Portrait : Franck Yim, faire à nouveau connaissances avec ses racines

Rencontre avec Franck Yim, Cambodgien revenu au pays il y a à peine quelques jours. Pour Franck, la démarche est particulière. il s’agit de retrouver ses racines et de poursuivre sa quête d’équilibre et d’harmonie.

CM : Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, vous êtes…

Je m’appelle Franck Yim, je suis d’origine cambodgienne. J’ai trente ans et je suis né en France.

CM : Dans quelles circonstances ?

Ma mère a subi le régime des Khmers rouges. Fin 1977, elle a pu s’enfuir au Vietnam. Ensuite, grâce à la Croix Rouge, elle a pu venir en France, à Maison Alfort dans la région parisienne. Son frère aîné était parti du Cambodge avant 1975 pour étudier, il a donc pu l’accueillir lors de son arrivée. Mon père, par contre, a eu la chance de ne pas vivre la chute de Phnom Penh. En fait, mes parents se sont connus en France dans les années 80.

Franck Yim, je suis d'origine cambodgienne. J’ai trente ans et je suis né en France.
Franck Yim, d’origine cambodgienne, trente ans et né en France.

CM : A propos de votre enfance…

Je suis enfant unique. Ce n’était pas simple, ma mère avait des difficultés par rapport à son vécu. Elle le supportait assez mal. Elle a pu trouver un emploi dans une banque. Cela s’est bien passé pendant quelques années, puis les mauvais souvenirs ont semblé reprendre le dessus.

Et, aujourd’hui, elle ne va pas bien et nous nous sentons un peu démunis par rapport à cela.

Mon père était très occupé, il est policier. Et, il n’a pas vraiment eu le temps de s’occuper de moi, de s’impliquer dans mon éducation. Je crois aussi que c’est une tradition assez cambodgienne de laisser la maman s’occuper des enfants et de leur éducation.

CM : Et votre adolescence ?

Du coup, j’ai eu du mal à grandir en tant qu’homme. L’environnement familial était difficile. De surcroît, j’étais un enfant très timide. J’ai aussi vécu les railleries et ce stupide racisme anti-asiatique. La période du lycée a été particulièrement difficile. J’étais assez gros et cela suscitait aussi des railleries. Très franchement, j’ai mis du temps à me sentir équilibré. J’étais arrivé à un point de rejet de mon identité cambodgienne, je suis devenu très renfermé.

CM : Quelle orientation professionnelle avez vous choisi ?

Ma mère ne me racontait pas vraiment son histoire et je sentais tout de même malgré mon jeune âge, que cela la faisait souffrir et affectait son comportement. Du coup, je ne savais pas vraiment vers quelle filière m’orienter. J’ai finalement choisi la comptabilité, par défaut.

CM : Avez-vous cherché à comprendre le drame cambodgien ?

Je savais, mais comme je l’ai expliqué, pour plusieurs raisons, je faisais un rejet. Plusieurs fois, j’ai refusé de venir en vacances avec la famille. Puis, il y a deux ans, il y a eu un déclic. Ma tante a pris le temps de m’expliquer le drame cambodgien, j’ai mieux compris la douleur des familles. Alors, en revenant en France, je me suis intéressé à la culture cambodgienne.

En 2018, j’ai intégré l’association Samaki, j’ai sympathisé avec son président Dara. Plus je m’intégrais dans l’association, plus je me sentais proche du Cambodge. Par contre, mon métier m’intéressait moins en France. Je me disais que peut-être je pourrais être plus utile au pays qu’en France. J’ai eu envie de découvrir encore mieux mes racines, à mieux parler le Cambodgien, à vivre à la cambodgienne. Ce sont les raisons pour lesquelles je suis ici aujourd’hui.

CM : Comment s’est passé votre premier contact avec le pays ?

Je suis venu au Cambodge en vacances, je n’avais alors que 6 ans et je n’ai que quelques bribes de souvenirs. Mais, il y a deux ans, j’ai adoré. Pour donner quelques impressions, je trouve qu’il fait très chaud (rires). Je vois tout de même une différence dans les classes sociales. Mais, c’est un pays culturellement très riche. C’est un peu compliqué au niveau politique mais c’est un très beau pays.

CM : Quelle est votre motivation ?

Je viens pour aider. Actuellement je suis bénévole dans une ONG, Action Cambodge Handicap. J’ai trouvé cela via Internet. C’est une ONG créée sous l’égide de Pour un Sourire d’Enfant. Ils avaient besoin d’un comptable donc c’est bien tombé. Mais, ils avaient besoin aussi de quelqu’un qui passe un peu de temps au foyer avec les jeunes handicapés.

Je vais rester là jusqu’à juillet, et peut-être plus…si je me plais et que j’ai des opportunités, je resterai peut-être. Mais, quel que soit mon choix, je ne resterai probablement pas dans la comptabilité sauf à ce que ce soit dans une démarche avec un but précis. Je souhaiterais m’orienter vers un métier plus social, pour aider les autres. Je suis vraiment content d’être ici, mais je ne sais pas encore si je vais m’installer vraiment, c’est encore trop tôt. Je suis arrivé il y a quelques jours seulement.

CM : Quels sont vos loisirs, vos passions ?

Je fais beaucoup de musculation. Comme je l’ai déjà dit, j’étais gros et cela me donnait des complexes. Ma mère, m’a un peu trop nourri quand j’étais gamin, Mais, je crois que c’est le réflexe de beaucoup de familles cambodgiennes qui ont connu la guerre. Elles ne veulent pas que leurs enfants manquent de quoi que ce soit.

Donc, j’ai décidé de prendre soin de moi. Totalement. J’ai changé mes habitudes alimentaires, j’ai perdu douze kilos et je me sens bien dans mon corps aujourd’hui. Cette démarche sportive m’a apporté un réel équilibre dans ma vie. J’ai beaucoup plus confiance en moi.

CM : Envie de fonder une famille ?

J’espère…cela ne se fait pas du jour au lendemain. J’ai quelqu’un dans mon cœur en France, ce serait probablement la seule raison qui me ferait revenir en France. C’est un peu compliqué. Sincèrement…j’espère qu’elle viendra ici en vacances, ce serait une belle preuve d’amour.

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

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