Alumni – Docteur Sum Satha : « étudier en France a été un accélérateur de carrière »

Le Dr Sum Satha partage son temps entre l’hôpital Calmette de Phnom Penh où il exerce son métier de médecin endocrinologue-diabétologue et l’Université des Sciences de la Santé du Cambodge où il enseigne aux étudiants en médecine. Il a passé deux années à Strasbourg dans le cadre de sa spécialisation. Une expérience enrichissante tant sur le plan personnel que professionnel.

Docteur Sum Satha : « étudier en France a été un accélérateur de carrière »
Docteur Sum Satha : « étudier en France a été un accélérateur de carrière »

CM : Où êtes-vous né, où avez-vous grandi ?

Je suis né en 1981 à Takhmao une petite ville située quelques kilomètres de Phnom Penh. J’y ai poursuivi toute ma scolarité jusqu’à mon entrée à l’Université des Sciences de la Santé du Cambodge d’où je suis sorti diplômé en médecine, en 2006. J’ai toujours voulu devenir médecin, c’était mon projet.

CM : C’est dans le cadre de votre spécialisation que vous avez étudié en France ?

Tout à fait. J’ai passé deux ans à Strasbourg, de 2006 à 2008. Deux belles années je dois dire même s’il a fallu beaucoup travailler pour se hisser au niveau des internes français, dans un premier temps. Le gros intérêt de la France dans mon métier, c’est que vous êtes considéré au même titre qu’un interne français. Vous êtes donc au contact des patients, vous assurez des gardes et des consultations… Ce n’est pas le cas dans les autres pays où l’on vous cantonne à un rôle d’observateur. La France bénéficie également de l’une des meilleures médecines du monde, vous êtes amené à travailler avec des équipements et des technologies de pointe, des méthodes innovantes. J’ai beaucoup appris.

CM : Vous êtes arrivé à Strasbourg en plein mois de novembre. Un petit choc quand même ?

Il est clair que cela a été un gros changement. En plus, c’était mon premier voyage en Europe. Mais j’avais pris mes renseignements avant de partir. J’avais également contacté la communauté cambodgienne de Strasbourg. Donc je n’étais pas tout à fait seul. J’étais déjà marié et papa quand je suis parti. Internet ne fonctionnait pas encore aussi bien que maintenant mais je pouvais régulièrement m’entretenir avec les miens, c’était important. Je suis également rentré une fois au Cambodge durant cette période et ma femme et ma fille m’ont également rejoint pour un séjour. Mon père est parti travailler deux ans en URSS, quand j’étais enfant. Les lettres que ma mère et lui échangeaient, mettaient deux à trois mois pour arriver à leur destinataire. Ça aide à relativiser. Le fait d’être séparés était parfois difficile, c’est vrai, mais c’était une chance que d’être à Strasbourg, ça rendait tout « possible ».

CM : Pourquoi ce choix de Strasbourg ?

Des professeurs français venaient à l’Université pour nous donner des cours. Dans ma spécialité, l’un d’eux enseignait également à Strasbourg donc la destination s’est imposée d’elle-même.

CM : Vous parliez déjà bien le français ?

Je l’ai appris dès l’enfance, à Takhmao. Une association française, composée de Cambodgiens, finançait un professeur qui nous donnait des cours. J’ai ensuite continué à apprendre cette langue au lycée, puis à l’Université. À mes yeux, maîtriser le français ou d’autres langues, est essentiel. Ce sont des passerelles pour aller plus loin et s’enrichir sur le plan professionnel et personnel. Le fait d’étudier en France a été un accélérateur de carrière.

CM : Vous avez beaucoup appris de ces deux années en France, vous l’avez dit. Est-ce que vous vous attachez, aujourd’hui, à transmettre ce savoir, votre expertise ?

Oui. Je travaille comme médecin endocrinologue-diabétologue à l’hôpital Calmette au sein duquel, avec d’autres médecins, de différents services, je m’attache à faire en sorte d’améliorer sans cesse nos pratiques, pour faire toujours mieux. Et je pense que cet établissement est aujourd’hui parmi les plus avancés dans le pays, dans ses domaines d’expertise. Transmettre, je le fais également en enseignant à l’Université des Sciences de la Santé du Cambodge auprès des étudiants en médecine du second et du troisième cycles. Et j’insiste auprès d’eux pour qu’ils apprennent le français. C’est d’autant plus important aujourd’hui que seuls les meilleurs étudiants se voient offrir la possibilité d’étudier en France. Pour être complet sur le plan professionnel, j’exerce également à titre privé, au sein de mon cabinet.

CM : Entretenez-vous encore des relations avec vos confrères que vous avez côtoyés à Strasbourg ?

Oui, je suis d’ailleurs retourné en Alsace à plusieurs reprises. J’ai également l’opportunité de croiser des confrères dans les congrès internationaux auxquels je participe. C’est toujours un plaisir de les revoir. Je suis également en contacts réguliers avec des professeurs et des chefs de services. J’ai vraiment eu beaucoup de chance, j’ai côtoyé des professionnels très compétents mais qui étaient aussi d’excellents pédagogues.

CM : Vous investissez-vous au sein d’un dispositif alumni ?

Je me considère comme francophone. Je représente le secteur médical au sein de France Alumni, au Cambodge. Nous travaillons actuellement à rassembler les personnes concernées, notamment les étudiants en médecine. Nous en sommes encore qu’au tout début du projet qui doit encore être validé, mais on avance dans le bon sens. C’est important d’échanger, de transmettre.

Par Fabrice Barbian avec Eva Marcadé

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