Environnement : L’eau de pluie naît dans les tuyaux

L’eau de pluie naît dans les tuyaux

L’idée que “l’eau de pluie naît dans les tuyaux”, qui sonne comme un poisson d’avril, pourrait faire sourire. C’est ce qu’avançait dernièrement un jeune élève d’une école primaire de Phnom Kulen. En cette période de sécheresse, le Dr. Jacques Marseille rappelle le rôle primordial de la forêt et de l’impact de l’activité humaine sur le régime des pluies.

Dix ans de suivi des températures au Cambodge

Jacques Marcille, directeur général de Kulara Water Co., Ltd, s’est installé au Cambodge il y a dix ans pour lancer l’eau minérale Kulen aux côtés de Bernard Forey. Depuis 2009, l’ancien océanographe et docteur-es-sciences en biologie suit avec une attention soutenue les évolutions de température. La veille mise en oeuvre répond à un objectif simple : celui de mieux comprendre les habitudes de consommation de l’eau minérale Kulen en fonction des températures relevées.

Kulara Water
Écoliers visitant la pépinière de Kulara Water

Les températures moyennes à la mi-journée recueillies au cours de ces dix dernières années démontrent une augmentation significative du thermomètre entre 2009 et 2015, avec des pics particulièrement élevés de mars à mai. Les périodes de saison chaude ont atteint des températures de 39 à 41°C en 2014, 2015 et début 2016. Le phénomène El Niño, particulièrement marqué dans l’Océan Pacifique au cours de cette même période, pourrait expliquer ces anomalies de température. Particulièrement complexe, le phénomène climatique est connu pour son étonnant pouvoir de déplacer les zones de précipitation et de sécheresse.

Un répit de courte durée

Ces deux dernières années, en 2017 et 2018, les températures se sont nettement rafraîchies, retrouvant les valeurs de 2009-2010. Un retour à la normale en quelque sorte, qui pourrait laisser croire que le changement climatique prend une toute autre forme au Cambodge. Le répit ne sera toutefois que de courte durée. L’année 2019 a débuté en effet avec un premier trimestre particulièrement sec qui est à l’origine de l’importante pénurie d’électricité que subit l’ensemble du royaume. Les mois d’avril, mai et juin enregistreront peut-être des températures encore bien plus élevées.

Qu’en sera-t-il des mois et des années à venir ? En matière de changement climatique, Jacques Marcille n’est sûr d’aucun modèle prédictif ni d’aucune modélisation mathématique, et ce malgré son long passé au cœur des données en tant qu’océanographe et chercheur au sein de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement). Jacques Marcille est toutefois convaincu de la nécessité d’agir sans tarder, tant au niveau individuel que collectif, pour inverser les tendances, préserver les ressources et limiter le lourd impact de l’activité humaine.

De la nécessité de poursuivre les efforts de sensibilisation

Pour Jacques Marcille, la sécheresse que vit aujourd’hui le Cambodge est également lié à la déforestation massive du pays qui touche de nombreuses régions, que ce soit dans le massif des Kulen ou ailleurs. A Stung Treng, Preah Vihear et dans toute la plaine nord du Cambodge, les statistiques démontrent que la déforestation a fait perdre à la région entre 400 et 500mm d’eau en moins de dix ans.

Interrogé récemment sur le lien entre les arbres et le volume des précipitations, un jeune élève d’une école primaire de Phnom Kulen affirmait, non sans un certain aplomb, que “l’eau de pluie naissait des tuyaux”. L’idée fait sourire mais rappelle toutefois l’urgence de sensibiliser les jeunes générations à la protection de l’environnement. La dégradation des massifs forestiers et les sécheresses successives ont en effet de nombreuses incidences environnementales, notamment en termes de recul de la biodiversité, mais aussi économiques et sociales. Nul ne peut encore douter des services rendus par les forêts et du poids majeur de leur influence sur le régime des pluies.

Kulara Water poursuit son programme de reforestation initié en 2018 avec le soutien de premier plan de l’ONG Archaeology and Development (ADF). Celui-ci prévoit de planter plus de 7200 arbres d’ici juillet 2019 ainsi que la création d’un espace écologique protégé favorisant la réintroduction des abeilles sauvages du Cambodge et de bien d’autres pollinisateurs. Le projet implique également trois écoles primaires de Phnom Kulen ainsi qu’un travail de sensibilisation mené auprès de quelque 400 élèves à la protection de l’environnement.

par Nimith CHHENG

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