Santé : Une recherche au Cambodge pour éliminer les dangers du paludisme dans le monde

Une recherche qui pourrait contribuer à l’éradication du paludisme non seulement au Cambodge mais aussi sur le continent africain a débuté sur le terrain cette semaine.

Coordonnée par Patrice Piola, médecin et chef de l’Unité d’Epidémiologie et Santé Publique à l’Institut Pasteur du Cambodge, cette recherche est menée dans le seul milieu au pays où peut être contractée la forme la plus mortelle de la maladie : aux fins fonds des forêts.

Patrice Piola, médecin et chef de l’Unité d’Epidémiologie et Santé Publique à l’Institut Pasteur du Cambodge
Patrice Piola, médecin et chef de l’Unité d’Epidémiologie et Santé Publique à l’Institut Pasteur du Cambodge

Situation au Cambodge : les conséquences du succès…

Cette forme de paludisme est transmise aux humains par piqûre de moustiques femelles porteuses du parasite unicellulaire Plasmodium, comme l’expliquait le Docteur Piola durant une conférence qu’il donnait à l’Institut français du Cambodge le 19 mars.

Grâce aux efforts faits au Cambodge au cours des 20 dernières années pour combattre et traiter cette maladie, ce n’est qu’en forêt qu’on peut maintenant l’attraper, disait-il.

Par contre le pays est presque devenu victime de son succès dans la lutte contre le paludisme et ses programmes pour soigner les personnes qui l’ont contracté.

conférence qu’il donnait à l’Institut français du Cambodge le 19 mars
Conférence donnée à l’Institut français du Cambodge

« Les parasites sont résistants aux médicaments, » disait le Docteur Piola en entrevue. « Lorsque quelqu’un prend un traitement, eh bien, il y a de plus en plus de difficultés pour que ce traitement tue le parasite dans l’individu qui est infecté. »

« Lorsqu’on introduit un médicament, eh bien, il arrive que certains microbes survivent et du coup, ces microbes…se multiplient. Et ça développe une résistance qui s’impose en quelque sorte, » explique-t-il. « C’est ce qu’on voit au Cambodge…une résistance aux antipaludiques qui s’est installée comme nulle part ailleurs dans le monde.

« Et c’est ça qui est…l’urgence, c‘est qu’on a peur que cette souche multi-résistante diffuse en Afrique là où il y a donc 95 % des cas de paludisme dans le monde, » ajoutait le Docteur Piola.

Patrice Piola
Patrice Piola

Recherche en cours avec objectifs d’une grande portée

Un programme de recherche a donc été lancé au Cambodge en collaboration avec le Ministère de la Santé pour mener une étude sur tous les plans. Travaillant directement avec la population à risque, c’est-à-dire les coupeurs de bois qui sont habituellement des hommes assez jeunes, les chercheurs vont se pencher sur la transmission du paludisme en forêt et par la suite mener un programme d’élimination de la maladie dans cet environnement. La recherche va inclure des enquêtes sur le comportement des moustiques et maintes analyses en laboratoire.

« Nous n’avons pas l’ambition à nous seuls, surtout en tant que chercheurs, hein, d’éliminer le paludisme, » a tenu a souligner le Docteur Piola. « Par contre notre ambition, c’est d’apporter une brique significative à l’élimination du paludisme…Nous espérons apporter une explication fine pour la transmission du paludisme dans la forêt comme il n’y en a jamais eu auparavant. Et nous espérons du coup, une fois qu’on aura compris, pouvoir proposer des moyens de lutte dans la forêt. »

Bien entendu, l’objectif à long terme est l’éradication du paludisme, soulignait le Docteur Piola durant sa conférence. Apres tout, la variole qui causa la mort de centaines de millions de personnes a été déclarée éradiquée en 1980, et on a maintenant un vaccin contre la polio, a-t-il ajouté.

Ce projet de lutte contre le paludisme est financé par l’Initiative 5% France, le Centre National de Lutte contre le Paludisme du Ministère de la Santé du Cambodge, l’Institut Pasteur du Cambodge, le Malaria Consortium, l’Institut de Technologie du Cambodge ainsi que l’ONG Partners for Development.

Texte et photographies par Michelle Vachon

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