Société : La Journée de Chhun Srey Sros, Ouvrière du Textile à Sangkat Chaom Chao

Rappel

Ce documentaire photographique a été financé par l’UN Woman, et est destiné à aider les femmes à exercer leurs droits à des conditions de travail décentes. Le secteur du textile a une forte actualité sociale, pour ne pas dire politique avec les menaces de la Commission Européenne de supprimer l’accès du Cambodge au régime préférentiel Tout Sauf les Armes. Comme déjà évoqué dans le long dossier de Cambodge Mag,  Dans le secteur de l’industrie textile et de fabrication de chaussures, en particulier, les femmes en souffriraient le plus. Un étudiant de l’université du Cambodge a calculé que près de 245 000 personnes perdraient leur emploi dans ce secteur.
Le photographe Chales Fox a choisi de suivre simplement une ouvrière de 24 ans, Chhun Srey Sros, qui livre quelques impressions sur ce programme et se laisse photographier tout au long de sa journée. Pour des raisons de clarté, le texte a parfois été réduit.

Emploi vulnérable

Au Cambodge, 70% des femmes exercent un emploi vulnérable; Plus de 700 000 personnes travaillent dans les usines de vêtements et de chaussures. Pour aider les femmes à exercer leurs droits à des conditions de travail décentes, un fonds d’affectation spéciale des Nations Unies, destiné à mettre fin à la violence contre les femmes, travaille en étroite collaboration avec les partenaires du secteur pour assurer un environnement de travail sans discrimination au sein des usines cambodgiennes.

ONU et CARE

Chhun Srey Sros, âgé de 24 ans, vit à Sangkat Chaom Chao et travaille dans une usine cambodgienne où le Fonds d’affectation spéciale de l’ONU et son partenaire CARE ont développé du matériel éducatif et instauré un règlement visant à réprimer le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Sixième parmi dix frères et sœurs, Srey Sros a quitté l’école quand elle était en dixième année pour soutenir financièrement sa famille. Elle a travaillé dans l’usine de vêtements pendant trois ans et gagne parfois jusqu’à 200 $ par mois avec les heures supplémentaires.
“…Je mange ici tous les jours car ”Tatie” sait comment rendre le bobor délicieux…”, Srey Sros s’arrête ici pour le petit-déjeuner, près de sa petite chambre louée à Phnom Penh, qu’elle partage avec ses frères et sœurs. Elle mange chaque jour le même petit-déjeuner qu’elle paie 1500 riel (0,3 USD). Elle commence à travailler chaque matin à 6h30  et termine vers 15h30, sauf lorsqu’elle effectue des heures supplémentaires.
”…La culture cambodgienne dit que les hommes sont considérés comme de l’or et que les femmes sont considérées comme des étoffes. Ce n’est pas juste. La vie en tant que femme est un défi…”, explique Chhun Srey Sros. Le harcèlement sexuel dans les rues ou au travail est courant au Cambodge. Dans le cadre du projet financé par les femmes de l’ONU concernant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, Srey Sros et beaucoup de ses collègues ont appris à se prononcer contre le harcèlement. Le projet vise à sensibiliser 40 000 travailleurs de l’usine de vêtements.

Toute la famille

”…Je travaille ici depuis trois ans. Après la mort de mon père, mes neuf frères et sœurs et moi-même avons dû travailler pour soutenir la famille. Mes sœurs travaillent toutes dans cette usine ou dans des usines à proximité…”, explique la jeune femme. L’usine de Sangkat Chaom Chao où travaille Srey Sros se prétend être à l’avant-garde de la lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Le projet a contribué à créer une campagne dans l’usine. Et celle-ci a adopté une politique qui encourage les travailleurs à signaler le harcèlement, et veille à ce que des mesures soient prises contre les auteurs.
“…Depuis que le projet contre le harcèlement sexuel a débuté, j’ai beaucoup appris. J’ai compris comment nous pouvions empêcher cela en agissant ensemble…”.
“…Prévenir le harcèlement signifie respecter la dignité les femmes sur leur lieu de travail…”, explique Srey Sros. “Lorsque ce type d’attitude survient, cela affecte non seulement un individu, cela a des répercussions au niveau collectif…”.
Srey Sros, aime bien déjeuner avec sa soeur Srey Roth, âgée de 23 ans : ”…J’ai beaucoup d’amis à l’usine, et je m’entends bien avec ma sœur. Le déjeuner est un moment très social, même si c’est un peu court. Khmer Sour Soup est ma nourriture préférée…”.
Srey Sros se promène dans un marché de Sangkat Chaom Chao, en sortant de l’usine. Elle rentrera ensuite à la maison pour préparer le dîner en écoutant la radio, elle n’a pas les moyens de s’acheter un téléviseur.

Note

La campagne de prévention du harcèlement sexuel de CARE a été élaborée avec le soutien du gouvernement australien et du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies contrela violence à l’égard des femmes. Le gouvernement australien soutient l’extension de ce projet à un plus grand nombre d’usines au Cambodge. L’OIT et H & M appuient l’accès du programme à de nouvelles usines. La Fondation Levi Strauss soutient financièrement le projet dans plusieurs usines de ses fournisseurs.

Secteur & Enquête BFC

Une étude récente de l’initiative des Nations Unies, Better Factories Cambodia – BFC (1), montre que la situation dans les usines de confection du pays s’améliore largement. Mais, un certain nombre de problèmes montre clairement que les entreprises du secteur du vêtement doivent créer de nouveaux mécanismes de responsabilité et de transparence.

Evolution des salaires dans l'industrie textile (Better Work)
Evolution des salaires dans l’industrie textile (Better Work)

Salaires

Le salaire minimum mensuel pour les travailleurs des usines de confection au Cambodge est maintenant de 170 dollars US, contre 100 en 2014. Il est prévu de le passer à 182 dollars US en 2019.  Le récent rapport de Better Factories révèle que les lois internationales relatives aux salaires des heures supplémentaires, aux discriminations à l’encontre des employés, au travail des enfants, aux exercices d’évacuation de routine ; et aux représailles contre les membres du syndicat avaient été mieux respectées. L’enquête a examiné 21 questions critiques et a révélé que 44% des usines étaient totalement conformes aux normes internationales du travail et aux législations nationales du travail dans ces domaines, contre 33% lors de leur précédente enquête.

Progrès

C’est une amélioration substantielle, mais cela signifie néanmoins que plus de la moitié des usines enregistrées au Cambodge doivent encore faire des efforts. Entre novembre 2017 et mai 2018, BFC a constaté 234 violations parmi les quelque 500 usines interrogées. 57 usines ont clairement montré des cas de discrimination, neuf usines ont commis des violations du travail forcé et 155 usines ont violé le droit des travailleurs à la liberté syndicale. S’agissant du travail des enfants, l’enquête n’a révélé que 11 violations des lois internationales sur le travail des enfants parmi 600 000 travailleurs, soit beaucoup moins que les 74 infractions constatées en 2014. Selon de nouvelles mesures gouvernementales, les femmes enceintes sont désormais autorisées à quitter leur travail 15 minutes à l’avance et bénéficient d’une prime de 400 000 riels (environ 100 dollars américains) par nouveau-né.

A changer

Les conditions de travail actuelles nécessitent encore des améliorations pour la santé des travailleurs. Selon les propres statistiques du gouvernement cambodgien, plus de 2 000 travailleurs se sont évanouis en 2018 dans seulement 16 usines interrogées. Les températures élevées dans les espaces de travail, les produits chimiques utilisés dans le processus de fabrication ou le surmenage sont autant de facteurs susceptibles de provoquer l’évanouissement des travailleurs.

(1) Better Factories Cambodia est un partenariat entre l’Organisation internationale du travail et le gouvernement royal du Cambodge, ainsi que l’International Finance Corporation (IFC) et les gouvernements australien, néerlandais, suisse et américain, sans oublier Levi Strauss et Gap.

Photographies par Charles Fox – UN Women Cambodia
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