Riz – UE : Les agriculteurs préoccupés par le paiement de leurs dettes

KAMPONG THOM— Hun Samnang, riziculteur, doit rembourser son emprunt (crédit de campagne) dans quelques mois.

Mais, il craint de ne pas pouvoir faire face aux paiements de la récolte de cette année en raison de la chute des prix. Les prix du riz sur le marché ont diminué d’environ 12,5% depuis que l’UE a annoncé des taxes sur le riz cambodgien plus tôt ce mois-ci.

“…Si le prix reste identique ou baisse, je perdrai de l’argent…”, déclare l’agriculteur âgé de 39 ans, assis sur son champ de riz de la commune de Srayov, à Kampong Thom.

Hun Samnang loue trente hectares de terres qu’il exploite pour exporter du riz au Vietnam. Le loyer est de 7 500 dollars pour quatre mois. Il est débiteur de 15 000 dollars à la banque et doit effectuer les paiements d’intérêts, 100 dollars, chaque mois. Il doit aussi rembourser la moitié de son crédit de campagne* en milieu d’année.

“…Je pensais que les prix du riz seraient plus avantageux… C’est pourquoi j’ai essayé d’investir dans cette activité…”, déclare-t-il. Malheureusement, ce n’est pas le cas et nous devons aussi faire face au coût des engrais, de l’essence et de la main-d’œuvre qui augmentent, précise-t-il.

Le riziculteur Hun Samnang, dans la province de Kampong Thom, loue 30 hectares de terres pour la culture du riz, mais il craint que la chute du prix du riz ne lui permette pas de rembourser ses emprunts
Le riziculteur Hun Samnang, dans la province de Kampong Thom, loue 30 hectares de terres pour la culture du riz, mais il craint que la chute du prix du riz ne lui permette pas de rembourser ses emprunts

Nouveaux tarifs

Les prix du riz au Cambodge ont fortement chuté à la suite de la décision de l’UE de rétablir les droits d’importation sur les céréales en provenance du Cambodge et du Myanmar au cours des trois prochaines années. L’Italie avait demandé à la Commission européenne d’imposer des droits d’entrée au riz Indica originaire des deux pays.

En vertu des nouvelles règles, des droits de douane normaux seront imposés sur le produit et seront ensuite réduits chaque année. L’Union européenne est l’une des plus grandes régions importatrices de riz au monde, les pays à faible revenu bénéficiant d’un accès en franchise de droits via le système d’échanges préférentiels Tout sauf les armes.

En réponse à cette mesure, le gouvernement cambodgien a exprimé sa déception, affirmant qu’il s’agissait d’ “une arme pour tuer les agriculteurs et leurs familles”.

les ouvriers se préparent à pulvériser des pesticides dans la rizière de la province de Kampong Thom,
les ouvriers agricoles se préparent à pulvériser des pesticides dans la rizière de la province de Kampong Thom

Les agriculteurs déçus

Mais, sur le terrain, les agriculteurs locaux ignorent la cause de leur malheur. ”…Je ne savais rien à ce sujet…”, dit Samnang. “…Je ne fais que cultiver du riz et je ne connais pas le marché…”. En effet, Les agriculteurs dépendent en grande partie d’un réseau informel de courtiers leur permettant d’accéder aux marchés internationaux.

Srey Vuthy, porte-parole du ministère de l’Agriculture, déclare que les intermédiaires sont susceptibles d’exploiter des événements tels que l’imposition de droits de douane européens pour manipuler les prix. ”…Les villageois ne le savent pas et ils suivent simplement ce que disent les courtiers…Ils sont grugés…”.

Le problème s’est aggravé, ajoute-t-il, lorsque les récoltes en Thaïlande et au Vietnam ont coïncidé avec le Cambodge cette année. “…Le riz de notre pays dépend encore beaucoup du Vietnam…”, précise-t-il. “Nous avons entendu dire que le Vietnam n’achèterait pas beaucoup chez nous cette année…”.

Samnang ne fait pas confiance aux marchands, mais n’a pas d’autre choix que d’utiliser leur réseau pour vendre sa production : ”…Nous ne pouvons pas beaucoup parler de prix avec les courtiers. Quand ils disent que cela coûte ceci ou cela, nous devons suivre…Je ne pense pas qu’ils soient vraiment honnêtes avec nous…Ils veulent plus de profit…”, affirme-t-il.

Stocker jusqu’à ce que les prix changent n’est également pas une option, car le riz va se détériorer dans la chaleur et l’humidité, dit-il.

Nory Noeuy, un conducteur de tracteur travaillant pour des agriculteurs à Kampong Thom
Nory Noeuy, un conducteur de tracteur travaillant pour des agriculteurs à Kampong Thom

Autres agriculteurs

Nory Noeun, un ouvrier de 35 ans qui collecte le riz des agriculteurs, se plaint également : “…Je pense que les intermédiaires ont saisi cette occasion pour justifier des prix qui nous étranglent…”, déclare-t-il.

Une autre agricultrice, Tong Y, a également un prêt de 15 000 dollars pour payer ses 70 hectares de terres. “…Je veux essayer d’exploiter cette année, mais c’est mauvais car les prix sont déjà bas…”, avance-t-elle. Les autres agriculteurs interrogés partagent également cette opinion.

Tong Y loue 70 hectares de terres pour la culture du riz dans la province de Kampong Thom.
Tong Y loue 70 hectares de terres pour la culture du riz dans la province de Kampong Thom.

Le chef de la commune de Srayov, Sao Sothy, déclare qu’il est conscient du problème, ajoutant : …Je ne peux pas les aider… Les agriculteurs savent quels bénéfices ils peuvent réaliser. C’est un marché libre. Quand il y a plus de riz, les prix diminuent…”.

Srey Vuthy, le porte-parole du ministère de l’agriculture, déclare que le gouvernement ne peut intervenir directement pour aider les agriculteurs. ”…Notre pays n’a pas de politique de subvention…”.

Aide chinoise

Une semaine après la décision de l’UE, le Premier ministre Hun Sen a rencontré le président chinois Xi Jinping à Bejing. Ce dernier lui a garanti l’achat de 400 000 tonnes de riz cambodgien chaque année.

Le Cambodge a exporté quelque 630 000 tonnes de riz l’année dernière, dont environ 40% vers les pays d’Europe.

Toujours une demande

Malgré les nouveau tarif de l’UE, M. Vuthy déclare qu’il reste convaincu que les Européens demanderont du riz cambodgien, même s’il est plus cher : ”…Les Européens veulent manger du riz de qualité…Nous exhortons les agriculteurs à cultiver du riz parfumé pour le marché européen…”. ”…Et, nous continuons de croire que les citoyens de l’UE achèteront notre riz malgré des coûts plus élevés…”, ajoute-t-il.

Craintes

Pour l’agriculteur local Samnang, c’est sa dernière saison de riziculture. “…Je ne veux plus travailler dans le riz…”, avoue-t-il. Pour Pha Sreysor, la femme de Samnang, âgée de 32 ans, les dettes restent une sérieuse préoccupation. ”…A défaut de pouvoir payer nos échéances, nous perdrons la terre…”, conclut-elle.

* Le crédit de campagne est un crédit s’adressant aux entreprises dont l’activité est saisonnière. Il s’adresse particulièrement aux agriculteurs et permet de faire face à d’importants besoins de trésorerie durant plusieurs mois. Le remboursement s’effectue ensuite au fur et à mesure des ventes réalisées pendant la période d’activité forte, en général peu de temps après les récoltes.

Avec Sun Narin – VOA Khmer

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