Europe : Fin des privilèges commerciaux, coup dur pour les uns, opportunité pour les autres

Plusieurs responsables gouvernementaux et analystes économiques rappellent que  le programme ”Tout Sauf les Armes ” (TSA) ne s’appliquera pas éternellement pour le Cambodge. Pour beaucoup, c’est un coup dur, pour d’autres, une opportunité.

Chan Sophal

Chan Sophal, directeur du Centre for Policy Study, a déclaré à l’agence Fresh News que si l’Europe suspend le programme TSA du Cambodge dans un délai de 18 mois, cela ne sera qu’une rupture anticipée.

Chan Sophal, directeur du Centre for Policy Study
Chan Sophal, directeur du Centre for Policy Study

”…Le retrait du régime préférentiel aura certainement un impact à court terme sur l’économie du Cambodge. Toutefois, le pays devra accélérer ses réformes économiques en réduisant les coûts des transports, des formalités et autres de manière formelle et informelle…”, ajoute Chan Sophal. Et, selon lui, le secteur du vêtement et de la chaussure est pour l’instant le plus vulnérable en cas de retrait du régime préférentiel.

Usine textile à Phnom Penh. Photographie ILO (cc)
Usine textile à Phnom Penh. Photographie ILO (cc)

L’Association des fabricants de vêtements du Cambodge (GMAC) craint que la suspension du programme TSA affecte directement la compétitivité du secteur : ”… le textile sera en péril, la réputation de notre industrie sera mise à mal et le développement du Cambodge sera perturbé. Tous les efforts déployés pour mettre en place une chaîne d’approvisionnement du vêtement responsable seront compromis. Et, cela sera un revers dramatique pour les travailleurs, en particulier ceux des communautés rurales…”, a annoncé le GMAC dans son dernier communiqué.

Kim Heang

Kim Heang, ancien président de l’Association cambodgienne des experts immobiliers exprime un des point de vue similaires à Chan Sophal. Il rappelle que, de toute façon, le régime TSA disparaîtra lorsque le Cambodge deviendra un pays à revenu moyen supérieur.

Kim Heang ajoute que pour surmonter cette situation difficile, le gouvernement devra s’employer à réduire les coûts de fabrication des produits cambodgiens, y compris les coûts de main-d’œuvre, les frais d’eau et d’électricité, le transport, les taxes sur les matières premières et autres frais administratifs.

Vongsey Vissoth

Vongsey Vissoth, secrétaire d’État au ministère de l’Économie et des Finances, avance que le Cambodge doit se développer de façon autonome en améliorant le climat des investissements et des affaires. ”…Nous voulons être indépendants, mais cela ne signifie pas que nous ne devons plus faire des affaires avec d’autres pays…”, a-t-il déclaré.

Il poursuit : ”…Sans le régime TSA, nous survivrons… Une fois les réformes économiques finalisées, nous serons indépendants et en mesure d’exporter sans soutien de l’extérieur…”.

Le 11 février 2019, la Commission européenne a annoncé le lancement du processus susceptible d’entraîner la suspension temporaire de l’accès préférentiel du Cambodge au marché de l’UE dans le cadre du TSA.

Cambodgiens concernés

Quelques employés et commerçants se disent inquiets de la perte potentielle du régime privilégié.

Dy Samphos, une ouvrière de l’usine de Songly dans la province de Svay Rieng, a déclaré au service khmer de RFA qu’elle serait confrontée à de graves difficultés financières si le programme TSA prenait fin, affirmant qu’elle soutenait actuellement ses enfants et ses parents âgés avec un salaire modeste :

”…Si l’usine ferme, je devrai vivre dans un autre pays pour gagner assez d’argent et je serai loin de mes enfants et de mes parents…”, dit-elle

Ky Nady, un vendeur à Svay Rieng, a déclaré posséder une épicerie et craint que, si les usines locales ferment leurs portes, les travailleurs cesseront d’acheter des produits d’épicerie :

”…Quand ils n’ont pas les moyens, ils n’achètent rien chez nous…”, affirme-t-elle.

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