Koh Kong – Chine : Le gouvernement dénonce une ”campagne étrangère pour tromper le public et la communauté internationale”

Le gouvernement cambodgien a de nouveau démenti avoir donné le feu vert à la Chine pour construire une base navale sur ses côtes. Pour les dirigeants du royaume, il s’agit d’un projet de «désinformation», d’une campagne étrangère visant à nuire à l’image de marque du pays.

Visite de la marine chinoise à Sihanoukville
Visite de la marine chinoise à Sihanoukville

Affirmations de Charles Edel

La semaine dernière, Charles Edel, directeur du United States Studies Center de l’Université de Sydney, a écrit un éditorial indiquant la possibilité que la Chine construise une base dans la province de Koh Kong. L’affirmation serait fondée à partir ”d’images satellite montrant une des techniciens chinois travaillant sur une piste d’atterrissage.”

Edel, dans un article publié par le site Web de la Défense basé à Washington, War on the Rocks, indique que, bien que le Premier ministre cambodgien Hun Sen ait écarté les informations faisant état d’une éventuelle base chinoise dans le pays, “son indépendance semble de plus en plus douteuse”.

“La logique de l’expansion chinoise suggère que tôt ou tard Beijing aura besoin d’un tel avant-poste militaire en Asie du Sud-Est. Et, le Cambodge présente un sol géographique et politique particulièrement fertile”, écrit Edel. Il énumère dans son article plusieurs situations dans lesquelles Pékin a investi dans les infrastructures stratégiques d’un pays, puis acquis une partie importante du territoire riverain par l’intermédiaire d’une société chinoise en affirmant que l’activité était purement commerciale ou humanitaire.

Schéma

« Le schéma des actions chinoises… indique le potentiel réel d’un processus similaire au Cambodge », écrit Edel.

Il ajoute que : « Cela est particulièrement vrai compte tenu de la convergence croissante entre la façon dont le Premier ministre Hun Sen a contribué à élargir les ambitions locales et régionales de Beijing en échange d’un soutien politique et d’un soutien diplomatique de Beijing, d’une coopération militaire plus étroite et d’une aide accrue au développement, de prêts à des conditions de faveur et d’investissements. “

Edel a averti qu’une base chinoise au Cambodge “modifierait rapidement le paysage stratégique de l’Asie du Sud-Est au détriment des États-Unis et de ses alliés et partenaires régionaux”, et a exhorté les États concernés à “façonner de manière proactive l’environnement stratégique en attirant l’attention et en encourageant un plus grand engagement des acteurs régionaux et des pouvoirs locaux… “. Si une telle base navale était construite sur le golfe de Thaïlande, cela permettrait à la Chine d’étendre de manière significative les patrouilles sur la mer de Chine méridionale, que Pékin revendique en grande partie au détriment d’autres pays de l’ASEAN, conclut-il.

Réponse du gouvernement

L’éditorial d’Edel fait suite à un article du portail d’informations en ligne Asia Times de Hong Kong daté du 15 novembre 2018, qui cite des sources diplomatiques anonymes selon lesquelles Beijing construirait une base navale de 45 000 hectares à Koh Kong, rapport cité ensuite par le vice-président américain Mike Pence dans une lettre au chef du gouvernement royal.

Ce dernier a nié que son gouvernement modifierait la constitution pour permettre à la Chine de construire une base navale dans le pays. Il a qualifié cette information de “fausse nouvelle” et de “campagne étrangère pour tromper le public et la communauté internationale dans le but de détruire l’indépendance et la neutralité du pays”.

Au cours du weekend, le porte-parole du ministère cambodgien de la Défense nationale, Chhum Socheat, a fustigé l’éditorial d’Edel, le qualifiant de “désinformation”, soulignant que le Premier ministre cambodgien avait démenti à plusieurs reprises ces informations.

“Un tel étiquetage agressif est mal intentionné, motivé par des considérations politiques, visant à fausser l’image internationale du Cambodge et à tenter de perturber le développement du pays, les investissements étrangers directs et le tourisme en plein essor”, a-t-il déclaré.

Premier ministre

Déjà en janvier, le Premier ministre Hun Sen répondait aux premières accusation : ”L’article 53 de la Constitution cambodgienne indique que le Royaume du Cambodge n’autorise aucune base militaire étrangère sur son territoire…”

Prenant la parole lors de la session plénière du Conseil des ministres fin 2018, il avait également déclaré : “…Je voudrais réaffirmer que depuis 1989, il n’y a plus de troupes étrangères au Cambodge. Et, les troupes étrangères, à partir de 1991, venaient dans le cadre des opérations de maintien de la paix au Cambodge…Au Cambodge, j’admet qu’il existe quelques troupes étrangères mais elles sont rattachées à leurs ambassades respectives…”.

Le Cambodge n’autorise aucune base militaire étrangère sur son sol, quels que soient son armée, sa marine ou sa force aérienne, avait poursuivi le Premier ministre. “…Nous disposons maintenant de l’observation par satellite, quelle serait l’utilité d’une base militaire navale et de navire-espions ?…”, avait ajouté le Premier ministre

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