Marie Srey-Lys Joanny : Le Cambodge et moi, c’est comme un plat de piments

Cambodge Mag donne la plume à ses lecteurs sur le thème ”aimer le Cambodge”, le but étant de recueillir les impressions de ceux qui visitent régulièrement le Cambodge, qui y sont nés ou qui se sont installés durablement. Aujourd’hui, rencontre avec Marie Srey-Lys Joanny…un peu plus qu’une lectrice pour Cambodge Mag.

Marie Srey-Lys Joanny : Le Cambodge et moi, c’est comme un plat de piments
Marie Srey-Lys Joanny : Le Cambodge et moi, c’est comme un plat de piments

Comment êtes-vous arrivée au Cambodge ?

Je suis née ici même à Phnom Penh et j’ai grandi dans le quartier du marché Orussey. Ma mère est cambodgienne et mon père, français. Je portais très bien en moi cette double culture pendant mon enfance. Je fus scolarisée en maternelle au lycée René Descartes et je parlais le français tandis que j’allais passer du temps après l’école auprès de mes grands-parents à jouer et parler en khmer avec mes amis.

J’ai vécu quelques années à Siem Reap par la suite, juste après le coup d’État de 1997. C’était aussi le moment où j’habitais au Cambodge et où je passais mes vacances d’étés dans le Sud de la France. Puis toute la famille déménagea en France quand j’avais environs dix ans. A partir de là, au lieu d’aller visiter mon grand-père en France, je venais passer les vacances auprès de ma famille au Cambodge. Les années passèrent, et adolescente type, je refusais tout ce qui pouvait être en rapport avec le Cambodge.

À ce moment là, je pensais qu’être moi-même devait passer par l’acceptation d’une seule identité. J’ai choisi la partie française au détriment de mon identité khmère. Puis je me suis lancée dans les études supérieures, je n’ai pas vraiment réfléchi au pays où je voulais m’installer. C’est au cours de ma dernière année d’études, pendant des vacances passées avec mes parents au Cambodge que le déclic est venu. J’étais en train de photographier ma grand-mère, la seule aïeule qui me restait, et j’ai pensé à toutes ces années que je n’ai pas pu partager avec elle. À ce moment là, j’ai décidé de venir travailler au Cambodge, le pays de mes origines.

Quelle est votre activité professionnelle ?

Je suis journaliste et photographe pour Cambodge Mag. Cela fait maintenant 3 semaines que je suis arrivée dans l’entreprise.

Pour quelles raisons aimez-vous le Cambodge ?

Le Cambodge et moi, c’est comme déguster un plat rempli de piments. Plus j’y reste et plus j’y prend goût. Je lui trouve de nombreux défauts qui à force sont devenus des qualités. C’est plus que le pays qui me fais me sentir bien ici, il y a une atmosphère, une douceur de vivre typique de l’Asie. Le Cambodge, c’est aussi ses habitants. Les cambodgiens sont attachants, d’une extraordinaire gentillesse. Au final, résider résider quelque part dépend des rencontres, les personnes qui y vivent vont vous faire détester ou au au contraire aimer le pays. Pour moi le Cambodge m’était devenu inconnu, le pays s’étant par ailleurs développé de façon spectaculaire, il m’était devenu étranger quelque part. Je l’ai apprivoisé au travers de mes rencontres, au travers de ma famille et des liens fort qui la lient, au travers de l’amour que me porte ma grand-mère. Enfin, au travers des gestes et des sourires, des inconnus qui vous aident à trouver votre chemin

Quels sont vos loisirs ?

J’aime la photographie, c’est l’une de mes plus grandes passions. J’ai d’ailleurs poursuivi des études de photographie parce que je voulais en apprendre plus et partir sur de bonnes bases. J’aime également la gastronomie, les belles choses, le bon surtout. Que cela soit pour un produit consommé sur le pouce au marché ou sur servi sur les grandes des restaurants. Ce qui compte, c’est la passion et l’amour que l’on y infuse dans le plat. Je viens de commencer un autre chapitre de mon histoire ici au Cambodge mais je compte bien visiter mon pays natal, il y a beaucoup de lieux auxquels je suis allée étant petite mais pour lesquels je n’ai gardé aucun souvenir.

Que souhaitez-vous pour l’avenir du pays ?

Je souhaite que le pays se développe de manière stable. Qu’il soit possible également d’obtenir l’accès à de meilleurs soins. Je me rend compte de la chance que nous pouvons avoir dans les pays développés, par exemple pour la sécurité sociale, mais également pour le système éducatif. Je ne souhaite pas que le Cambodge devienne tout de suite un pays développé en cherchant à tout prix à devenir un pays en compétition avec les autres gros pays d’Asie au détriment de la tradition et de la culture khmère. J’aimerais que le Cambodge puisse, sur le long terme se passer de l’aide Internationale.

Une anecdote à raconter ?

Un jour alors que j’étais en train de me dépêcher pour rencontrer une amie qui m’attendait à l’autre bout de la ville, j’ai perdu mon ticket de moto. Un papier que l’on garde pour prouver que le véhicule nous appartient. J’arrive à pas pressés au lieu de garde de mon scooter au pied du marché et catastrophe, je n’ai plus de ticket de moto. Je tente sans succès de le chercher partout dans mon grand cabas que je retourne plusieurs fois pour finalement en conclure que je n’avais plus ce fameux ticket. Il y avait deux gardiens de moto et en voyant ma détresse évidente, l’une des deux personnes s’est gentiment proposé de m’accompagner jusqu’au marché afin que l’on puisse retracer mes pas pour pouvoir trouver ce ticket tant recherché. Nous cherchions pendant plusieurs minutes sur un long itinéraire, quand soudain le monsieur le trouva au pied d’un étal de légumes, entre deux allées. Il me le tendit en souriant, sa quête terminée. C’est l’un des exemples, nombreuses, qui me font dire que le Cambodge est effectivement le pays du sourire.

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