?

En misant sur la philosophie de l’open source, la volonté est aussi de construire une alternative aux géants américains et chinois, une troisième voie numérique qui serait à même de créer un cercle vertueux de développement urbain basée sur des principes collaboratifs mais qui permettrait une plus grande indépendance technologique.

Propos recueillis par Ratana Phurik-Callebaut

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