Solidarité : Jacques Laperrousaz, le Baraing bienfaiteur

Le 16 novembre dernier, Jacques Laperrousaz, un Savoyard au grand cœur, offrait huit maisons traditionnelles khmères aux plus miséreux de notre province (Prey Veng). Les travaux avaient débuté en septembre, maintenant les maisons étaient achevées, pour la plus grande joie de tous.

L'une des huit maisons traditionnelles khmères, offertes par Jacques
L’une des huit maisons traditionnelles khmères, offertes par Jacques

Un jour, sans prévenir, Jacques a débarqué à la maison. Ma surprise passée, je fis la connaissance de cet homme généreux. La rumeur, l’avait précédé, et j’avais ouï-dire qu’un Baraing* distribuait de l’argent aux personnes en difficulté et faisait soigner les nécessiteux. Lui-même, avait appris qu’un Français se nichait au milieu des rizières, loin du brouhaha de Phnom Penh. Il était venu me saluer et me demander les coordonnées d’un chirurgien, afin de faire opérer une jeune femme, dont la jambe pourrissait, suite à un accident de la circulation. Depuis plus d’un an, elle ne pouvait plus bouger et, avec un bébé de quelques mois, elle n’avait plus aucune solution pour s’en sortir.

Quelque temps plus tard, Jacques me demanda de l’accompagner, afin de vérifier si les maisons étaient bien conformes aux clauses techniques qu’il avait exigées, et de contrôler que les heureux bénéficiaires avaient bien un titre de propriété en leur possession, établi à leur nom. Ces précautions sont toujours nécessaires afin d’éviter tout abus. Les contrats et les actes de propriété étant rédigés en langue khmère, Jacques me confia l’ensemble des vérifications…Entretien avec un bienfaiteur :

CM : Jacques. Pourquoi avez-vous choisi le Cambodge, plus qu’un autre pays ?…

Après avoir visité plusieurs pays d’Asie je me suis senti un peu comme chez moi au Cambodge. La gentillesse des Khmers, la douceur de vivre, la beauté des paysages, tout concourt pour poser ses valises dans ce magnifique royaume.

CM : Vos actes ont été guidés par votre cœur, mais quels ont été les critères d’attribution ?…

J’ai donné la priorité aux paillotes délabrées, sans hygiène, ni eau et ni électricité. Ensuite aux personnes âgées frappées par le destin qui se retrouvent toujours bien seules avec un enfant handicapé mental ou physique ou qui doivent élever trois enfants suite au décès des parents. J’ai choisi la province de Prey Veng, l’une des plus pauvres du royaume. Plus particulièrement, les communes de Mésang et de Angkor Sor, où de nombreuses familles méritent d’être aidées.

L'ancienne maison, qui abritait la mère et ses trois enfants
L’ancienne maison, qui abritait la mère et ses trois enfants
Moment inoubliable ! Ils peuvent s'installer maintenant
Moment inoubliable ! Ils peuvent s’installer maintenant

CM : Les huits maisons sont-elles toutes identiques ?…

Oui, en quelque sorte ! La plus grande fait 8 m x 8 m, les sept autres 6 m x 7 m, ce qui donne de belles surfaces habitables, avec un petit coin réservé pour l’intimité. Elles sont toutes montées sur pilotis, juchées à 2,20 m au-dessus du sol. Elles sont en bois, équipées de six fenêtres et possèdent toutes une salle d’eau et toilette au rez-de-chaussée. Une dalle de propreté, en ciment, complète l’espace de vie sous la maison. Chacune a été équipé d’une fosse afin de récupérer les eaux noires.

Intérieur et espace privé.
Intérieur et espace privé.
Rez-de-chaussée avec son espace salle d'eau et toilette.
Rez-de-chaussée avec son espace salle d’eau et toilette

CM : Votre générosité n’a pas de limites ! Alors on serait tenté de vous demander à combien s’élève l’ensemble de vos dons ?…

Une somme incalculable ! En cumulant tout, les 100.000$ ont été largement dépassés, dont la moitié fut consacrée aux maisons. Cela comprend le paiement des soins, l’achat de Smartphones, Télévisions, vélos, deux Tuk-Tuk, et même d’une moissonneuse-batteuse pour les rizières, sans compter les billets distribués quotidiennement, cela fait beaucoup d’argent… Ainsi, les deux communes de Mésang et d’Angkor Sor en ont profité.

De la droite vers la gauche : Jacques, l'épouse de Kroussar, Sareune le conciliateur, et le constructeur, de dos.
De la droite vers la gauche : Jacques, l’épouse de Kroussar, Sareune le conciliateur, et le constructeur, de dos

CM : Quels sont vos prochains projets ?…

Aller très vite à RATANAKIRI la province la plus pauvre où je pense faire construire beaucoup plus de maisons…

Jacques semble songeur. Il reste tant à faire !
Jacques semble songeur. Il reste tant à faire !

Nota *: nombreux sont ceux qui disent Barang, à tort ! Pour deux raisons. Étymologiquement, le mot Baraing (បារាំង) est dérivé du mot parrain que les Khmers attribuaient aux Français du temps du Protectorat. Comme le « P » et le « B » se confondent souvent dans la langue khmère, le mot parrain fut déformé, et donna naissance au mot Baraing. Linguistiquement, lorsque la voyelle ំ឵ (Âme) se situe devant la consonne ង (Ngo) la fin du mot បារាំង, se prononce AING, c’est une exception…

Texte et photographies par Jean Kroussar

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