Histoire – Khmers rouges – Documentaire : La demande de justice et de vérité reste forte

Quatre décennies après la chute du régime des Khmers rouges, les survivants continuent à chercher justice pour les crimes de leurs dirigeants. ”Daze of Justice”, un documentaire qui suit un groupe de survivants alors qu’ils rentrent au Cambodge pour affronter deux hauts responsables du régime, jugés pour leurs crimes devant le tribunal des Khmers rouges, a été projeté pour la première fois à la télévision publique américaine en mars.

Trois survivantes, ainsi qu'un professeur américain cambodgien, Leakhena Nov
Trois survivantes, ainsi qu’un professeur américain cambodgien, Leakhena Nov. Photographie par Michael Siv

Le film, produit par Michael Siv, lui-même un survivant, suit le groupe alors que les participants témoignent dans l’affaire 002 contre Khieu Samphan et Nuon Chea, les deux derniers dirigeants restants du régime.

Siv annonce que le film est consacré à l’exploration et à la signification du terme ”justice” pour les survivants du régime.

Hors d’atteinte ?

Depuis la convocation du tribunal en 2006, peu de responsables ont été accusés de participation au génocide et aux crimes contre l’humanité. La cour a été mise sous pression et le rapport coût-résultat du tribunal a été largement critiqué.

Marie Chea, l’une des survivantes figurant dans ”Daze of Justice”, déclare que le tribunal n’a pas réellement rendu justice, n’offrant à la fois qu’espoir et déception aux survivantes. « Parfois, je me sens dévastée à cause de cela parce que je me suis rendu au Cambodge et à la cour. J’étais déçue. Et, c’était pour demander justice pour les membres de ma famille qui ont perdu la vie sous le régime. », dit-elle.

Henry Chorn, un autre survivant, affirme qu’il reste pessimiste quant aux progrès du tribunal. «Je continuerai à chercher la vérité car le tribunal est assisté par les Nations Unies. J’espère donc appeler la communauté internationale à participer et à faire avancer ce processus. »

S’aider mutuellement à se rétablir

Marie Chea ajoute que le film a l’intention de montrer cette frustration, mais aussi d’apporter sympathie et réconfort aux survivants. “Le film a pour but d’encourager les survivants à s’exprimer et à partager leurs griefs afin qu’ils puissent s’aider mutuellement à se rétablir”, indique-t-elle.

Dans le film, le fils du célèbre chef de prison, le camarade Duch, Pheng, fait aussi une apparition.

Sopharoth Ith, une étudiant cambodgienne-américaine de l’Université de Portland en Oregon, prétend que la participation de Pheng rend le film unique. “On a vu de nombreux documentaires sur les Khmers rouges. La plupart d’entre eux ne font que souligner les griefs des victimes tout en ignorant les souffrances des membres de la famille des agresseurs qui ont également été affectés mentalement et physiquement. ” Elle ajoute : “Je pense que cela montre une autre conséquence du régime des Khmers rouges.”

«La partie la plus intéressante du film est la relation entre les survivants cambodgiens et américains et le fait que le groupe de survivants ait été en mesure de séparer Pheng des actes répréhensibles de Duch. Ils n’ont pas montré de discrimination envers Pheng.

Chea convient également qu’il est important de prendre en compte tous les impacts des atrocités. «Nous disons que nous sommes touchés par le massacre de Pol Pot, mais nous voyons que Pheng, le fils de Duch, a également souffert. Donc, ce n’est pas seulement nous. Les familles des auteurs sont également touchées. Les griefs et les souffrances ne peuvent en aucun cas être réparées ; par conséquent, nous devons apprendre à pardonner. “

Espoir de justice

Le pardon est une chose, mais la justice en est une autre. Bien que Pheng ait manifesté de la sympathie, reconnu les crimes commis par les Khmers rouges et présenté des excuses aux survivants au nom de son père, la demande de justice et de vérité reste forte.

Chea affirme que les auteurs eux-mêmes devaient être tenus responsables de leurs crimes et devaient présenter des excuses. «Je comprends la situation de Pheng et apprécie le fait qu’il se soit excusé. J’accepterais ses excuses, mais je ne pardonnerais peut-être pas à Duch. Je pense que ce que les Cambodgiens et moi-même souhaitons le plus, ce sont des excuses sincères de la part de tous les dirigeants khmers rouges, car je ne les ai jamais entendues ».

En 2017, les juges de l’affaire 002 ont conclu que Nuon Chea et Khieu Samphan étaient coupables de crimes contre l’humanité et les ont condamnés à la prison à vie. Le tribunal examine actuellement les affaires 003 contre Meas Muth et 004 contre Ao An, Im Chaem et Yim Tith.

Avec Vuochnear Ly – VOA Khmer

Haut de page