FMI : L’économie cambodgienne reste saine

Rapport de mission du FMI dont les travaux se sont déroulés du 19 septembre à aujourd’hui. La mission était dirigée par Jarkko Turunen économiste senior au Fonds monétaire international. M. Turunen est spécialiste dans les domaines de la stratégie, des politiques et de la révision, travaillant sur les pays en crise et diverses questions politiques, notamment la conditionnalité dans les programmes du FMI, le commerce international et la compétitivité, l’emploi et la croissance.

Avant de rejoindre le FMI, Jarkko Turunen était économiste principal à la Banque centrale européenne. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’Institut universitaire européen. Ses principaux domaines de recherche et publications sont la macroéconomie, la politique monétaire et l’économie du travail.

Phnom penh. Photographie par Enrico Strocchi (cc)
Phnom penh. Photographie par Enrico Strocchi (cc)

Rapport

L’activité économique du Cambodge a été forte en 2018 et la croissance devrait se maintenir autour de 7% à court terme, indique les techniciens du Fonds monétaire international (FMI).

Progrès significatifs

”…Le Cambodge a réalisé des progrès significatifs dans la réalisation des objectifs de développement durable grâce aux années de croissance économique et de réformes impressionnantes. La pauvreté a diminué et l’économie a commencé à se diversifier progressivement…”, indique le rapport de mission.

L’activité économique a été forte en 2018 et la croissance du PIB réel devrait augmenter de 7¼ % en raison d’une demande extérieure vigoureuse et de politiques budgétaires expansionnistes. L’inflation reste faible, aux alentours de 2½ %.

Croissance robuste

La croissance devrait rester robuste à court terme avant de se modérer à moyen terme en raison de la faible croissance de la productivité et des cycles de crédit et de l’immobilier. Le déficit de la balance courante devrait se creuser à environ 10% du PIB en 2018, en raison de la hausse des importations, notamment des importations de matériaux de construction.

Les réserves de change devraient néanmoins continuer à augmenter pour atteindre 9,6 milliards de dollars US (environ cinq mois d’importations potentielles) à la fin de 2018, ajoute le rapport.

Perspectives positives

Les perspectives économiques du Cambodge sont positives, bien qu’il existe des risques de baisse. Les discussions de la mission ont porté sur quatre domaines : (i) la gestion des risques macrofinanciers, (ii) la préservation de la viabilité budgétaire, (iii) le soutien à la croissance inclusive et (iv) la réduction des vulnérabilités en matière de gouvernance.

Besoin de stabilité financière

Le crédit bancaire, de plus en plus concentré dans les secteurs de l’immobilier et de la construction, devrait augmenter d’environ 20% en 2018. Les prêts du secteur des IMF progressent à un rythme encore plus élevé. Les préoccupations concernant la qualité du crédit, la concentration croissante dans le secteur immobilier et les prêts non réglementés par les promoteurs immobiliers, le recours au financement externe et l’importance croissante des institutions de microfinance continuent de compromettre la stabilité financière et macroéconomique.

Pour atténuer les risques financiers, la Banque nationale du Cambodge a pris plusieurs mesures politiques prudentielles bienvenues, notamment la mise en place du tampon de conservation des capitaux, la mise en place d’un cadre de gestion des liquidités et l’amélioration de la classification et des révisions des prêts aux règles de provisionnement.

Efforts nécessaires

Des efforts supplémentaires sont toutefois nécessaires. Cela comprend la mise en œuvre effective des mesures passées, d’autres mesures prudentielles ciblées, telles que l’augmentation des pondérations pour les prêts immobiliers, la mise en place d’un cadre de gestion des crises avec un système de garantie des dépôts. Promouvoir la poursuite du développement des marchés financiers et des réformes visant à encourager l’utilisation de la monnaie locale contribuerait à renforcer la résilience à moyen terme.

Performance budgétaire

La performance budgétaire en 2017 a été nettement plus forte que prévu, les recettes fiscales ayant augmenté de 26%. L’orientation budgétaire en 2018 continue d’être expansionniste, reflétant les augmentations attendues des dépenses courantes et des dépenses en capital. En conséquence, le déficit budgétaire devrait se creuser à environ 2,2% du PIB. À la suite des politiques expansionnistes de cette année, les plans préliminaires des autorités pour 2019 sont axés sur l’assainissement budgétaire.

Préserver la viabilité budgétaire

À l’avenir, en l’absence de réformes de la politique fiscale, la croissance des recettes devrait s’estomper à mesure que les réformes antérieures de mobilisation des recettes arriveront à maturité et que les subventions diminueront. Par conséquent, des mesures supplémentaires sont nécessaires pour préserver la viabilité budgétaire.

Maîtriser les pressions sur les dépenses

Les pressions sur les dépenses devraient être maîtrisées, notamment pour garantir que les augmentations de salaires dans le secteur public soient compatibles avec la viabilité budgétaire et s’accompagnent de progrès supplémentaires dans les réformes de l’administration publique. La priorité devrait être accordée aux dépenses d’infrastructure et de développement favorisant la croissance. Du côté des recettes, la nouvelle stratégie de mobilisation des recettes des autorités (2019-2023) devrait viser à soutenir la croissance des recettes en réformant les politiques fiscales et l’administration des recettes afin d’améliorer leur efficacité et leur équité.

Le financement des dépenses d’infrastructure supplémentaires nécessaires pour combler les écarts grâce à des impôts directs, tels que l’imposition d’une taxe foncière, contribuerait à stimuler la croissance tout en réduisant l’inégalité des revenus.

Dette publique

La dette publique se situe à un peu plus de 30% du PIB et le Cambodge devrait rester peu exposé au risque d’endettement. Cependant, la gestion des risques budgétaires liés à des passifs éventuels, y compris des partenariats public-privé (PPP), appelle à limiter les garanties publiques et à renforcer le cadre institutionnel pour les PPP.

Gouvernance budgétaire

S’appuyant sur des progrès notables dans le passé, la gouvernance budgétaire peut être renforcée par la modernisation de l’administration fiscale et douanière et par la réforme des finances publiques et des marchés publics visant à accroître l’efficacité des dépenses, à améliorer la transparence et à réduire les possibilités de corruption.

Opportunité pour les réformes structurelles

Le Cambodge fait face à des contraintes structurelles à la croissance potentielle. Les bonnes performances économiques à court terme offrent une opportunité pour les réformes structurelles et de gouvernance nécessaires dans de nombreux domaines.

Des efforts politiques supplémentaires sont nécessaires pour améliorer le climat des affaires, accroître la compétitivité et encourager la diversification en réduisant les coûts énergétiques, le capital humain et les infrastructures, renforcer l’état de droit, renforcer la capacité de l’État à fournir des biens et services publics la gouvernance.

Le FMI se dit prêt à soutenir les efforts de réforme des autorités par le biais de conseils en matière de politique et d’activités de renforcement des capacités.

L’équipe du FMI indique avoir eu des discussions constructives et franches avec de hauts responsables du gouvernement royal du Cambodge, de la Banque nationale du Cambodge et d’autres organismes publics, ainsi qu’un large éventail de représentants des secteurs partenaires de développement.

par Jarkko Turunen – FMI.

Pour des raisons de clarté et de lisibilité, le rapport a été légèrement réduit 

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