Conférence – Identité : Des éditeurs et chercheurs s’interrogent sur l’importance de pouvoir penser et écrire dans sa propre langue

Depuis plusieurs générations, les Cham vivent au Cambodge. Les Cham sont un peuple d’Asie du Sud-Est qui vit dans le centre de l’actuel Vietnam et dans une partie du Cambodge actuel. une partie d’entre eux pratiquent une version très spécifique de l’Islam. Les Cham avaient autrefois un royaume, le Champa, définitivement annexé par le Vietnam en 1822.

Pour eux qui ont perdu leur pays au cours des siècles, continuer à parler leur langue est ce qui leur permet de célébrer leur identité tout en vivant au Cambodge, expliquait Leb Ke lors d’un colloque sur les liens entre « Langue et Identité » lors d’une conférence à l’Institut français le 10 avril dernier.

Les Cambodgiens vivant à l’étranger peuvent toujours visiter ou retourner dans un pays qui est toujours une terre cambodgienne. Mais les Chams n’ont plus de pays, d’expliquer Mr. Ke, chercheur à Breogan Consulting. « l’identité pour les Cham, c’est leur langue », a-t-il souligné. Le cham est une des langues chamiques. Celles-ci semblent liées aux langues malaïques. Elles font partie du malayo-polynésien occidental. Il existe un cham littéraire, qui a deux descendants actuels : le cham occidental, parlé au Cambodge et le cham de Phan Rang, au Vietnam.

Auparavant, certains Cham croyaient que leur langue ne pouvait servir que dans leur contexte religieux musulman. Mais des efforts ont été faits pour démontrer l’importance de conserver leur langue. Et maintenant, parents et enfants tiennent à l’apprendre, a dit M. Ke. Bien entendu, ils apprennent le khmer, et aussi l’anglais qui est la langue de l’ASEAN, mais ils étudient de plus en plus leur langue, dit-il. ”Car au fonds de leur âme, ils savent qu’elle est l’expression d’une culture qui est toujours la leur”, d’ajouter Mr. Ke.

Partant de la gauche, Jean-Baptiste Phou, Phoeung Kompheak, So Phina et Jean-Sien Kin
Partant de la gauche, Jean-Baptiste Phou, Phoeung Kompheak, So Phina et Jean-Sien Kin

Mr. Ke prenait la parole lors d’une conférence à l’Institut français du Cambodge, la dernière d’une série de conférences sur la notion d’identité des Cambodgiens d’ici et d’ailleurs.

Pour So Phina, exprimer son identité implique avoir la possibilité de se faire entendre dans sa propre langue. Sa maison d’Edition Kampumera donne donc la possibilité aux auteurs, et surtout aux auteurs femmes, de s’exprimer dans des ouvrages publiés en khmer.

Jean-Sien Kin, un Franco-khmer qui a grandi en France, interprète le fait de conserver son identité comme étant en mesure d’explorer les grands courants culturels et philosophiques dans sa langue, c’est-à-dire de pouvoir réfléchir sur les thèmes universels sans avoir à traduire. Sa maison d’édition Ponleu publie donc des ouvrages en khmer sur de tels sujets.

A partir de la gauche, Jean-Baptiste Phou, Phoeung Kompheak et So Phina
A partir de la gauche, Jean-Baptiste Phou, Phoeung Kompheak et So Phina

Enfin, Phoeung Kompheak qui est écrivain, interprète et aussi comédien, a souligné le décalage qu’il peut y avoir entre les mots qu’utilisent les Cambodgiens et la connotation culturelle du moment (ou de l’époque) qui peut aller jusqu’à contredire le sens du terme.

Par exemple de nos jours, appeler une personne plus âgée que soi « oncle » est souvent une convention plutôt qu’un signe de respect. Les mots peuvent être les mêmes utilisés depuis des générations, mais leurs connotations évoluent présentement, allant parfois jusqu’à l’ironie, a-t-il dit.

Cette série de conférences était organisée et animée par Jean-Baptiste Phou, dramaturge, metteur en scène et responsable des programmes créatifs pour l’organisation Cambodian Living Arts.

Texte et photographies par Michelle Vachon

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