Petite Chronique éphémère : Donner aux démunis ou pas ?

C’est l’histoire d’un jeudi midi, donc pas longtemps avant le vendredi et enfin, pas trop loin du weekend si attendu…En sortant d’un déjeuner ”business” des plus agréables en compagnie d’une femme de tête. L’esprit est vague, divers, divers problèmes, divers projets, divers casse-pieds, diverses bonnes et mauvaises nouvelles. Et, sur le chemin du bureau , devenu très encombré par les échoppes chinoises, j’entends quelques petits cris de joie, celui d’un gamin probablement. J’ai un fils en bas âge, cela m’interpelle, ce genre de son aigu lui ressemble.

Oui, c’est un gamin, un petit de quatre ou cinq ans qui courre sur le trottoir-parking vers une ruelle ou s’amoncelle un tas de canettes. Il a l’air excité et fébrile. Tout heureux, il montre à ses parents le tas de plastique et d’alu. Ces derniers sont chiffonniers, la maman semble en bonne santé, le père plus mince, plus souriant, un de ces couples de chiffonniers qu’on croise de moins en moins aux heures de la journée. Ils préfèrent aujourd’hui éviter la circulation Phnom Penhoise, travailler tôt, pour rentrer tôt.

démunis
Faut-il donner aux démunis ou pas ?

Petit pincement tout de même, le gamin n’est pas à l’école, il n’a pas de chaussures. Mais, il n’a pas l’air malheureux. Le pincement gagne, émotion facile du moment, besoin de se donner conscience, sincérité ? Va savoir. Et ces propos de donneurs de leçons flottent ”…il ne faut pas donner, cela encourage la mendicité…bla bla…”. Peut-être, mais ce ne sont pas des mendiants, tout simplement des chiffonniers qui survivent probablement dans une cabane. Je donne ou pas ? Faut-il donner aux démunis ou pas ?

J’ai un fils, probablement du même âge. Ils pourraient se ressembler. Encore un pincement. J’hésite.

Au diable, armé de mon khmer bien trop basique de quelques billets verts et tentant d’oublier les donneurs de leçons, je vais au Mart sinisé d’en face, attrape quelques friandises et me dirige vers la petite famille. La maman ne regarde pas, le père sourit, le gamin aussi. Il prend timidement les friandises, je donne au père suffisamment d’argent pour qu’il achète des chaussures et quelques vêtements. Et j’insiste, persuadé tout de même que les chances de voir le gamin avec des chaussures sont à peine de 50%.

Le père me dit qu’il a quatre ans, qu’il ne va pas à l’école pour le moment mais qu’il compte bien l’envoyer un jour. Ils viennent de la province, ils n’ont pas trouvé de travail bien payé, ils sont toutefois devenus chiffonniers, une activité qui peut leur rapporter entre  5 et 8 dollars par jour, parfois un peu plus les weekend. A trois, ils survivent.

Un grand sourire, un grand merci, et les chemins se séparent.

Émotion facile du moment, besoin de se donner conscience, sincérité ? Je ne sais toujours pas, mais je ne voulais pas acheter un sourire. Il aura peut-être des chaussures. C’est tout.

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