Chronique : Mes chers parents, parler le khmer c’est comprendre le Cambodge

Parler le Cambodgien

« Parler le cambodgien » c’est, pour un vieil ami médecin, « comprendre le Cambodge ». Lorsque Régis Martin a écrit sa méthode d’apprentissage du khmer*, il a offert deux choses à ses lecteurs : une manière relativement simple de se débrouiller dans la langue des bâtisseurs d’Angkor ainsi que certaines clés pour déchiffrer ce pays. C’est un début. La suite appartient à celui qui, fort de quelques 250 mots (le minimum vital), se lance dans l’aventure à la rencontre de ces gens des rizières.

Mes chers parents, parler le khmer c’est comprendre le Cambodge
Mes chers parents, parler le khmer c’est comprendre le Cambodge

Mes chers parents, je vais donc vous parler, dans cette lettre des mots et des noms. La semaine prochaine je vous parlerai des prénoms et je terminerai par quelques bonnes insultes car, dans ce domaine, les Cambodgiens ne sont pas en reste…

Mots français

La première chose qui étonne celui qui commence son apprentissage c’est le nombre de mots français dans cette langue, héritage de plus de cent années de présence coloniale. C’est en mécanique que l’on retrouve le plus de termes, parfois tronqués comme le « pot ciment » pour pot d’échappement ou détourné comme « sifflet » pour klaxon, mais toujours déformés dans leurs prononciations. De nombreux mots sont presque repris totalement comme « caburateur », « fusib », « preins (freins) », « bouzi », « compteur » et j’en passe.

Baraing

L’influence française ne s’arrête pas là. Ainsi, le mot Baraing (qui signifie Français et par extension étranger) se retrouve dans des tas de mots composés. Un jeu de cartes à jouer se dira Bir Baraing ; un (gros) chien de race ne se traduira pas par Tchhkaé Thom mais par Tchhkaé Baraing tout comme une dinde n’est autre qu’un « poulet français ». Une gaufre (nôm) n’est ni plus ni moins qu’un gâteau français ; un oignon (Khteûm) devient un ail français et l’haricot vert, le Söndaèk n’est pas vert mais Baraing. La pelouse n’est pas anglaise mais française (Smaw Baraing). Et enfin, certainement à cause de Parmentier, la pomme de terre est forcément française (Damlong Baraing). Il existe une multitude d’autres exemples assez étonnants qui contiennent le mot Baraing, comme une épingle, un médicament moderne, un pantalon droit de ville, l’or à 18 carats, le vinaigre, le vin, le flamboyant, le corossol ou encore une certaine variété de bananiers.

Cambodgien et Khmer

Le visiteur qui s’intéresse un tant soit peu au pays dans lequel il séjourne sera désireux de connaître la différence entre un Cambodgien et un Khmer qu’il confond souvent avec un rebelle communiste fidèle à Pol Pot. La réponse est simple : les Khmers sont le groupe ethnique dominant du Cambodge et représentent quelque 90% de la population même si tous les Khmers ne vivent pas au Cambodge. Outre les Khmers de l’étranger, qui on quitté leur pays à un moment donné, on en trouve qui ont toujours vécu en Thaïlande (les Khmers Surin) et dans le delta du Mékong (les Khmers Krom). Le mot Khmer est utilisé administrativement et surtout officiellement pour désigner les citoyens qui forment le peuple cambodgien. Son origine remonterait à une légende du Xème siècle gravée dans la pierre sur un temple angkorien, selon laquelle l’ermite Kambu épousa une nymphe céleste nommée Méra pour donner naissance à la lignée royale des Kambujas. Le terme Khmer dériverait ainsi de l’association de ces ancêtres K(ambu) et Mer(a). Le Kambuja ou Kampuchea, étant le pays de Kambu.

Villes et provinces

Chacun connaît les noms des villes et de provinces mais peu savent leur signification. C’est lorsqu’on découvre ce qui se cache derrière ces noms que l’on réalise toute la beauté de cette langue et surtout son immense côté poétique. Ainsi, le Rattanakiri est la montagne aux pierres précieuses ; Banteay Meanchey, la citadelle de la victoire et Preah Vihear, le monument du Bouddha. Sen Monorom veut dire très agréable : Stung Treng, la rivière des roseaux ; Prey Veng, la longue forêt ; Kep, la selle et Kratié, l’idiot. Quand à Battambang, il signifie le bâton perdu (nommé d’après une légende). Le Cambodge étant un royaume où l’eau est au centre de la vie, il n’est pas étonnant que nombre de villes situées près d’un fleuve ou de la mer ont leur nom qui commence par Kampong qui signifie port, embarcadère ou berge. Il faut toutefois noter que Kampong ou Kompong est d’origine malaise et signifie village. Ce mot a évolué et sa signification a changé au fil du temps.

Ainsi Kampong Cham est le port des réfugiés du Champa (ancien royaume voisin de celui d’Angkor) et Kampong Chhnang, l’endroit où l’on fabrique des poteries. Enfin, Kompong Som, qui vient du sanscrit saumya, signifie port de lune ou port de Shiva, un dieu hindouiste qui est associé à cet astre.

On pourrait continuer et passer en revue tous les villages du royaume. Ce n’est plus une lettre qu’il faudrait alors mais un livre entier…

A bientôt,
Frédéric Amat

* Un livre, une méthode, un lien : « Parler le cambodgien, comprendre le Cambodge », de Pierre-Régis Martin et Dy Dathsy

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