Nature – ONG Wildlife Alliance : Combattre le commerce illégal d’espèces sauvages au Cambodge

Dans son rapport 2018, l’association Wildlife Alliance fait le bilan de ses actions visant à lutter contre le commerce de produits confectionnés à partir d’animaux sauvages, au sein du Royaume. Un enjeu majeur car le Cambodge est considéré comme étant une plaque tournante de ces trafics.

ONG Wildlife Alliance : Combattre le commerce illégal d'espèces sauvages au Cambodge
ONG Wildlife Alliance : Combattre le commerce illégal d’espèces sauvages au Cambodge. Photographie Wildlife Alliance

Au cœur du commerce illégal

8 kg d’ivoire, 5,7 kg de défenses de porc sauvages, un crâne de porc, 3 crânes de cerf de muntjac rouge et un bois de cerf d’Eld (ou Thamin). C’est ce que l’équipe Wildlife Rapid Rescue Team (WRRT)* a découvert dans un atelier de sculpture sur ivoire à Phnom Penh, en février dernier.

Une opération, parmi d’autres, qui illustre le dynamisme du commerce et du trafic des animaux sauvage au Cambodge. Dans son rapport annuel 2018, Wildlife Alliance, association spécialisée dans la protection de l’environnement et de la faune, écrit que « dans un monde de plus en plus globalisé et dans lequel l’ombre de la Chine plane sur la région, le Cambodge est au cœur du commerce illégal d’espèces sauvages ».

Le Cambodge comme plaque-tournante

Le Royaume en est l’une des plaques tournantes utilisées par les trafiquants, y compris pour l’ivoire d’éléphant, la corne de rhinocéros ou les peaux de tigre. Le Cambodge sert de pays de transit mais également « d’espace commercial ». Cela se reflète dans les quelques données partagées par l’organisation.

Saisie d'ivoire. Photographie Wildlife Alliance
Saisie d’ivoire. Photographie Wildlife Alliance

Depuis 2014, 25 saisies de produits confectionnés à partir d’animaux vivants en Afrique, ont été effectuées dans le pays. À Sihanoukville, la disponibilité de « produits » en ivoire a été multipliée par 11 en 3 ans, compte tenu de l’appétence de la clientèle chinoise pour cette matière, rapporte l’organisation. En décembre dernier, 3,4 tonnes d’ivoire ont été interceptées, à Phnom Penh.

Agir localement et à l’échelon international

En agissant sur le terrain, localement, la WRRT enregistre également des réussites même si elles sont assurément insuffisantes. En 2018, lors de ses différentes opérations, elle a réussi à sauver 231 animaux vivants sauvés du commerce illégal, permis la destruction d’une tonne de viande d’animaux sauvages et favorisé l’arrestation de 101 commerçants « d’espèces sauvages », dont 12 ont été poursuivis en justice.

Le combat de Wildlife Alliance se décline également, à l’international, via des collaborations et des partenariats afin d’identifier les réseaux criminels et de réunir les preuves nécessaires à des actions judiciaires efficaces. L’association dit travailler avec différents partenaires de confiance en Afrique et en Asie, notamment au Mozambique, en Tanzanie, au Kenya et au Vietnam.

Avec le soutien des autorités cambodgiennes

L’organisation bénéficie aussi, au Cambodge, de l’appui du gouvernement, notamment du service des douanes. « Nous avons travaillé avec le gouvernement cambodgien afin de renforcer la législation sous-jacente relative à la prévention de la criminalité liée aux espèces sauvages. En août dernier, nous avons veillé à ce que toutes les espèces d’éléphants d’Afrique, de rhinocéros et de pangolins soient ajoutées à la liste des espèces protégées, par la loi sur la protection des animaux sauvages cambodgienne », précise Wildlife Alliance.

Des batailles sont donc remportées même si la guerre aux trafiquants est encore loin d’être gagnée…

Sur son site internet, l’organisation détaille l’ensemble de ses actions, notamment celles en faveur de la protection de la forêt tropicale, une autre priorité.

*Le WRRT est une unité cambodgienne chargée de l’application de la loi sur les espèces sauvages, pilotée par Wildlife Alliance


L’Europe comme fournisseur de tigre

Lorsque des filières des trafiquants sont démantelées, d’autres prennent le relais, en Afrique, en Asie mais également en Europe. En fin d’année dernière, un abattoir clandestin spécialisé dans le « tigre » a été découvert en République tchèque. Il alimentait le marché asiatique en peaux, en griffes et en poudre d’os qui entre dans la composition du « vin de tigre ». Et le commerce s’avérait d’autant plus lucratif que le tigre européen est apprécié. « La croyance que les tigres d’Europe sont plus grands et plus forts, est répandue en Asie.

Tigre d'Indochine. Photographie Allan Michaud (c)
Tigre d’Indochine. Photographie Allan Michaud (c)

Comme pour les voitures, l’origine européenne est synonyme de qualité. Les commerçants asiatiques spécialisés dans le commerce d’animaux sauvages le disent ouvertement, leurs clients préfèrent les ’Euro-Tigres’ », indique l’association Four Paws, dans un communiqué. Nul ne peut avancer de chiffres mais les experts s’accordent à dire que le commerce illégal de produits à base de tigre se développe, en Europe.


Par Fabrice Barbian

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