Angkor Photo Festival : Des nuits pleines d’images à Siem Reap

Voici trois jours que Siem Reap est devenue la capitale asiatique de la photographie. Si les journées sont rythmées par les expositions, les conférences, les ateliers et les revues de portfolios, les soirées sont illuminées par des projections mettant en scène les plus grands talents de la photographie.

Une première soirée sous le signe de l’éclectisme

Organisée au pied du nouveau Khéma Angkor, la soirée inaugurale s’est ouverte sur la projection de quelques clichés du photoreporter bengali Shahidul Amal, ayant récemment purgé une peine de prison pour avoir couvert des manifestations étudiantes à Dacca. Françoise Callier, à qui revenait ce soir le choix des photos projetées, a tenu à saluer le travail de cet homme engagé aux côtés de la vérité et devenu le symbole des menaces pesant sur une profession exposée aux vindictes.

La soirée s’est ensuite poursuivie par un hommage à Jocelyne Benzakin, fondatrice de l’agence JB Pictures. Prenant sous son aile la carrière de nombreux talents, Jocelyne Benzakin, disparue en 2005, a été l’une des figures majeures de la profession au cours des années 90 et 2000. Une sélection de photographies issues de sept artistes ayant exercé au sein de l’agence ont été montrées, images d’une puissance rare entraînant le spectateur au cœur des relations israélo-palestiniennes, dans les soubresauts de la politique haïtienne ou dans l’intimité d’une jeune toxicomane. Des images touchantes et vibrantes, résumant pour chacune d’entre elles, en quelques secondes, tout le pouvoir que peut exercer un simple cliché.

De par le monde , de par les époques

La deuxième partie de la soirée a laissé place à une sélection éclectique de photographies venant des quatre coins du monde, des années 30 à nos jours. Parmi celles-ci, le public aura retenu les promenades campagnardes du finlandais Pentti Sammallahti, le Madagascar sublimé par le noir et blanc de Pierrot Men, les géométries urbaines de Fan Ho et le Cuba intime de Raul Cañibano. Une partie des spectateurs a ensuite rejoint le toit du Khéma pour un concert exceptionnel du groupe Mango Dream, collectif de musiciens mêlant influences khmères et occidentales dans un jazz de haute volée.


C’est au Bambu Stage que s’est tenue la deuxième soirée, tout entière consacrée à la photographie chinoise contemporaine. Wang Xi, commissaire d’exposition internationalement reconnu, a choisi de faire découvrir les œuvres de douze artistes brillant par leur originalité, témoignant de la vitalité exceptionnelle de son pays en la matière.

Anjali, une grande œuvre pour les petits

Enfin, la journée de dimanche a consacré le travail des enfants d’Anjali, fondation créée en 2005 sous l’égide de l’Angkor Photo Festival. Tous les ans, 50 élèves se voient confier durant 10 jours un appareil photo : encadrés par 8 tuteurs professionnels de l’image et tous bénévoles, les artistes en herbe reçoivent une formation leur apprenant les rudiments de la prise de vue en ayant pour mission de documenter leur vie quotidienne. D’une fraîcheur et d’une qualité surprenante, les images issues de ces ateliers ont été projetées à l’Heritage Hub de Wat Bo. « Ces journées passées ensemble leur apprennent non seulement l’art de la photographie, mais aussi à travailler en équipe », confie Sophal Neak, en charge d’un groupe de 5 élèves. « Nous commentons ensemble leurs images, leur expliquant pourquoi certaines sont bonnes et d’autres moins. Le but étant, avant toute chose, de s’amuser. » Ces photographies font la fierté des enfants, puisque les éditions passées ont fait l’objet d’un livre ainsi que d’expositions ayant voyagées jusqu’au Japon.

Dynamisme culturel

Ces journées autour de la photographie témoignent du dynamisme culturel dont fait actuellement preuve la ville de Siem Reap. Les inaugurations et expositions s’enchaînent, pas uniquement dans le cadre du festival photo, mais aussi grâce à des initiatives privées. Samedi 15 décembre, la galerie Batia Sarem a ouvert ses portes, tandis que le photographe Jo Farrell était quant à lui mis à l’honneur le 11 décembre pour son travail fascinant sur le thème des femmes aux pieds bandés en Chine. Le lundi 17 est aussi une date importante, puisque la projection « Revival », consacrée à la photographie cambodgienne et organisée par Kim Hak et Sophal Neak, s’est déroulée à partir de 20h au Bambu Stage.

Par Rémi Abad

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