Tout sauf les Armes : Plaidoyer d’Eurocham pour le maintien du régime préférentiel

Dans une lettre adressée à Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du commerce, les présidents des chambres de commerce internationales au Cambodge souhaitent exprimer de sérieuses inquiétudes quant au processus de suppression du régime préférentiel dans le cadre de l’accord «Tout sauf les armes» (TSA).

Initiative commune

La lettre est signée conjointement par le président d’EuroCham, Arnaud Darc, le président de la Chambre de commerce et d’industrie France-Cambodge, Guillaume Massin, le président du groupe d’entreprises allemand, Tassilo Brinzer, le président de NordCham, Kjeld M. Dlsen, et le président de l’Association italienne des entreprises, Aurelio Fiacco. Elle fait part d’inquiétudes sur les incidences éventuelles sur les intérêts commerciaux à long terme de l’Union européenne au Cambodge.

La lettre a été transmise au président du Parlement européen, Antonio Tajani, au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et à la représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Federica Mogherini.

Demande d’évaluation

”…Dans le cadre du processus de suivi du régime TSA, nous voudrions souligner, qu’en tant que représentants du secteur privé au Cambodge et en tant que membres de la société civile, nous défendons les principes et les valeurs de l’Union européenne dans le pays. Nous sommes fermement résolus à développer des liens avec le secteur privé cambodgien et le gouvernement royal du Cambodge grâce à des activités de coopération qui, selon nous, peuvent considérablement améliorer le développement du Cambodge…”, indique la missive, ajoutant que : ”… Cela ne serait pas possible dans le contexte d’une éventuelle suspension ou de sanctions imposées par l’Union européenne. Nous demandons instamment que la Commission européenne procède à une évaluation approfondie des conséquences de la suspension du régime préférentiel TSA…”.

Ouvriéres du textile au Cambodge. Photographie ILO (CC)
Ouvrières du textile au Cambodge. Photographie ILO (CC)

EuroCham se joint à un mouvement d’inquiétude né suite à l’annonce faite par Cecilia Malmström le 5 octobre dernier du lancement du processus visant à supprimer les faveurs du régime TSA qui permet au Cambodge d’exporter en franchise de taxe sur le marché européen. Ce marché représente 40% du total des exportations du royaume.

Coopération et non sanctions

Bien que Eurocham déclare comprendre les préoccupations de l’UE concernant les récents développements au Cambodge, la chambre de commerce préconise une autre voie pour promouvoir les valeurs fondamentales de l’Union européenne, par le biais d’activités de coopération plutôt que la mise en œuvre d’une suspension ou de sanctions.

Engagements

“…Nos engagements avec le gouvernement royal du Cambodge en matière de politique commerciale ont abouti à l’élaboration de recommandations et à la mise en œuvre de réformes reposant sur deux livres blancs…ces ouvrages ont été loués comme témoignage d’un dialogue fructueux et constructif entre le secteur privé et le gouvernement royal du Cambodge… se concentrer sur la croissance économique à long terme et sur un engagement constructif est susceptible de mener à la démocratisation….”, indique Eurocham.

”…Une confirmation du lancement de la procédure de suspension minerait le travail de plaidoyer très efficace qui a été accompli au cours des années, ce qui a conduit à des améliorations significatives dans l’environnement des entreprises…”, ajoute Eurocham.

Pas de comparaison avec le Myanmar

Alors que la procédure de retrait du TSA affecte simultanément le Myanmar, Eurocham met en garde contre les amalgames : ”…La perception d’un lien entre la situation au Cambodge et au Myanmar pourrait également induire le public en erreur, la situation de violence présumée dans ce dernier pays posant un autre ensemble de défis à évaluer par l’UE. Rappeler simultanément ces circonstances nuit aux progrès accomplis par le Cambodge dans la reconstruction de l’économie et la consolidation de la paix après la période noire des Khmers rouges et le conflit des années 1980 et 1990….”.

Notant que l’UE n’a pas encore pris de décision, Eurocham indique souhaiter qu’un dialogue ait lieu pour identifier de meilleurs moyens pour répondre aux préoccupations de la Commission Européenne et demande qu’une évaluation approfondie des implications de la suspension du statut de TSA soit obtenue.

Effets négatifs

”…Compte tenu de notre rôle de représentation du monde des affaires européen en pleine croissance et de notre responsabilité d’accroître les investissements européens au Cambodge, nous pouvons affirmer avec certitude qu’une suspension de l’accord TSA risque d’avoir des effets négatifs à long terme…”, poursuit Eurocham.

Menace directe

Une suspension ou des sanctions supplémentaires constituent en fait une menace directe pour la compétitivité des entreprises européennes au Cambodge et pour le rôle de l’Union européenne dans la promotion de son programme commercial et de ses meilleures pratiques, réduisant ainsi l’avantage concurrentiel des entreprises européennes dans un contexte où la Chine accroît sa compétitivité dans le pays et la région, argumente Eurocham.

Représentation européenne

Au Cambodge, EuroCham représente les intérêts du secteur privé européen aux côtés des communautés d’affaires françaises, allemandes, britanniques, italiennes, danoises, suédoises, norvégiennes, finlandaises et italiennes. Ces communautés  seront prochainement rejointes par les sections belges, néerlandaises et luxembourgeoises.

Participation d’Eurocham

Au total, Eurocham représente 335 entreprises et plus de 50 000 employés. ”…Nous recommandons de poursuivre le processus de suivi approfondi du TSA  en consultation avec le secteur privé et demandons que EuroCham puisse participer à l’évaluation et, le cas échéant, au processus de retrait temporaire du régime TSA. En effet, les règlements du Parlement européen et du Conseil prévoient que les rapports des organes de surveillance compétents peuvent être complétés par d’autres sources d’informations, y compris celles en provenance de la société civile….”, argumente Eurocham.

”…Les membres d’EuroCham ont en effet une expérience de première main substantielle au Cambodge. Ils sont les mieux placés pour fournir des comptes rendus réalistes de la situation au Cambodge et devraient avoir la possibilité de participer aux discussions d’une évaluation du processus de suspension ou de retrait du régime préférentiel. Cette approche garantira que l’Union européenne réunisse une évaluation précise et complète de l’environnement économique du Cambodge….”, ajoute-t-il.

”…Nous demandons également à la Commission européenne d’indiquer clairement, dans les meilleurs délais, ses objectifs ainsi que les mesures crédibles et satisfaisantes qu’elle souhaite voir mises en œuvre au Cambodge, car nous estimons qu’il existe désormais beaucoup d’incertitude et de confusion concernant l’annonce….”, conclut la Chambre de Commerce.

Enfin, EuroCham souhaite profiter de l’occasion du sommet de l’ASEM à Bruxelles afin de débattre de la situation au Cambodge et des préoccupations du secteur privé européen en présence de Cecilia Malmström.

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