Communauté – Portrait : Hélène Malterre, s’épanouir pleinement au Cambodge

Arrivée à Phnom Penh en septembre 2018, Hélène Malterre est une jeune Franco-khmère, travaillant comme coordinatrice de production sur de nombreux projets audiovisuels. Cette expérience au Cambodge, est également l’occasion pour elle de se rapprocher de ses racines khmères.

Hélène Malterre
Hélène Malterre

CM : Pourriez-vous nous parler de vos origines et de votre enfance ?

Je suis née à Paris d’un père français et d’une mère cambodgienne, mon éducation s’est donc faite dans la culture française. Je n’ai jamais parlé khmer à la maison. Je le regrette car je suis au Cambodge depuis septembre dernier et je me sens particulièrement limitée dans mes conversations avec les Cambodgiens. Il me semble que dans les familles eurasiennes de France, la langue française prend souvent le pas sur la langue khmère. Dans les familles d’origine exclusivement cambodgienne, les réunions avec les grands-parents qui parlent cambodgien me semblent plus établies… Chez nous, les réunions de famille étaient très empruntes de culture française. En revanche, il n’est jamais trop tard, c’est pour cela que j’ai décidé de prendre des cours de khmer au Centre des Langues de l’Institut Français, qui me permettront de faire des progrès.

CM : Qu’avez-vous suivi comme études ?

J’ai un cursus classique. J’ai passé un bac littéraire avec en option l’anglais que j’étudiais plus de huit heures par semaine car j’aimais beaucoup les langues. J’étais plutôt une bonne élève. Je savais en revanche dès la classe de troisième que je n’avais pas envie de m’éterniser dans les études. J’ai donc décidé après mon baccalauréat d’enclencher avec un BTS Communication. Mon principal désir était de venir au Cambodge pour me rapprocher de ma deuxième culture. Au final j’ai passé un concours d’entrée pour une école parisienne  : l’ECITV. J’étais finalement repartie pour trois ans d’études à préparer une Licence Digitale et un Master Communication Audiovisuelle. Je viens juste de finir en juillet dernier.

CM : Pourriez-vous m’expliquer en quoi consiste ces formations ?

Ma licence était principalement axée sur la communication digitale incluant des cours de stratégie social-média, de référencement web, de sujets assez éloignés de mes centres d’intérêt mais qui, au final, m’ont permis d’acquérir des compétences complémentaires et de valoriser une diversification de mon cursus professionnel. J’ai intégré cette licence dans l’unique but de poursuivre sur un Master Communication Audiovisuelle comprenant davantage de cours axés sur la production et permettant de travailler sur des projets professionnels concrets. Il y avait notamment des semaines où des clients nous donnaient un brief le lundi, sur lequel nous devions travailler en équipe et délivrer une voire plusieurs vidéos le vendredi. Pendant une semaine nous planchions en mini-agence, ce qui nous a formé au travail de groupe. Cette expérience m’a surtout permis de me sensibiliser à divers types de métiers et de savoir ce que je voulais faire et surtout ne pas faire. Avec le recul, je me suis rendu compte que la formation était davantage axée sur la production télévisuelle. Mon travail en alternance dans une grande société d’informatique au service communication-marketing en tant que cadreuse-monteuse, m’a permis d’allier travail en journée et cours du soir, rythme intense mais très formateur.

CM : Pourriez-vous nous raconter votre arrivée au Cambodge et ce que vous faites aujourd’hui ?

Je suis arrivée en septembre dernier à Phnom Penh. Mon objectif premier était de me reposer de ces deux années de Master. De proches amis sont ensuite venus me rejoindre. J’ai eu cette joie de leur faire découvrir le Cambodge. Après leur départ, j’ai profité de ce moment de pause pour passer du temps avec ma mère qui habite au Cambodge depuis plusieurs années car je ne la voyais que très rarement habitant en France. En novembre, j’ai commencé à démarcher et rencontrer des professionnels du secteur audiovisuel ici dans la capitale. En décembre, j’ai eu l’occasion de rencontrer Sok Visal qui est un réalisateur – producteur khmer francophone reconnu au Cambodge qui a créé aussi un label de musique. Lors de notre entrevue, je lui ai fait part de mon désir de découvrir de nouvelles façons de travailler, d’acquérir une expérience professionnelle avec des équipes de travail cambodgiennes et internationales. Visal m’a fait comprendre qu’il percevait le retour des cambodgiens de l’étranger comme une valeur ajoutée pour le pays. Nous avons en effet des compétences additionnelles à partager avec les professionnels d’ici. Après quelques semaines à préparer l’ouverture de l’Alliance Française de Siem Reap aux côtés de son Directeur Serge Bellini, Visal m’a proposé de travailler sur un long-métrage douze heures par jour pendant deux mois. J’ai immédiatement accepté cette belle opportunité.

CM : Avez-vous pris le temps de regarder des films cambodgiens ? Et comment qualifieriez-vous la qualité des œuvres cambodgiennes ?

J’ai eu l’occasion d’assister au Festival International du Film Cambodgien à Phnom Penh pour la toute première fois. Ayant assisté à une session de courts-métrages cambodgiens, j’ai à dire vrai trouvé que leur qualité de production était assez hétéroclite. Je me suis rendu compte que beaucoup de jeunes créateurs émergeaient au Cambodge. Le Royaume n’a pas à rougir face aux autres pays, de nombreux créateurs mériteraient d’ailleurs d’être mis en avant.

En conclusion, je m’épanouis pleinement au Cambodge, je rencontre des personnes de provenances et d’horizons variés, plus que je n’en aurai rencontré à Paris. Je me réjouis de pouvoir échanger avec de nouveaux créateurs et surtout de continuer à me rapprocher de ma deuxième culture.

Propos recueillis par Hugo Bolorinos.

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