Rattana Hin :  Un miraculé optimiste et plein d’idées

Dresseur de chiens professionnel

C’est dans sa maison à Phnom Penh, que nous avons rencontré Rattana Hin, dresseur de chiens professionnel. En effet, Rattana ne peut plus se déplacer aussi facilement qu’avant, depuis son accident de la route, il y a deux mois et demi. “J’ai eu cet accident terrible le 25 août dernier”, raconte-t-il, restant très neutre, mettant ses émotions de côté. “J’étais à un feu rouge, la personne derrière moi ne s’est pas arrêtée. Elle m’a renversé et m’a roulé dessus. J’ai été très grièvement blessé, je ne pouvais plus sentir mes jambes. Les gens autour ont cru que c’était fini”.

Rattana Hin :  Depuis mon accident, je veux oeuvrer pour l’amélioration du système paramédical cambodgien...
Rattana Hin :  Depuis mon accident, je veux oeuvrer pour l’amélioration du système paramédical cambodgien…

Aide et soutien

Rattana a été emmené à l’hôpital Calmette puis transféré à Bangkok, où il a reçu beaucoup d’aide et de soutien. Une aide de la part de sa famille, des médecins mais aussi d’inconnus. Il avait peu de chances de pouvoir se remettre debout. Deux mois et demi plus tard, de retour à Phnom Penh, son rétablissement a été inespérément rapide. Il ne peut pas marcher sans son déambulateur, et a donc installé sa chambre au rez-de-chaussée de sa maison. Sinon, il dispose d’un fauteuil roulant pour ses plus gros déplacements. “J’ai pu retourner chez moi très vite, à cause de la force mentale que m’ont apporté les gens autour de moi”, raconte-t-il, le sourire aux lèvres.

La compassion n’a pas disparu

“J’ai reçu le soutien de ma famille, de mes amis, mais aussi d’inconnus sur réseaux sociaux. Certains sont même venus me voir à l’hôpital. Tous les encouragements m’ont permis de me sentir mieux et donc de guérir. Car, quand on est heureux, notre corps guérit plus facilement”. “Je sais que les gens peuvent être très égoïstes, notamment quand, face à un accident, ils pensent d’abord à prendre un selfie avant d’appeler les urgences. Mais mon expérience me donne l’espoir que la compassion n’a pas disparu”.

Changer d’activité

Dans son salon, des photos de ses chiens ornent les murs, et notamment Rex, son chien ”francophone”. « Je ne parle pas Français, je connais juste des mots tels que assis, debout, au pied, suis moi… ». Le tapis de l’entrée est à l’image d’un chien, tout comme son t-shirt. Avant l’accident, Rattana dressait des chiens. Il travaillait notamment avec des personnes privées, des organisations gouvernementales, des unités de police locale K9, ou encore des ONG. Il offrait par exemple ses services pour secourir des chiens ou donnais des conseils pour les dompter. “J’enseignais aussi la psychologie et les comportements canins”, raconte-t-il. “J’ai toujours aimé les chiens. Je les trouve loyaux, parfois plus que les humains. Quoi que leur maître leur fasse, ils l’aimeront toujours”, dit-il avec beaucoup d’émotion. “Cela fait partie de moi, je ne pourrai jamais le changer”.

Cependant, depuis l’accident, Rattana craint de ne plus pouvoir reprendre son ancienne activité. “J’ai huit vis en titane dans mon dos. Cela m’empêche de faire beaucoup de choses simples, comme se pencher, attacher mes chaussures, marcher”. Il ne peut donc plus former des chiens comme auparavant. “Cependant, je dois nourrir ma famille…Je ne suis de retour à la maison que depuis une semaine, donc je ne sais pas encore trop comment cela va se passer”.

Nouvelles idées

Mais Rattana ne veut pas abandonner sa passion pour le meilleur ami de l’homme. “Je peux toujours donner des conseils en entraînement canin et enseigner comment devenir un bon maître, pu comment prendre soin des chiens… J’essaye de sensibiliser sur la nécessité d’avoir un environnement propice pour le chien, d’être sûr d’avoir les moyens financiers de s’en occuper”. Ainsi, Rattana ne peut plus agir physiquement, mais s’investit en organisant des événements.

En effet, Rattana a participé à des reportages et à des émissions de télévision locales sur la formation de chiens et au National Geographic avec César’s Recruit : Asia season2. Il a aussi eu, avant son accident, un petit rôle dans un prochain film “The Prey” du réalisateur Jimmy Henderson du film Jailbreak. Il a entraîné son chien Tommy qui jouait dans le film et a interprété un tireur d’élite.

Malgré tout, l’accident lui a donné une nouvelle idée. Alors qu’avant, il se consacrait entièrement à la cause de la responsabilisation des propriétaires de chiens, il veut maintenant aussi oeuvrer pour l’amélioration du système paramédical cambodgien.

United Hatzalah

“L’objectif serait de mettre en place un système similaire à United Hatzalah en Israël. En effet, la circulation ici est très compliquée. Donc, quand quelqu’un a une urgence ou un accident, les secours ne peuvent arriver dans les trois minutes, les plus importantes pour sauver une vie. Je voudrais créer une ONG à l’origine d’une application qui ressemblerait à Uber pour mettre en place un système de moto-ambulance. Des conducteurs ayant un diplôme de premier secours pourraient alors être alertés des accidents par les passants, et arriver sur le lieu du drame rapidement pour maintenir le blessé en vie le temps que l’ambulance arrive”, explique-t-il.

“Ça permettrait aussi de venir en aide aux personnes dans les campagnes, qui n’ont pas accès aux services d’urgence mais disposent d’un portable”. “J’espère que ça va aider à sensibiliser les gens, en leur montrant que les secours doivent être efficaces et rapides.Cela donnera confiance aux gens. Changer les mentalités prend du temps, mais je pense que c’est un premier pas”. Une initiative que Rattana espère voir se réaliser au plus tôt.

Texte et photographie par Adèle Tanguy

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