Communauté – Portrait Flash : Soreasmey Ke Bin, il est plus facile de s’intégrer au Cambodge d’aujourd’hui

Soreasmey Ke Bin, Franco-khmer bien connu et installé depuis maintenant 17 ans au Cambodge accepte de raconter son parcours à Cambodge Mag…Entretien :

Q : Pouvez-vous nous raconter d’où vous venez, vos origines, votre enfance…

Je suis donc franco-cambodgien, de père cambodgien et mère française. Tous deux se sont rencontrés à Lyon sur les bancs de fac. Ma famille a été relativement épargnée par les années de guerre même si de fait cela a empêché mon père de revenir et quelque part cela l’a donc forcé à l’exil. C’est donc à Lyon que je suis né et que j’ai grandi dans un environnement on ne plus français, notre père a voulu que notre éducation à ma sœur et moi-même soit entièrement française, même si de temps en temps il nous parlait du Cambodge et de son Roi notamment. La suite est finalement logique, mon père est revenu au pays au début des années 90, après un passage dans la résistance en Thaïlande, et je l’ai suivi une décennie plus tard à la fin de mes études.

Soreasmey Ke Bin
Soreasmey Ke Bin

Q : Qu’avez vous suivi comme études ?

J’ai préparé un bac ES, puis enchaîné avec des études jusqu’en maîtrise AES (administration économique et sociale) à l’université Lyon III. J’ai conclu mes idées, enfin pour l’instant, avec un DEA en Sécurité et Défense car à l’époque je souhaitais rentrer dans l’armée ou dans les services de renseignements. Au final mes études de gestion m’ont donné une bonne base pour mener à bien mes entreprises, et la partie sécuritaire m’a appris à mieux analyser mon environnement et mes interlocuteurs, ce qui est essentiel lorsque l’on entreprend.

Q : Qu’avez-vous fait après vos études ?

Chance ou malchance j’ai été parmi les derniers appelés au service militaire français. Cela m’arrangeait plutôt car je souhaitais alors m’engager mais bien qu’ayant passé avec les succès les tests et entretiens pour être officier sous contrat (OSC), j’ai finalement renoncé. Mes dix mois sous l’uniforme se sont bien passés au sein d’un beau régiment, le 68e régiment d’artillerie d’Afrique pour ne pas le nommer, mais cela ne correspondait pas vraiment à l’idée que je me faisais de l’aventure militaire.

C’est au sortir de la caserne que j’ai fait le choix de faire mes valises et de rejoindre mon père au Cambodge. Et je n’en suis pas reparti. J’avais 24 ans et des idées, j’ai donc développé un petit portefeuille d’entreprises avec différents partenaires et dans différents secteurs : informatique, communication, médias et training. Cela a été instructif à défaut d’être très profitable. J’ai aussi travaillé deux ans pour la société Comin Khmère où j’étais chargé du marketing et de la communication, une belle expérience mais qui m’aura tout de même convaincu que je préfère être mon propre patron.

Q : Que faites-vous aujourd’hui ?

Je dirige maintenant une société appelée Confluences. L’aventure a débuté il y a quatre ans et est la continuité logique de mes précédentes aventures entrepreneuriales. A Confluences nous avons quatre pôles d’activités : nous sommes une entreprise de conseil, un incubateur d’entreprises, et nous avons également une partie distribution et une branche logistique. Pour résumer nous sommes une ”boite à outil” à destination des entreprises, et ce quelque soit leur taille ou leur secteur. Nous accompagnons des sociétés qui sont déjà au Cambodge ou des sociétés étrangère qui arrivent sur le marché.

Q : Pensez-vous que la double culture (Franco/Khmer) soit un avantage ?

Cela peut être un avantage mais aussi un inconvénient, ce n’est pas parce qu’on est d’origine khmère qu’il ne faut pas fournir de gros efforts pour s’intégrer. C’est peut être moins le cas aujourd’hui car la société est quand même bien plus internationale, mais au final combien d’expatriés et de rapatriés sont bien intégrés ? Quand je suis arrivé en 2001, il y avait encore peu de rapatriés, c’était différent et plus difficile de s’imposer d’autant que les clivages politiques pesaient encore

Q : Que faites vous en dehors du travail ?

Je suis assez actif dans l’associatif. C’est parfois lié aux affaires, je suis ainsi un des vice-présidents de la CCI, et co-présidents de la French Tech. Et j’ai récemment accepté de prendre en charge le développement de la fédération cambodgienne de MMA dont je suis devenu le vice-président, sous l’autorité directe du comité national olympique. Une bonne occasion d’aider au développement de ce sport très médiatique en utilisant mes différents réseaux d’affaires. Bref je m’ennuie rarement.

Propos recueillis par Eva Marcadé

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