INDRI – Xavier d’Abzac : Renforcer l’identité de la diplomatie cambodgienne

Rencontre avec Xavier d’Abzac, Conseiller du Gouvernement Royal, à l’occasion de la récente visite d’une dizaine d’alumni à l’Institut national de diplomatie et de relations internationales (INDRI). Pour le conseiller, les leitmotivs de l’Institut sont de créer un centre d’excellence et d’affirmer fortement l’identité de la diplomatie cambodgienne.

Xavier d'Abzac, Conseiller du Gouvernement Royal
Xavier d’Abzac, Conseiller du Gouvernement Royal officiant à à l’Institut national de diplomatie et de relations internationales

A propos de la création de l’INDRI :

L’INDRI a officiellement été créé en décembre 2016. Il s’agit du premier institut de ce genre dans l’histoire de la politique étrangère cambodgienne. C’est en juin 2017 qu’un sous-décret a officiellement défini sa structure et sa mission. Il s’agit, entre autres, de renforcer le professionnalisme des des diplomates de carrière. Ces derniers font en effet face à des défis toujours plus complexes dans les affaires diplomatiques. Un accent est mis sur la formation aux problématiques des questions régionales.

A propos des missions :

Nous travaillons sur beaucoup de sujets. Mais, il s’agit surtout de former des diplomates. Nous avons deux missions essentielles. Nous devons déjà former en permanence les diplomates qui sont déjà en poste ou qui sont en pré-positionnement et destinés à aller travailler dans une ambassade ou dans une organisation internationale à l’étranger. Il y a beaucoup de postes à pourvoir dans le système international, comme l’ONU et ses agences par exemple, et dans toutes les grandes agences comme l’OMS, l’OIT…etc et les multiples bureaux régionaux. Considérons l’ASEAN également, c’est énorme, il y a près de 400 réunions par an.

Les diplomates qui sont déjà en poste reviennent souvent à Phnom Penh, et là, nous organisons des stages pratiques pour les assister. Nous prenons également en charge la formation des diplomates qui viennent d’être recrutés.

Structure de l’INDRI :

L’institut compte cinq départements ; Celui des affaires générales, puis de la formation, celui de la recherche et de l’analyse stratégique, celui des relations publiques et enfin le département des langues étrangères. Actuellement, l’Institut compte 24 collaborateurs, dont un président, des vice-présidents, quatre directeurs de département et trois conseillers. Le président actuel est S.E. Dr Chhiv Yiseang, également sous-secrétaire d’état au ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale

A propos du recrutement :

Ce n’est pas facile en raison de l’attraction du privé. Il y a une grosse différence entre le secteur public et le secteur privé au Cambodge. Des gens qui ont des diplômes avec de la valeur se dirigent généralement vers le secteur privé car les salaires sont plus attractifs. C’est un problème car la fonction publique n’attire pas toujours les meilleurs éléments. Il faut faire avec… Toutefois, je suis là depuis 1986, et je vois les progrès qui ont été faits. Et je pense que cela va évoluer.

A propos de coopération :

Nous allons signer prochainement un protocole d’entente avec l’université de Moscou pour établir des liens. Nous sommes très sollicités par les pays étrangers pour coopérer. C’est important, l’une des clés de la diplomatie est d’ouvrir des canaux de communications. Il est important d’avoir des réseaux multiples et ouverts. C’est très utile en cas de crise. C’est l’une de nos priorités ici. Notre partenariat avec l’université de Moscou nous permettra, je l’espère, de retrouver des documents d’archives, nous manquons de cartes par exemple et ce type de manque peut-être comblé avec ce type de partenariat. Pour la petite histoire, rappelons que cette université de Moscou a été créée en pleine seconde guerre mondiale en 1944…

l'Institut national de diplomatie et de relations internationales (INDRI)
L’Institut national de diplomatie et de relations internationales (INDRI)

Formation, langues étrangères et études :

Dans nos formations nous avons bien sur les langues étrangères. C’est un volet très important et nous nous équipons actuellement. Nous avons un laboratoire de langues en gestation. Un bon diplomate aujourd’hui doit maîtriser au moins trois langues étrangères, voire quatre.

Nous souhaitons devenir un centre d’excellence pour la formation mais aussi pour la recherche en matière de relations internationales. Il s’agit de fournir des études sur des sujets particuliers à destination du ministre des affaires étrangères et également pour le premier ministre. C’est notre ambition de constituer un groupe de réflexion qui soit très utile et productif.

Renforcer l’identité cambodgienne :

Nous insistons également sur la volonté d’avoir une identité cambodgienne extrêmement marquée. Nous voulons éviter un certain formatage venant de l’étranger…Par exemple. Il est très facile de savoir quand un article est écrit par quelqu’un qui a fait ses études aux USA ou ailleurs. Il y a un style donné et, le formatage le plus caractéristique est celui venant des USA, c’est le même partout. Nous préparons un magazine pour l’Institut et, nous avons reçu des propositions d’articles qui illustrent bien cette tendance. Nous avons reçu des articles de qualité certes, mais sans que le mot ‘’Cambodge ‘’ apparaisse…Et cela, nous souhaitons l’éviter.

Le Cambodge, c’est une géographie unique, une histoire unique, une culture, une langue, une civilisation, et tout cela est unique. Et, comment défendre le Cambodge sur la scène internationale avec des arguments américains, français ou australiens ? Cela n’a pas de sens. Le royaume doit avoir une diplomatie totalement adaptée à l’identité du pays. C’est une notion que j’essaye d’inculquer dans tous les départements.

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