Pursat – Energie – Projet de barrage : Trouver un compromis acceptable avec les villageois

Le gouvernement cambodgien a annoncé la semaine dernière la construction d’un barrage hydroélectrique de 80 mégawatts sur la rivière Anlong Krouch, qui traverse Pursat.

Village d’Along Krouch, province de Pursat

Pour Khieu Him et Bun Kim Eng, les orangers donnent de l’espoir. Les villageois des minorités ethniques Chirng et Por possèdent un verger d’orangers sur leurs terres dans le district de Veal Veng, dans la province de Pursat. Ils espèrent obtenir des revenus des oranges sur le long terme. Cela leur permettra de subvenir à leurs besoins pour un long moment. Mais, ils ils font part de leurs inquiétudes depuis que des plans ont été élaborés pour la construction d’un barrage hydroélectrique qui submergera probablement leurs terres.

Le couple cultive environ 1 000 orangers depuis trois ans et attend sa première récolte après le nouvel an khmer, plus tard en avril. «Je cultive ces orangers pour gagner ma vie quand je ne pourrai plus travailler», a-t-il déclaré à VOA Khmer lors d’une récente interview accordée à son domicile, à quelques centaines de mètres de la rivière Anlong Krouch où le barrage sera construit. «Je ne peux plus planter comme ça, même si j’ai des terres», déclare Him, qui vit actuellement dans une maison avec sa femme et son petit-fils de 15 ans.

Khieu Lui et son épouse, Bun Kim Eng, font pousser des orangers dans la province de Pursat
Khieu Lui et son épouse, Bun Kim Eng, font pousser des orangers dans la province de Pursat

Compensation

Le gouvernement cambodgien a annoncé la semaine dernière la construction d’un barrage hydroélectrique de 80 mégawatts sur la rivière Anlong Krouch. Le barrage, un investissement de 230 millions de dollars, sera construit par SPHP Cambodia, une coentreprise réunissant des compagnies chinoises et sud-coréennes, dans le cadre d’un accord de construction-exploitation-transfert avec le gouvernement.

S’il est construit, ce barrage sera le dernier grand projet hydroélectrique de la région après la construction d’un barrage de 120 mégawatt à Atai, dans la commune d’Osoam, dans la province de Pursat, qui a ouvert ses portes en mars 2014. Sa famille fait partie des plus de 350 familles touchées par le barrage, selon le chef de la commune de Pramouy, Sek Samath. Selon lui, le revenu des oranges peut être supérieur à 10 000 dollars par récolte. Il prétend que le gouvernement devrait l’indemniser pour la perte de ses futurs revenus d’exploitation.

Son Pros, un villageois de la commune de Pramouy dans la province de Pursat, déclare que le futur barrage hydroélectrique est injuste pour les habitants de la province de Pursat
Son Pros, un villageois de la commune de Pramouy dans la province de Pursat, déclare que le futur barrage hydroélectrique est un problème pour les habitants de la province de Pursat

Plusieurs villageois ont déclaré à VOA Khmer que leurs terres, leurs maisons et leurs cultures avaient été  évaluées par l’entreprise, mais ils ne savent pas si une indemnité leur sera accordée ni quel type d’indemnisation sera offert. «Je ne serai pas d’accord et je ne quitterai pas la terre si l’indemnisation est inférieure à 2 000 dollars», déclare un autre villageois, Son Pros, un ancien soldat qui a perdu sa jambe gauche après l’explosion d’une mine.

“Je ne peux pas utiliser cet argent pour acheter des terres pour vivre”, affirme Pros, propriétaire de trois hectares de terres.

Un autre villageois, Chab Chenda, qui vit près de la rivière, indique que l’agriculture et la pêche dans le village sont rentables. «Ce sera difficile si nous bougeons. Nous vivons ici et il est facile de faire pousser des cultures.», déclare Chenda, 59 ans. «Ici, dans la rivière, il est facile de pêcher du poisson pour se nourrir également, chaque fois que nous en avons besoin», ajoute-t-il.

À la fin de l’année dernière, le Cambodge a inauguré le plus grand barrage hydroélectrique du pays, d’une capacité de 400 mégawatts, qui a touché plus de 800 familles des communautés autochtones. Ils avaient protesté mais ils ont ensuite accepté l’offre d’indemnisation, y compris la réinstallation. Mais, quelques dizaines de familles n’ont pas accepté et restent près de la zone inondée.

Sek Samath, le chef de commune, déclare que les villageois ont été interdits de construction de maisons ou de cultures pour faire place au barrage. Sa femme et lui exhortent le gouvernement à accélérer le processus d’indemnisation le plus rapidement possible. “Je ne proteste pas, mais je demande une compensation financière si ma terre est submergée”, dit-il. “Je prendrai l’argent pour acheter un terrain, une maison ou autre chose.”

Le barrage hydroélectrique de 120 mégawatts construit dans la commune d'Osoam, ouvert en mars 2014
Le barrage hydroélectrique de 120 mégawatts construit dans la commune d’Osoam, ouvert en mars 2014

Besoin d’électricité

Le Cambodge espère devenir autonome sur le plan énergétique d’ici 2020 et l’hydroélectricité joue un rôle important dans ce plan, insiste Victor Jona, un porte-parole du département de l’énergie du ministère des Mines et de l’Énergie. Depuis la mi-mars, le pays fait face à une importante pénurie d’électricité liée à la sécheresse.

Victor Jona,  annonce que la construction du barrage durera quatre ans et commencera plus tard cette année. “Je pense que ce projet aide à développer l’économie nationale et nous verserons une compensation appropriée et acceptable”, affirme-t-il.

«Le développement a toujours des impacts, mais nous essayons de le réduire.», conclut-il.

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