Communauté – Presse – Hommage : Trente années d’aventure francophone en Asie du Sud-Est avec Arnaud Dubus

Le journaliste Arnaud Dubus est mort à Bangkok hier après-midi. Il allait avoir 56 ans. C’était l’un des plus anciens correspondant de presse français basé dans la capitale thaïlandaise. C’était aussi l’un des meilleurs spécialistes de ce pays qui était devenu le sien depuis 1989. Arnaud avait principalement collaboré à Radio France Internationale, à Libération, à La Croix, au Temps et à TV5 Monde.

Arnaud Dubus
Arnaud Dubus

Terrain

Arnaud Dubus était un journaliste de terrain. S’il a passé sa vie à sillonner l’Asie du Sud-est, il avait également cette passion pour la recherche universitaire. C’est ce qui l’a amené à rédiger de nombreux ouvrages spécialisés, notamment pour le compte de l’institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, l’IRASEC. Il venait ainsi tout juste de publier « Bouddhisme et politique en Thaïlande », une analyse des relations politico religieuses dans ce royaume.

Lorsqu’il débarque à Bangkok en 1989, la région est un fascinant terrain de jeu pour tous les journalistes étrangers. Tout y est en pleine mutation. L’Histoire est en train de s’y écrire avec un grand H. La dame de Rangoon vient de se lever face à la junte birmane et le Cambodge prépare difficilement la paix après le retrait de l’armée vietnamienne. Aux Philippines, c’est un coup d’état qui accueille le jeune reporter.

Cambodge

De tous les pays qu’il sillonne Arnaud Dubus a une affection particulière pour le Cambodge. C’était d’ailleurs sur ce royaume qu’il avait rédigé, à 24 ans, son mémoire de fin d’études avec un titre qui disait déjà toute l’intégrité du personnage : « «Journalisme et objectivité. Exemple de l’attitude de Libération, le Monde, le Nouvel Observateur face au Cambodge des Khmers rouges (1975-1978) : entre l’aveuglement et la partialité. »

Arnaud en 1989 avec son épouse Nou
Arnaud en 1989 avec son épouse Nou

Le Mékong

En février 1993, pour la venue de François Mitterrand au Cambodge, est lancé le premier numéro du journal Le Mékong, un mensuel édité depuis Phnom Penh dont le siège se situe à Boeung Keng Kong, rue 302. Arnaud a toujours gardé de cette collaboration avec ce titre une certaine nostalgie. En 2016 il rédige « 30 ans de médias francophones en Asie, la quête élusive du Graal »*, pour le compte du média en ligne Asialyst. Mais c’est un peu sa carrière qu’il déroule dans cet article sous prétexte de faire revivre trois décennies de journalisme en langue française en Asie du Sud-Est.

Lorsqu’il évoque les années du Mékong, l’ancêtre de Cambodge Soir, il ne peut s’empêcher certains regrets : « Puis, ce fut l’aventure du Mékong (…) Pour moi et pour beaucoup d’autres, Le Mékong a été un moment important de notre vie professionnelle naissante. Le mensuel, aussi piloté par des photographes et journalistes chevronnés comme Thierry Falise et Christophe Lovigny, était à la pointe de l’actualité et proposait une couverture incisive et complète de la sous-région, avec des reportages dans la Birmanie alors étouffée par la dictature ou dans les régions du Cambodge encore sous contrôle des Khmers rouges, ainsi que des analyses approfondies, notamment la « Chronique régionale » écrite par le correspondant du Monde de l’époque, Jean-Claude Pomonti. »

Diplomatie

Comme le font souvent les journalistes après une belle carrière, Arnaud avait choisit la diplomatie. Et depuis l’an dernier il avait rejoint le service de presse de l’ambassade de France à Bangkok. La disparition de ce grand personnage frêle, toujours souriant, discret, timide presque, a été un choc.

Avec sa mort se referme un des plus beau chapitre de ces trente années d’aventure francophone en Asie du Sud-Est.

Adieu Arnaud.

Frédéric Amat

*https://asialyst.com/fr/2016/06/29/30-ans-de-medias-francophones-en-asie-la-quete-elusive-du-graal/

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