Instants de Cambodge. J’ai rencontré les éléphants du Ratanakiri

Banlung, vendredi, 14h. Je descends du pick-up, un peu secouée par la route sur les pistes de terre rouge des alentours de la capitale Banlung. Je me trouve entourée de la végétation luxuriante de l’une des forêts de Ratanakiri. À quelques mètres de moi, j’aperçois trois éléphants. Pierre-Yves Clais, créateur de la fondation Airavata, me les présente.

l'éléphante de la fondation Airavata
Ikeo, l’éléphante de la fondation Airavata

Rencontre avec Ikeo, Bak Mai et Bokva

La femelle s’appelle Ikeo. À côté d’elle, c’est Bak Mai, un éléphant dont le nom est connu au Cambodge. « Avant que nous ne l’achetions, Bak Mai avait tué son cornac. Personne ne voulait le reprendre. Il était considéré comme dangereux… Aujourd’hui, c’est l’un de nos éléphants les plus calmes ! », raconte Pierre-Yves Clais. En effet, un peu plus loin, il montre Bokva, le plus grand éléphant domestique du Cambodge. « Il pèse environ cinq tonnes… Il a beaucoup de force et le sait. Ainsi, c’est lui le plus difficile à maîtriser. Parfois, il n’en fait qu’à sa tête ».

Pierre-Yves Clais et Bokva, plus grand éléphant domestique du Cambodge
Pierre-Yves Clais et Bokva, plus grand éléphant domestique du Cambodge

J’approche ma main et caresse la peau rugueuse de la trompe de l’éléphant. Il est immense, par rapport à moi. Je sais que s’il le voulait, il pourrait m’attraper et me soulever du sol très facilement. Mais Bokva est bien apprivoisé, et ne semble pas vouloir le faire. « Nous avons de très bons cornacs, à Airavata », raconte Pierre-Yves. « C’est un métier qui se transmet de génération en génération dans la région. Notre souhait est aussi de protéger ces traditions ».

La fondation a été créée lorsque Pierre-Yves Clais et sa famille ont décidé de racheter les derniers éléphants domestiques restants de Ratanakiri pour les protéger. Aujourd’hui, le Cambodge ne possède plus qu’environ 70 éléphants domestiques et moins de 250 éléphants sauvages. Airavata a ainsi pour but de lutter contre ce déclin.

Mais, il ne faut pas oublier la forêt car l’objectif d’Airavata est avant tout de permettre aux éléphants d’évoluer dans leur cadre de vie naturel. Depuis la création de la fondation, ils promeuvent une relation éthique et responsable entre l’homme et l’animal. Et cela se fait dans le respect de l’éléphant mais aussi des traditions locales. Ainsi, les cornacs d’Airavata montent encore les éléphants, tout en prenant soin d’eux.

Balade dans la forêt

C’est ainsi que je pars pour une balade à dos d’éléphant. Une selle est installée sur l’animal. Pierre-Yves Clais m’invite à l’y rejoindre, tandis que le cornac monte sur le cou de Bokva. Et Bokva se met en route. « Chaque selle adaptée au dos de l’éléphant », explique Pierre-Yves Clais. « Ainsi, les monter n’est pas mauvais pour leur santé. Nous représentons un faible poids, par rapport au leur. C’est un peu comme monter à cheval, finalement… ».

Le cornac monte Bokva et le dirige dans la forêt
Le cornac monte Bokva et le dirige dans la forêt

La selle se balance au rythme des pas de Bokva, de gauche à droite. Ce doux roulis est très agréable. Bokva se met à descendre une pente. Je m’accroche alors à l’arrière de la selle pour ne pas glisser en avant. Il s’arrête en chemin pour manger les plantes qui poussent sur le côté. Le cornac tente de le faire reprendre sa route, sans succès. Bokva est bien aussi têtu que ce que Pierre-Yves me racontait ! « Un éléphant peut passer jusqu’à 18 heures par jour à manger », précise-t-il. « Doun ! », répète le cornac pour lui demander de reculer. Bokva finit alors par obéir. Et il reprend son chemin, guidé par les petits tapotes du cornac derrière ses oreilles pour lui demander de tourner.

Des sens en éveil

Durant la promenade, nous traversons différents types de paysages. Après la forêt, nous parcourons une clairière. La végétation y est plus sèche, et des herbes à la belle couleur dorée s’étendent à perte de vue. La chaleur est assommante, dans cette zone à l’écart de l’ombre des grands arbres.

Un peu plus loin, nous rentrons à nouveau dans la forêt. Bokva rechigne à avancer. « Il doit sentir la présence de Kamsen, qui est un peu plus loin dans la forêt. C’est notre quatrième éléphant. En ce moment, il est en musth. C’est une période de poussée hormonale, chez les éléphants, qui peut arriver une à deux fois par an. Il devient plus dangereux, à ce moment. C ’est pour cela que nous l’avons mis à l’écart, et que Bokva ne veut pas s’approcher. Un éléphant peut ressentir à plusieurs kilomètres où sont les gens et les autres éléphants. Ils ont une ouïe, un odorat et une perception des ultrasons très développés », raconte Pierre-Yves Clais.

La cascade dans la forêt, où aiment se baigner les éléphants
La cascade dans la forêt, où aiment se baigner les éléphants

Bain dans la rivière

Nous finissons la balade à l’heure où le soleil commence à décliner. Pierre-Yves me propose alors d’aller laver Bokva dans la rivière. Je ne peux que dire oui ! nous nous rendons près d’une cascade. L’éléphant s’allonge et se laisse frotter le dos tandis que le cornac verse de l’eau sur sa peau. Dans cette position, il parait inoffensif.

Avant qu’il se relève avec son cornac sur le dos, je demande si moi aussi, je peux monter sur son cou. J’escalade Bokva et me loge dans le creux de son cou, mes jambes derrière ses deux oreilles.

C’est ainsi que se termine ma rencontre avec les éléphants d’Airavata : à cru, sur le dos du plus grand éléphant Cambodgien.

Texte et photographies par Adèle Tanguy

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