ALUMNI : Theng Chan Vorlak et Un Van Chan Makara, l’amour commun de la langue française

Theng Chan Vorlak et Un Van Chan Makara sont deux anciens étudiants partis suivre leurs études supérieures en France. Tous deux ont étudié le management, l’une à Lyon, l’autre à Caen. Chan s’est débrouillée pour financer ses études en travaillant, Makara était boursier. Ils ont surtout été collègues à l’Ambassade de France et partagent un amour commun de la langue française. Tous deux ont rêvé de travailler à l’Ambassade de France depuis l’enfance.

CM: Pourquoi avez-vous choisi le français comme seconde langue ?

Chan
Ce n’était pas une décision de ma part au début. J’ai appris le français sur les conseils de ma mère et de ma tante, partie s’installer en France il y a plus de trente ans. Ma tante voyait un autre avenir pour moi. Mon départ en France ne signifiait pas forcément partir y vivre. Je suis partie en France pour les études, pour l’expérience professionnelle, pour découvrir une nouvelle culture, pour m’ouvrir à de nouveaux horizons…

Theng Chan Vorlak
Theng Chan Vorlak

Makara
Ce fut un choix personnel, j’ai suivi mon instinct. Au départ j’avais commencé à apprendre le chinois quelques temps, puis j’ai continué avec l’anglais sur les conseils de mon père. Mais mon grand-père, francophone, m’a expliqué que le français était une langue d’avenir. Il avait une vision plutôt moderne pour l’époque. Il m’a expliqué qu’après le français, l’apprentissage de l’anglais viendrait facilement par la suite. Son argument m’a convaincu et il fut mon premier professeur de français. Finalement, j’ai choisi le français comme deuxième langue malgré les réticences de mon père.

Un Van Chan Makara
Un Van Chan Makara

CM: Parlez-nous de votre parcours scolaire…

Chan
J’ai tout d’abord commencé pendant un an mes études en Finance et Banque à l’URDSE (l’Université Royale de Droit et Science Economique) au Cambodge où j’ai obtenu une bourse pour mes études supérieures. Puis je suis partie en France en 2005, je ne parlais pas encore très bien le français, c’était compliqué. J’ai alors pris des cours intensifs de français à l’Université Jean Monnet à Saint Etienne pendant un an. Par ailleurs, il fallait obtenir le niveau C1 pour pouvoir effectuer des études supérieures. J’ai ensuite suivi des cours de BTS en Comptabilité et Gestion des Organisations. J’ai obtenu mon diplôme en 2009, puis j’ai continué dans une licence en Management des Projets touristiques à Lyon. En France, les jeunes ont la chance de pouvoir étudier ce qui leur plaît. Une chance dont j’ai pleinement tiré parti car j’ai préparé un CAP Esthétique-Cosmétique, je suis passionnée par le monde du Bien-Être.

Makara
Après mon bac en 2006, j’ai obtenu une bourse d’État pour étudier le français pendant quatre ans à l’Université Royale de Phnom Penh, c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que le français allait m’emmener loin dans le futur. Ma licence passée, j’ai pu décrocher en 2010 une autre bourse financée par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) afin de partir faire mon master de Management de Projet et Entrepreneuriat à Hanoi, la filière délocalisée de l’Université de Nantes au Vietnam. Au bout de six mois de formation, j’ai trouvé un stage à Rennes pendant cinq mois. Ensuite, je suis revenu au Cambodge et j’y ai travaillé pendant un an en tant qu’enseignant de français à l’Université Royale de Phnom Penh. L’envie d’approfondir mes études supérieures en France m’a poussé à postuler pour une autre bourse du gouvernement français. Je suis parti en 2012 préparer mon Master de Français Langue Étrangère (FLE) à Caen en Normandie.

CM : Racontez-nous votre vie là-bas…

Chan
Entre mes stages et mes formations, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que la production de caoutchouc ou le transport. En licence, j’ai effectué mes stages dans le groupe Accor : j’ai commencé en tant que réceptionniste, j’ai fait la plonge, je fus aussi femme de chambre, j’ai été organisatrice de séminaires dans un hôtel Kyriad… À la fin je suis devenue chef de réservation. Je suis très attachée à la gastronomie française et ce fut une fierté personnelle lorsque j’ai travaillé dans un des restaurants de Georges Blanc pendant l’un de mes stages.

Je n’avais pas obtenu de bourses comme Makara pour financer mes études, j’ai ainsi travaillé dans l’hôtellerie, la restauration, un magasin de bricolage et en tant qu’animatrice. Le dernier fut une expérience formatrice pour moi. Les questions des petits et leurs mots simples étaient un moyen d’apprentissage efficace du français. J’aimais travailler avec eux, il n’y avait aucun jugement de leur part concernant mon accent ou les bredouillements dans la langue.

En dehors de mes petits boulots et de mes études, j’ai visité de beaux endroits comme Annecy, Chanaz, le lac d’Aiguebelette, les Alpes, Marseille, Montpellier, Nantes, bien sûr Paris et tant d’autres. Mais c’est Lyon, la ville dont je suis amoureuse. Je l’aime pour sa gastronomie, son histoire, son amphithéâtre romain des Trois Gaules, son architecture médiévale, le Rhône, la Saône, le Vieux Lyon, les passages couverts entre les immeubles, la colline de la Croix-Rousse.

J’ai de très bons amis que j’ai rencontrés au cours de mon BTS et une autre personne en licence qui est devenue une très bonne amie maintenant. Nous restons toujours en contact malgré la distance entre la France et le Cambodge. Je voyais aussi quelques étudiants cambodgiens surtout pendant les fêtes du Nouvel an et Pchum Ben.

Makara
Deux ans en France c’était court mais j’ai pu quand même profiter de pas mal de choses. Pendant mon séjour à la cité universitaire, j’ai fait connaissance avec beaucoup d’amis venant des quatre coins du monde, cela permet de connaitre d’autres cultures et de partager des moments conviviaux. J’ai surtout côtoyé des familles françaises qui m’ont très bien accueilli, ils m’invitaient souvent à manger chez eux. Cela m’a permis de me familiariser davantage avec la culture française. A Rennes, j’ai une famille d’accueil franco-cambodgienne qui avait pris en charge mon séjour de stage à l’époque. Tous les weekends, je prenais le train pour aller leur rendre visite. J’ai fréquenté parallèlement d’autres étudiants cambodgiens dans d’autres filières d’études mais qui habitaient dans la même région. On se revoit toujours ici, un des cambodgiens était mon professeur avant de partir puis nous nous sommes liés d’amitié lorsque nous nous sommes retrouvés en France pour nos études, le monde est petit.

En dehors des études, j’ai été bénévole dans une association cambodgienne à Rennes où je pratiquais de la danse traditionnelle khmère et folklorique pendant le nouvel An Khmer. J’ai participé à diverses activités pour récolter des fonds pour venir en aide au Cambodge. Pendant les vacances d’été, je donnais des cours de khmer à des amis français, j’ai effectué du secrétariat dans un cabinet médical… Des petits jobs qui m’ont permis de gagner un peu d’argent de poche pour pouvoir voyager et découvrir l’Hexagone. Après Caen, j’ai visité Lille, Rennes, Nantes, Paris la capitale bien sûr ! Puis, au Sud : Lyon, Annecy, Chamonix pour découvrir le ski. J’ai également voyagé en Europe.

J’aime la France pour sa diversité culturelle et son histoire. J’aime le climat et son environnement, il y a de beaux parcs, de belles avenues, il y a de belles architectures anciennes. Tout est propre et bien discipliné. Le système de soins est excellent, de même que la qualité de l’éducation. Et, en plus de cela, les diplômes français sont reconnus à l’international.

CM: Qu’avez-vous fait à votre retour au Cambodge ?

Chan
Je suis revenue en 2015 au Cambodge. J’ai commencé à travailler à l’Ambassade en 2016, un an après Makara. J’ai débuté en tant que standardiste. J’avais une licence en poche, travailler en tant que standardiste était, de ce que l’on me disait, en dessous de mes compétences. Je leur ai répondu: “Peu importe, ce qui est important c’est que mon rêve se réalise, je travaille à l’ambassade et puis, à la fin du mois, j’ai tout de même un salaire ”. J’y ai travaillé pendant sept mois j’ai ensuite postulé pour un poste d’aide comptable pour m’orienter ensuite vers la gestion administrative.

Makara
Je suis rentré au Cambodge fin 2014 et j’ai tout de suite commencé à travailler en tant qu’indépendant. J’ai été contacté par mes anciens profs et collègues pour des petits boulots à gauche et à droite. J’ai ensuite travaillé pour la Gendarmerie royale khmère en tant que traducteur-interprète et j’ai signé un contrat de vacation pour donner des cours de Français sur Objectif Spécifique pour la faculté d’Archéologie à l’Université royale des Beaux-Arts. Peu après, l’Ambassade lança une offre d’emploi pour le poste de Chargé du Protocole, que j’ai obtenu grâce à ma formation en Gestion et Management de Projets.

CM: Pourquoi avez-vous choisi de travailler à l’Ambassade de France ?

Chan
Depuis l’enfance, je me suis dit qu’il fallait que je mette un jour les pieds à l’intérieur. Ce qui me fascine c’est sa taille, presque cinq hectares au sein de Phnom Penh, c’est quelque chose. J’ai aussi été intriguée par la difficulté pour y accéder, ce n’est pas simple de rentrer dans l’Ambassade. Déjà à l’époque, vu que je n’étais pas boursière comme Makara, j’ai du faire la queue et attendre longuement à l’extérieur afin d’obtenir mon visa.

C’est une fierté de travailler chez moi, au Cambodge, pour un pays qui m’a tant donné. J’ai pu acquérir de l’expérience au niveau professionnel et personnel et ce fut vraiment très enrichissant. C’est une autre vie à côté, une double culture que je n’aurais pas pu avoir si je n’étais pas partie en France.

Makara
L’Ambassade est un endroit qui normalement n’est pas ouvert au public. J’ai découvert les lieux pour la première fois quand je suis allé poser mon dossier de candidature pour la bourse du gouvernement français (BGF). Et je me suis dit qu’un jour je travaillerais ici. C’était un rêve finalement devenu réalité. Travailler pour l’Ambassade fut une grande fierté pour moi et une manière de rendre service à la France qui a financé mes études supérieures. Trois années passées là-bas m’ont aussi beaucoup appris sur la diplomatie.

CM: Vous sentez-vous appartenir à un réseau d’anciens étudiants ?

Chan
Pour moi les relations sont plus différentes que pour Makara car je n’étais pas boursière et je les connaissais peu. Ces événements sont donc une occasion de découvrir d’autres Alumni, poser des questions et partager nos expériences respectives. Nous n’avons pas suivi les mêmes parcours, c’est très enrichissant. J’admire les boursiers. Décrocher une bourse, ça demande beaucoup de travail, de concentration, de temps…

Makara
Oui nous faisons partie de France Alumni. Nous recevons souvent des mails d’invitation à des événements et des newsletters. C’est vraiment l’occasion de se revoir et échanger avec d’anciens amis. Nous nous partageons nos récits de vie. Je trouve que c’est une bonne initiative.

CM: Que recommanderiez-vous pour mettre en valeur le réseau France Alumni ?

Chan
Jusque-là, nous avions eu des événements à l’IFC ou à l’Ambassade… Je recommanderais plutôt des sorties informelles, par exemple autour d’un café. Afin de maintenir les relations existantes. Je proposerais également un forum d’orientation afin d’aider les jeunes bacheliers dans leurs choix d’orientation dans la filière francophone. Le réseau alumni pourrait proposer de renseigner ces jeunes-là en expliquant les différents parcours et leurs débouchés. Mais aussi faire partager les expériences des anciens.

Makara
Il faut que chacun participe et donne ses idées. Je sais qu’il y a beaucoup d’étudiants qui, leurs études terminées, ne trouvent pas de travail. Ce serait bien si France Alumni pouvait monter une plateforme d’offres d’emploi afin de permettre l’interaction entre anciens à la recherche de nouveaux talents et jeunes diplômés.

CM: Avez-vous des conseils à transmettre à de futurs étudiants francophone, en tant qu’anciens ?

Chan
Il faut être concentré et bien travailler à l’école. Mais à côté de cela, la France a beaucoup à offrir. Il faut saisir l’occasion et essayer de découvrir son peuple, son histoire, sa culture, ses valeurs. Les jeunes générations ont la possibilité de profiter de leur séjour pour réaliser leur passion, quelque chose dont ils ont envie de faire et qu’ils ne peuvent réaliser au Cambodge. L’idée est de goûter pleinement à la vie à la française.

Makara
Je félicite les étudiants qui ont choisi d’intégrer le français dans leur parcours, je pense qu’ils ont fait le bon choix et j’encourage vivement ceux qui hésitent et qui n’ont pas encore entrepris l’apprentissage de cette langue. Le français est une langue de réussite, c’est pour moi un véhicule qui nous transporte plus loin dans l’avenir.

Propos recueillis et photographies par Marie Srey-Lys Joanny

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