Tradition : Le tissage des Hôl de soie

Le tissage des sampots de soie fait partie de la tradition artisanale khmère depuis des siècles. Traditionnellement, les Cambodgiens tissaient eux-mêmes sampots, écharpes et drapés. Ces derniers étaient des produits destinés à la confection des costumes des souverains, des dignitaires, des femmes de la Cour à l’époque de la splendeur d’Angkor.
Certains rites accompagnaient chacune des étapes, depuis la culture des gommes laques jusqu’aux fils de chaîne et de trame se montant sur le métier à tisser dont les éléments constitutifs faits à la main sont le métier, le tablier ou planche, les pédales ou marches, les ensouples, les navettes, le peigne ou battant, les lisses, les bagues d’envergure et les poulies.

La tisserande peut entreprendre tout de suite le tissage en s’occupant d’abord du côté “tête du métier”. Encore n’emploie-t-elle pas d’ensouple car, dès le commencement du travail, il n’y a pas de tissu suffisant à enrouler. Alors l’opérateur utilise un autre outil qui ressemble à l’ensouple, “Chhoeu Kos”, pourvu de quelques quatre ou cinq crochets métalliques auxquels on accroche une basse de bambou d’où partent les fils de chaîne.
D’ordinaire, la tisserande doit se servir de liquide venant de la bouillie de riz afin de mouiller les fils de chaîne pour qu’ils ne se cassent pas ; le brossage des fils se fait à l’aide d’une brosse spéciale. Le tissage a lieu en général entre les pilotis de l’habitation qui est le lieu préféré des paysans khmers et des tisserandes qui profitent de leurs loisirs pour tisser les Sampots Hôl, les Sarong et Kramâ.

La tisserande assise sur le sol pousse le battant à une longueur convenable pour pouvoir lancer la navette contenant des duites polychromes et, d’un à trois coups forts et brefs de battant, la trame est comprimée. Puis, de ses deux pieds appuyant sur les pédales, les rangs de lices se baissent et se lèvent au rythme du battant et de la navette. Ce mouvement permet de diviser les fils de chaîne en deux nappes. Le mouvement de va-et-vient de cette dernière s’accordent avec la levée et la descente des lices de droite à gauche et vice-versa, permettant ainsi d’insérer dans la chaîne les fils de trame qui, formés avec ceux de la chaîne, constituent un Sampot en fin travail.
Depuis des siècles, les Cambodgiens préfèrent les Sampots Hôl qui sont groupés en trois catégories suivant leur usage et leurs motifs: le Hôl pour homme, pour femme, et pour le plafond à motifs religieux variant suivant le nom de la fête. Par exemple, le motif du “bateau” est destiné à la fête des morts ou à celle de la sortie des Vossa (fête du 10ème mois célébrant le 15ème jour après le Pchum Ben). La tradition explique que le bateau sert d’embarcation en vue de renvoyer les esprits des ancêtres qui viennent rejoindre leur famille.
A la cérémonie du mariage et d’ordination, la jeune mariée et le futur bonze portent le Hôl à motif de Nâga car celui-ci était l’ancêtre mythique des Founanais ainsi que des souverains angkoriens suivant la légende de Prah Thong Neang Neak. De nos jours, seules les femmes et demoiselles continuent à porter les Hôl (linges ouvrés) et le Phamourng (linge uni) de couleur jaune vif, soit en simple comme le Hôl soit en Dhoti qui est de tradition indienne (Sampot Châng Kbèn).
Auparavant, le Phamourng était teint de sept couleurs des jours de la semaine telles que le rouge pour le dimanche, l’orange le lundi, le violet le mardi, le vert le mercredi, le gris bleu le jeudi, le bleu le vendredi et le noir pour le samedi.
Le tissage de la soie à l’heure actuelle se pratique encore dans les provinces de Kampong Cham (Koh Sotin, Prêk Changkran), de Takéo (Prey Kabbas), de Battambang (Phnom Srok) et de Kandal (Srok Khsach Kandal). Les estimations encore incomplètes du nombre de métier à tisser relevées dès les années 60-61 ne révèlent que 1500 métiers.

Avec AKP Phnom Penh

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