Sophal Neak : Le renouveau de la photographie au Cambodge

Sophal Neak est l’une des photographes mise à l’honneur de cette 14ème édition de l’Angkor Photo Festival. En plus d’animer, avec sept autres tuteurs, les ateliers photo destinés aux enfants de la fondation Anjali, la jeune photographe a accompli en compagnie de Kim Hak un formidable travail de mémoire en faveur de la photographie khmère, qu’elle présentera lundi 17 décembre. Portrait d’un talent éclectique et engagé.

Sophal Neak : Le renouveau de la photographie au Cambodge
Sophal Neak : Le renouveau de la photographie au Cambodge

C’est une silhouette menue, dont le visage souriant s’enjolive de grands yeux au regard vif et pétillant, qui se présente d’une voix calme et douce. Si Sophal Neak apparaît de prime abord comme une jeune femme sage, ses travaux révèlent bien vite une personnalité audacieuse, très engagée vis-à-vis des problématiques cambodgiennes actuelles. Par un art conceptuel encore peu utilisé dans le pays, Sophal se confronte à des sujets majeurs tels que l’identité, la condition féminine ou la place du travail et de la culture dans la société.

« Revival »

En plus de ses activités créatrices, Sophal Neak s’est associée avec Kim Hak, autre figure montante de la photographie cambodgienne, afin de collecter une série de clichés s’étalant sur quatre décennies. L’idée de créer un tel panorama remonte à la dernière édition du Festival. Au cours d’une discussion, Sophal Neak et Kim Hak remarquent que, si les images ayant trait au Cambodge existent par centaines de milliers, peu d’entre elles sont issues de photographes khmers. Comment expliquer une telle lacune ? N’y avait-il pas, lors de ces quarante dernières années, de professionnels couvrant la grande et la petite histoire du pays ? Et que sont devenues leurs œuvres ? Commence alors une quête qui nécessitera plus de six mois d’efforts aux deux artistes. Effectuant un minutieux travail de recherche, faisant jouer leurs relations pour retrouver la trace de personnes ayant parfois radicalement changé de carrière ou de vie, explorant sans relâche les archives, les deux enquêteurs finissent par collecter des centaines de photographies.

Oeuvre de @sophalneak.com
Oeuvre de @sophalneak.com

Vers un nouveau printemps de la photographie khmère

Les travaux de 16 artistes seront donc présentés lors de cette projection, à laquelle assisteront certains d’entre eux. Si la photographie khmère a connu un long temps d’arrêt dû aux soubresauts traversés par le royaume, une nouvelle génération d’artistes s’impose peu à peu. Pourtant, tout n’est pas simple dans un pays où aucune université ne propose encore de cursus sur le thème de la photographie. Nombreux sont ceux qui bifurquent vers la pratique après avoir effectué des études ou un métier sans aucun rapport. Kim Hak, par exemple, est issu d’une formation tourisme, tandis que Sophal a étudié les arts graphiques à l’Université Royale des Arts de Phnom Penh. C’est pour cette raison que les ateliers organisés au sein des festivals s’avèrent primordiaux pour la découverte de talents et leur formation aux arts photographiques.

Sophal-NEAK et KIM-Hak
Sophal-NEAK et KIM-Hak

Apprendre à voir

C’est par le biais de l’Institut Français et de son Studio Images que la jeune femme découvre en 2010 le potentiel de la photographie. Celle qui se servait alors de la peinture et du dessin pour fixer ses thèmes de prédilection est immédiatement séduite par la photo : « C’est d’une incroyable simplicité, puisqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour exprimer toute une palette d’émotions. » Mais le vrai déclic se produit en 2013, lors d’un atelier organisé par l’Angkor Photo Festival. Bénéficiant des enseignements d’Antoine D’Agata, Sophal perfectionne son art et obtient le 1er prix du jury pour « Hang On », une série de portraits sans visages. Si sa carrière était déjà lancée, cette récompense lui a permis d’acquérir ce qu’il y a de plus précieux chez un artiste : la confiance en soi et un surcroît de motivation. Le festival lui a aussi permis de découvrir d’autres travaux conceptuels identiques aux siens, la confortant dans une voie encore incomprise par certains.

Habituée du Photo Festival

Depuis, pas une seule édition de l’Angkor Photo Festival ne se déroule sans la présence de cette photographe reconnue, dont les œuvres ont été exposées à travers toute l’Asie, mais aussi en Europe, aux États-Unis et en Australie. « Ce festival est l’endroit parfait pour cumuler rencontres, expérience, apprentissage et enseignement. C’est aussi un excellent moyen pour tous les photographes asiatiques, et khmers en particulier, d’acquérir à la fois formation et reconnaissance. » Consciente de l’importance de l’image et des horizons qu’elle ouvre, la photographe phnompénoise s’implique en passant la majeure partie du Festival aux côtés des enfants de la fondation Anjali. Des journées ont été consacrées à l’enseignement de la pratique photographique auprès d’élèves très motivés, dont les clichés ont été projetés le 16 décembre à l’Heritage Hub de Wat Bo. Quant à l’artiste, un nouveau travail engagé est en train de prendre corps, puisqu’il s’agira cette fois de témoigner des transferts massifs de propriété en cours dans les provinces de Kep et de Kampot. L’artiste s’attachera à en analyser les répercussions sociales et environnementales.

Par Rémi Abad

http://www.sophalneak.com/

https://angkor-photo.com/14th-edition/2018-projections/revival/

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