Réactions après la libération de Kem Sokha

Le tribunal municipal de Phnom Penh a libéré sous caution le leader de l’opposition Kem Sokha. Le chef de l’opposition âgé de 65 ans est resté en détention provisoire pendant un an à la prison de Tra Peang Thlong, dans la province de Tboung Khmum, près de la frontière avec le Vietnam.

Rappelons que Kem Sokha a été arrêté en septembre 2017 pour avoir été accusé de comploter en vue de renverser le gouvernement. La Cour suprême a dissous le CNRP deux mois plus tard et interdit aux officiels du parti de participer à toute vie politique pendant cinq ans.

Kem Sokha s’était vu refuser sa libération sous caution à six reprises malgré son état de santé défaillant. ”…Il a été relâché pour des raisons de santé…”, a déclaré le tribunal municipal de Phnom Penh. La raison a été confirmée par le Premier ministre lors d’un discours à Nanning en Chine le lendemain de sa libération.

Kem Sokha
Kem Sokha

La libération de l’ancien président du Cambodia National Rescue Party de la détention provisoire comporte plusieurs restrictions. Sous contrôle judiciaire, il lui est interdit d’effectuer des voyages à l’étranger ou de quitter un rayon de quatre pâtés de maisons autour de son domicile dans la commune de Boeng Kak II, district de Tuol Kork

Il lui est également interdit de rencontrer des anciens officiels du CNRP ou des personnes liés à son cas judiciaire. Il  ne peut ni organiser de rassemblement ni exercer d’activités politiques.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Chin Malin, a souhaité apporter une nuance quant à la notion de résidence surveillée : ”…C’est son droit de rester ou non chez lui…”, a-t-il déclaré. “…Ce qui est important, c’est qu’il doit respecter les conditions énoncées par le tribunal…”, a-t-il indiqué, ajoutant que : ”…La libération sous caution sous le contrôle du tribunal est intervenue après une procédure judiciaire. Cela ne l’a pas libéré des accusations, ce qui signifie que les procédures judiciaires se poursuivent jusqu’à ce que l’affaire soit jugée…”.

Kem Sokha fait toujours face à trente ans d’emprisonnement s’il est reconnu coupable de trahison.

Réactions

L’annonce de la libération de l’opposant au régime d’Hun Sen a suscité de nombreuses réactions, locales et internationales.

Pour l’observateur et connaisseur de la vie politique Jean Kroussar, qui s’exprime régulièrement sur l’actualité diffusée par Cambodge Mag : ”…La libération de Kem Sokha était prévue de longue date. Mais en aucun cas elle ne devait être le résultat d’une exigence extérieure. Les Occidentaux ne comprendront jamais les mécanismes et la culture Orientale….”, écrit-il en référence aux pressions occidentales qui, selon lui, auraient retardé le processus de libération de Kem Sokha.

A un lecteur qui lui demandait plus d’explications, Jean Kroussar a répondu : ”…Les Occidentaux, au nom de la démocratie qu’ils ne respectent pas eux-mêmes, s’ingèrent dans les décisions de notre gouvernement. Comment peuvent-ils montrer l’exemple alors que des millions de personnes ont subi leurs foudres. Par ailleurs, lorsqu’ils exigent, c’est dans l’immédiat que la réponse doit être apportée. Or, en Orient lorsqu’on te dit d’attendre, la notion de temps n’est pas la même qu’en Occident, cela prendra le temps qu’il faudra, afin que tous les points bloquants soient résolus. Et dans ce cas, ils étaient nombreux….”

Seung Senkaruna, porte-parole du groupe cambodgien de défense des droits de l’homme ADHOC, estime que la libération de Kem Sokha ”…a pour but de montrer que la tension politique au Cambodge s’est améliorée, mais cela n’a pas de sens…”.

Sans surprise, l’ancien  dirigeant du CNRP, Sam Rainsy, qui vit en auto-exil à Paris depuis novembre 2015 a écrit sur sa page Facebook que ”la libération de Kem Sokha ne suffit pas”. ”…Les accusations sans fondement doivent être abandonnées. Une fois ces accusations abandonnées, il faudra rétablir le CNRP…”, a-t-il écrit.

Le porte-parole du Conseil des ministres, Phay Siphan, a démenti toutes les affirmations selon lesquelles la libération de Sokha était due à la pression internationale. Il a déclaré que le tribunal avait clairement indiqué que la décision était dûe à la mauvaise santé de Sokha.

Rong Chhun, dirigeant syndical et ancien membre de la commission électorale nationale, a déclaré que la libération sous caution de Kem Sokha était le résultat de pressions internationales : ”…La communauté internationale, l’UE et les États-Unis ont condamné le PPC à plusieurs reprises. Ils veulent que le Cambodge revienne à la situation avant les élections…”, a-t-il déclaré.

Le porte-parole du PPC, Sok Eysan, a déclaré que la libération de M. Sokha n’avait rien à voir avec la pression internationale  : “…M. Sokha est sous le coup d’une procédure judiciaire, sa libération est donc à la discrétion du tribunal municipal de Phnom Penh…”, a-t-il précisé.

International

Le gouvernement cambodgien ”…a manifestement reconnu le désastre en matière de relations publiques qui se produirait si quelque chose lui arrivait en détention et a finalement écouté les appels à le libérer…”, a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch dans un communiqué.

Amnesty International a exhorté les autorités cambodgiennes à autoriser Kem Sokha à abandonner les charges contre lui et à lui permettre de suivre un traitement médical sans restrictions : ”…Après plus d’un an de détention préventive, Kem Sokha fait toujours face à une série d’accusations sans fondement, passibles d’une lourde peine de prison…”, a déclaré Minar Pimple, directeur des opérations d’Amnesty International.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a salué la libération de M. Sokha lors de son discours devant le Conseil des droits de l’homme à Genève : ”…Je salue les libérations, au cours du mois dernier, d’un éminent défenseur des droits de l’homme, de deux journalistes et de plusieurs membres de l’opposition, dont Kem Sokha…”, a-t-elle déclaré. “…Mais le gouvernement devrait également libérer et abandonner les charges contre tous les autres acteurs politiques, journalistes et citoyens ordinaires arrêtés ou condamnés pour avoir exercé leurs droits…”, a-t-elle ajouté.

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