Anlong Veng : Ces Khmers rouges restés fidèles après le 7 janvier

Bien que la majorité des habitants d’Anlong Veng dans l’Oddar Meanchey soient d’anciens Khmers rouges, certains nouveaux venus s’installent pour faire des affaires à Anlong Veng, notamment des restaurants, des épiceries et des lieux de divertissement.

Anlong Veng – Rappel

Anlong Veng est connu pour deux raisons historiques. C’était le dernier bastion des Khmers rouges à passer sous le contrôle du gouvernement en 1998 et la dernière demeure de Pol Pot. Les Monts Dângrêk à proximité ont ​​été utilisés comme base par les Khmers rouges lorsqu’ils ont combattu contre la République khmère dirigée par le général Lon Nol.

Cérémonie d'intégration formelle à Anlong Veng en février 1999 (Source: Photo de Khun Ly / Archives du Centre de documentation du Cambodge)
Cérémonie d’intégration formelle à Anlong Veng en février 1999 (Source: Photo de Khun Ly / Archives du Centre de documentation du Cambodge)

Après la fin de l’occupation vietnamienne du Cambodge et le retrait de son armée, les Khmers rouges ont reconstruit leurs anciennes bases dans les montagnes de Dangrek, le long de la frontière avec la Thailande. Anlong Veng est devenue pendant un temps la principale “capitale” des Khmers rouges. Dans les années 1990, les Khmers rouges contrôlaient toujours Anlong Veng, où se trouvait l’un des premiers “Killing Fields” après la chute du “Kampuchea démocratique”.

Il y a un site non encore fouillé dans une forêt de mines antipersonnel dans les monts Dângrêk où 3 000 personnes auraient été tuées par les Khmers rouges pour avoir été “corrompues” entre 1993 et ​​1997. Des exécutions ont eu lieu sous la direction de Ta Mok dans la région.

Guérilla et capitulation

Avec la protection des forêts denses et de la chaîne de montagnes Dangrek, les Khmers rouges ont pu se regrouper et organiser une guerre de guérilla pendant près de deux décennies. Cela a pris fin en 1998, lorsque les restes des troupes Khmers rouges ont accepté d’être intégrés à l’État cambodgien. Cette capitulation fut le résultat de concessions politiques et de compromis avec le gouvernement, ainsi que du désir de réconciliation nationale parmi la population des cadres du district et leurs familles.

En échange de la capitulation, les dirigeants et les cadres ont obtenu le statut de citoyen. Cela impliquait le droit d’occuper des postes administratifs et militaires dans la région, ainsi que les droits sur les terres qu’ils occupaient.

Chhat Ib

Chhat Ib, un ancien soldat khmer rouge, vit à Anlong Veng, le dernier fief des Khmers rouges, près de la frontière nord-ouest avec la Thaïlande.

Chhat Ib, 63 ans, ancien soldat khmer rouge, vit actuellement à Anlong Veng, le dernier bastion des Khmers rouges. Photographie par Sun Narin
Chhat Ib, 63 ans, ancien soldat khmer rouge, vit actuellement à Anlong Veng, le dernier bastion des Khmers rouges. Photographie par Sun Narin

Après l’effondrement des Khmers rouges en 1979, Ib est resté fidèle aux dirigeants des Khmers rouges, fuyant vers la frontière où il s’est caché dans les montagnes. Il a continué à se battre contre les troupes d’Hun Sen. L’ancien combattant raconte avoir été blessé à la hanche droite par une explosion, mais avoir survécu à la guerre.

«J’ai eu de la chance d’avoir survécu au régime…J’ai dit à mes enfants que ma vie était pleine de combats et que j’étais un soldat», a-t-il déclaré lors d’une récente interview à son domicile à Anlong Veng.

Ib a d’abord combattu contre le régime pro-américain de Lon Nol, dans l’espoir de voir revenir le roi Norodom Sihanouk au pouvoir, mais le régime issu de ce conflit était plus brutal qu’il n’aurait pu l’imaginer.

”…Nous ne savions pas vraiment ce qui se passait. Nous avons juste suivi les leaders “…comme si nous suivions simplement le conducteur dans sa voiture, et ils peuvent conduire n’importe ou…”, explique-t-il.

Ses voisins sont aussi pour la plupart d’anciens Khmers rouges.

«Certains anciens Khmers rouges sont des chefs de village et de commune, je ne suis qu’un agriculteur ordinaire», ajoute-t-il.

Chhim Baing

Un autre ancien combattant des Khmers rouges, Chhim Baing, raconte qu’il a également suivi les Khmers rouges après leur défaite en 1979.

Chhim Being, ancien soldat khmer rouge qui vend maintenant des légumes dans une rue d'Anlong Veng, a également suivi les Khmers rouges après leur défaite en 1979
Chhim Being, ancien soldat khmer rouge qui vend maintenant des légumes dans une rue d’Anlong Veng, a également suivi les Khmers rouges après leur défaite en 1979. Photographie par Sun Narin

“…J’ai toujours servi les Khmers rouges car je ne savais pas quoi faire…”, déclare-t-il, ajoutant que : ”…Certains sont allés dans leurs provinces d’origine car ils craignaient qu’il y ait de nouveau des combats ici. D’autres sont restés ici et vivent de l’agriculture…”.

Bien que la majorité des habitants de la région soient d’anciens Khmers rouges, certains Cambodgiens sont venus d’ailleurs faire des affaires à Anlong Veng, notamment des restaurants, des épiceries et des lieux de divertissement. Comme le reste du Cambodge d’aujourd’hui, Anlong Veng embrasse le libéralisme et les établissements de loisirs.

Youk Chhang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, explique l'histoire des Khmers rouges
Youk Chhang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, explique l’histoire des Khmers rouges. Photographie par Sun Narin

Youk Chhang

Youk Chhang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, ou DC-Cam, indique que 85% de la population ici est constituée d’anciens Khmers rouges. “…Dans leur esprit, ils sont les perdants de la guerre. Ce n’est pas une paix issue de la réconciliation…”, déclare-t-il.

“…Mais nous voulons qu’ils sachent qu’il y a des responsabilités à plus haut niveau, notamment avec les procès de Nuon Chea et Khieu Samphan…”, précise-t-il.

La maison du commandant militaire, Ta Mok, située dans le district d'Anlong Veng, devient un lieu touristique
La maison du commandant militaire, Ta Mok, située dans le district d’Anlong Veng, devient un lieu touristique. Photographie par Sun Narin

La région est également imprégnée de l’histoire du conflit, avec, à proximité, la tombe de Pol Pot et le domicile de son commandant militaire, Ta Mok. De nombreux autres rappels du régime qui a entraîné la mort de plus d’un million de Cambodgiens sont dispersés dans les campagnes.

Certains anciens Khmers rouges ont toujours peur du tribunal khmer rouge, selon Youk Chhang : . “…depuis qu’Im Chaem, qui vit ici, a été inculpée, ils ont compris que celui qui a commis une erreur doit être responsable”, ajoute-t-il.

Im Chaem
Im Chaem. Photographie par Sun Narin

Chaem, une responsable du régime local accusée notamment d’assassinat et d’esclavage à grande échelle, a pris une retraite paisible sur sa ferme d’Anlong Veng depuis que les charges retenues contre elle ont été abandonnées l’année dernière. Elle s’est récemment convertie au christianisme.

Cependant, l’ancien soldat khmer rouge Ib confesse qu’il souhaite toujours que les dirigeants rendent des comptes. Chaque chef veut être bon…mais quand cela va mal, ils ne l’acceptent pas », déclare-t-il. “Mais si nous réfléchissons à l’époque des Khmers rouges, c’est très mauvais.”

Avec Sun Narin VOA Khmer et le Centre de documentation du Cambodge

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